Société·

Lecture d’un livre : Mauritanie entre la turbulence côtière et les enjeux de l’Atlantique / Mohamed El Hafiz El Ghabed

Nouvelle édition qui analyse le conflit international, l’Afrique de l’Ouest et ses répercussions sur la Mauritanie, dans le cadre d’une série de papiers stratégiques produite et arbitrée par le Centre mauritanien d’études et de recherches stratégiques, sous la direction du Dr Mohamed Al‑Mukhtar Al‑Khalil Medhi…

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EssirageTraduit de l'arabe
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Selon les dernières informations, l’auteur propose une idée fondamentale en géopolitique, en soulignant les caractéristiques de la position géographique de la Mauritanie et en insistant sur le fait que: « La Mauritanie se situe au nœud géostratégique le plus sensible d’Afrique; c’est le pont de liaison et le point de rencontre entre le Maghreb au nord, les pays du Sahel et l’Afrique australe au sud, l’océan Atlantique et le grand désert africain qui s’étend jusqu’à la mer Rouge. Elle constitue le lien civilisateur entre le monde arabo‑islamique et les espaces ouest‑africains où l’islam se répand et où sa civilisation s’enracine, malgré la diversité des peuples et des religions. Qui examine attentivement la position du pays la voit, du point de vue du Maghreb, comme une partie de sa culture, de sa population et de son champ d’influence, et, selon la même description, comme un État du Sahel saharien; son environnement, ses habitants et son champ d’influence sont ainsi un pont de liaison indispensable tant sur le plan démographique que civilisateur.

» La valeur analytique de cette édition réside dans son traitement de ce que l’on peut appeler la double dynamique « géographie contraignante – choix stratégique », une double approche qui encadre deux aspects essentiels du dilemme de la politique extérieure mauritanienne actuelle. D’une part, la géographie impose à la Mauritanie d’interagir avec un environnement côtier instable, marqué par une escalade des défis sécuritaires, la répétition de coups d’État militaires, l’expansion des activités des groupes armés, et les pressions qui en découlent sur la sécurité des frontières et la stabilité intérieure. D’autre part, la façade atlantique du pays offre un levier stratégique considérable pour diversifier ses partenariats internationaux et profiter des transformations économiques liées aux projets énergétiques et gaziers, ainsi que de l’intérêt croissant pour l’espace atlantique africain.

Sur cette base, l’édition ne se limite pas à décrire la localisation géographique de la Mauritanie ou à passer en revue les transformations qui l’entourent; elle soulève une problématique liée à la capacité de l’État à transformer les déterminants géographiques, d’une source de pression et de menace, en un levier d’influence et de présence régionale. Cette problématique porte sur la manière d’équilibrer les exigences de la sécurisation du territoire national et de la gestion des crises du littoral, avec l’exploitation des opportunités offertes par l’ouverture atlantique et le renforcement des partenariats économiques et stratégiques. Ainsi, le cahier pose au lecteur et au décideur une question centrale qui dépasse la simple gestion des défis immédiats: comment la Mauritanie peut‑elle passer d’un État affecté par les interactions des crises régionales à un acteur capable d’utiliser sa position géographique, ses atouts économiques et diplomatiques pour contribuer à la reconfiguration des équilibres régionaux?

**Première partie: déclin de l’influence française et montée de nouveaux partenaires, fissure du système « France‑Afrique »** L’auteur montre que ce qui se passe en Afrique de l’Ouest n’est pas une colère passagère, mais la chute historique du modèle d’hégémonie française qui a perduré pendant des décennies via la tutelle économique (utilisation du franc CFA), la présence militaire directe et l’ingérence dans les décisions politiques. Ce modèle est désormais rejeté tant par les populations que par les élites, comme en témoignent l’expulsion des forces françaises et des ambassadeurs de pays tels que le Mali, le Burkina Faso et le Niger. **Le vide stratégique**: avec le retrait de la France, d’autres puissances internationales et régionales interviennent avec des discours et des approches différents: - **Russie**: mise sur la coopération sécuritaire et militaire directe, non conditionnée par les exigences de droits humains ou de démocratie occidentale, profitant de la volonté des nouveaux régimes militaires à gagner les combats contre les mouvements armés à tout prix.

- **Chine et Turquie**: renforcent leur présence par la diplomatie économique, la construction d’infrastructures, d’importants investissements, la fourniture de drones et d’équipements militaires avancés. **Crise de légitimité institutionnelle**: l’auteur indique que ce conflit a entraîné une scission aiguë au sein de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), avec l’émergence de blocs parallèles reflétant la volonté des régimes militaires de forger une souveraineté nouvelle qui rejette la tutelle régionale traditionnelle. **Deuxième partie: le Sahel – structure des crises et chevauchement des menaces** L’auteur décortique les causes de la fragilité des pays du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso), les attribuant à l’absence de développement équitable dans les zones périphériques, à la faiblesse des institutions étatiques, à la marginalisation économique, créant ainsi un terreau propice à la prolifération des groupes armés et aux coups d’État militaires récurrents.

**Militarisation des crises et multiplicité des acteurs locaux**: le conflit ne se limite plus aux armées régulières et aux groupes armés; il s’est transformé en un réseau complexe incluant des milices locales, les forces de garde nationale, des sociétés de sécurité privées et le crime organisé transfrontalier (trafic de drogue, de personnes, d’armes). Le Sahel devient ainsi la région la plus explosive et la plus coûteuse sur les plans sécuritaire et humanitaire au monde. **Catastrophe humanitaire et déplacements**: le livre met en lumière le lourd tribut humain de ces conflits: des millions de déplacés et de réfugiés, l’aggravation de la crise de la sécurité alimentaire, transformant le Sahel en source permanente de flux migratoires irréguliers qui pèsent lourdement sur les pays de transit, notamment la Mauritanie.

**Troisième partie: Mauritanie… entre l’enfer du Sahel et le paradis atlantique** L’auteur consacre une large partie à l’analyse précise de la situation mauritanienne, la présentant comme l’État le moins affecté dans une région en proie au chaos, à travers deux axes majeurs: - **Doctrine sécuritaire et prévention proactive (gestion de l’enfer du Sahel)**: la Mauritanie a développé une stratégie de sécurité unique basée sur la prévoyance militaire, la sécurisation des frontières étendues, et une approche globale intégrant dimensions militaires, sécuritaires et développement local, ainsi que la lutte contre l’extrémisme idéologique via le dialogue religieux et communautaire. Nouakchott a maintenu un sentiment prudent de stabilité malgré sa proximité immédiate avec la zone d’Azzawad, enflammée au Mali, évitant de s’enliser dans des interventions militaires directes dans le marécage du Sahel, tout en gardant ouvertes les voies de communication avec les différentes parties régionales et locales. - **Espace atlantique… le pari géostratégique et économique majeur** - **Ère de l’énergie et du gaz**: l’auteur souligne les découvertes gazières massives au large des côtes mauritaniennes (par ex.

le champ « Tortue Ahmim »), un facteur stratégique qui placera la Mauritanie sur la carte des grands fournisseurs d’énergie mondiaux, notamment pour l’Europe qui cherche des alternatives au gaz russe. - **Corridors commerciaux et liaison du Sahel à l’Atlantique**: le projet stratégique de relier les pays enclavés du Sahel à l’océan Atlantique via le territoire mauritanien constitue une opportunité en or pour transformer la Mauritanie en porte‑drapeau commerciale et logistique majeure pour l’Afrique, lui conférant un poids géostratégique croissant. - **Concurrence internationale sur les côtes mauritaniennes**: le livre montre que les grandes puissances (États‑Unis, Union européenne, Chine) considèrent désormais la Mauritanie comme une « oasis de stabilité » et un partenaire fiable dans une zone turbulente, offrant à Nouakchott une marge de manœuvre diplomatique importante pour renforcer ses intérêts nationaux.

**Quatrième partie: synthèse et prospective stratégique** Le Dr Mohamed El Mohtar Khalil conclut son étude en affirmant que la Mauritanie gère « une équation extrêmement délicate »: elle se trouve au bord d’une zone explosive (le Sahel) tout en regardant vers un horizon maritime prometteur (l’Atlantique). Pour assurer une transition réussie, l’étude insiste sur la nécessité de: 1. **Neutralité positive et équilibre**: éviter de s’engager dans des compétitions internationales étroites et privilégier une diplomatie calme.

2. **Renforcement interne**: consolider la cohésion nationale, combattre la corruption et créer des emplois pour les jeunes afin de couper les voies d’intrusion sécuritaire interne. 3.

**Autonomisation économique atlantique**: investir de façon optimale les revenus du gaz et les projets d’infrastructures pour renforcer l’économie nationale et transformer la Mauritanie d’un simple État de passage à un acteur régional central et stable. **Conclusion**: l’auteur résume que, si la Mauritanie exploite son positionnement stratégique avec précision et efficacité, les décideurs découvriront que le pouvoir géostratégique ne se mesure pas seulement en taille, mais en capacité à gérer le site de façon efficace. Si l’État parvient à provoquer une transformation positive de l’intérêt des grandes puissances, il pourra se positionner comme un partenaire présent et fort dans son environnement.

Le dicton « le défi s’accompagne toujours d’une opportunité, et l’inverse est vrai » s’applique ici: le succès de Nouakchott dépend de sa capacité à gérer les opportunités et les pressions à un moment où la crise du Sahel s’intensifie sur les plans sécuritaire et militaire, où son voisin oriental glisse vers l’échec d’État, où les défis économiques s’amplifient, et où la concurrence internationale s’enflamme autour du Sahel et de l’Atlantique. La question simple qui dépasse le cadre immédiat est: la Mauritanie peut‑elle éviter les secousses du Sahel et ses crises? La question profonde pour l’avenir est: la Mauritanie pourra‑t‑elle transformer son rôle de simple marge protégée du chaos en un centre actif capable de contribuer efficacement à la reconfiguration du continent?

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