De la protection du pouvoir d'achat à la Vision 2060… Que contient le communiqué de politique générale du gouvernement Ould Diay.
Le Premier ministre Moctar Ould Diay, devant l’Assemblée nationale, a présenté le rapport de politique générale du gouvernement pour l’année 2026, dans un discours qui a mêlé un aperçu du bilan du travail gouvernemental des années passées et l’engagement de poursuivre la mise en œuvre du programme du président du…

Selon les dernières informations, le Premier ministre Moctar Ould Diay, devant l’Assemblée nationale, a présenté le communiqué de politique générale du gouvernement pour l’année 2026. Son discours a mêlé un rappel du bilan des actions gouvernementales des années précédentes, un engagement à poursuivre le programme du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, et l’annonce de nouvelles orientations pour la prochaine période. Le texte du communiqué montre une tentative de passer d’une phase centrée sur la fourniture d’infrastructures et de services de base à une phase davantage liée à l’amélioration des conditions de vie des citoyens, à la stimulation de l’activité économique dans les wilayas intérieures, et à l’élaboration d’une vision de développement à long terme dépassant les simples missions gouvernementales.
En rappelant les réalisations tout en reconnaissant les déséquilibres persistants, le Premier ministre a dessiné les contours d’une étape reposant sur trois objectifs principaux, précédés de la gestion des répercussions de la crise économique mondiale, de la redistribution géographique de l’activité de développement, et de la préparation d’une vision nationale pour la Mauritanie à l’horizon 2060. **✅ Le pouvoir d’achat en tête des priorités… réponse à la pression du coût de la vie** La question du pouvoir d’achat occupe une place importante du communiqué, avec une reconnaissance claire de l’impact de la crise économique mondiale et des répercussions de la guerre au Moyen‑Orient sur les prix et les conditions de vie des ménages. Le Premier ministre a indiqué que l’indice des prix a augmenté d’environ 7,3 % entre la fin février et la fin septembre 2026, estimant que ces évolutions imposent le renforcement des mécanismes de réponse gouvernementale et la recherche d’un équilibre entre stabilité économique et protection sociale.
Dans ce contexte, il a annoncé une orientation gouvernementale à deux volets: limiter la hausse des prix des produits de première nécessité et apporter un soutien direct au pouvoir d’achat, notamment pour les ménages à faibles revenus. Les mesures annoncées comprennent la révision du mécanisme de fixation des prix des carburants, le maintien du plafonnement des prix du blé, du riz, du sucre et de l’huile, avec l’inclusion de la viande dans ce dispositif. Parmi les actions sociales et économiques figurent la compensation de l’effet de l’inflation pour les fonctionnaires et les retraités, l’ouverture de négociations pour augmenter les salaires des travailleurs soumis à la convention collective, la prise en charge temporaire d’une part importante des factures d’eau et d’électricité des foyers à revenu limité, ainsi que l’élargissement du cercle des bénéficiaires du soutien destiné aux personnes handicapées et aux malades chroniques.
Ces mesures dépassent le simple soutien social traditionnel en cherchant à atténuer les pressions directes sur les budgets des ménages, qu’il s’agisse des prix, des salaires ou des factures de services essentiels. Le véritable défi restera la rapidité de mise en œuvre, le nombre de bénéficiaires et la capacité de l’État à financer ces mesures sans compromettre l’équilibre budgétaire. **✅ Développement intérieur… tenter de rompre la centralité de l’activité économique** Parmi les messages majeurs du communiqué figure l’annonce d’une nouvelle orientation visant à accorder aux wilayas intérieures une plus grande attention économique et de développement, au-delà de la simple fourniture de services de base et d’infrastructures.
Le Premier ministre reconnaît implicitement que la construction de routes, d’hôpitaux, d’écoles et de réseaux d’eau et d’électricité, bien que cruciale, ne suffit pas à elle seule à générer le développement, à moins d’être accompagnée de la création d’activités économiques productives générant de l’emploi et limitant l’exode vers la capitale. Cette orientation s’appuie sur une vision déjà exprimée par le président lors de sa dernière visite dans les wilayas d’Adrar et d’Inchiri, où il a appelé à exploiter les investissements publics pour créer des activités économiques organisées à l’intérieur du pays et à rompre l’idée que le déplacement vers Nouakchott soit le seul moyen d’accéder aux soins, à l’éducation ou à l’emploi. Le programme gouvernemental prévoit ainsi l’élaboration d’un plan économique spécifique aux wilayas intérieures, fondé sur la valorisation des avantages comparatifs de chaque région et le développement des secteurs de l’agriculture, de l’élevage et des services urbains.
Le communiqué annonce la création d’un fonds spécial pour encourager le financement du développement intérieur, le doublement des financements destinés aux initiatives jeunesse, ainsi que des incitations financières et fiscales pour stimuler l’investissement, notamment dans les domaines de la souveraineté alimentaire. Il prévoit également de lever l’un des principaux freins rencontrés par les entrepreneurs – la difficulté d’obtenir des financements en raison des exigences de garanties bancaires – en recherchant des mécanismes de partage des risques et de facilitation de l’accès au crédit. L’objectif est de passer d’une politique de répartition des projets publics entre les wilayas à une vision fondée sur la construction d’économies locales capables de produire et de perdurer.
Le succès de cette orientation dépendra toutefois de la nature des projets sélectionnés, de leur adéquation avec les potentialités réelles de chaque région, de leur capacité à attirer le secteur privé et à créer des emplois durables, plutôt que de se contenter de créer des fonds et des programmes de financement qui ne se traduisent pas forcément en activité économique. **✅ Villes intérieures et propreté… le développement dépasse les infrastructures** L’attention portée au développement intérieur ne se limite pas à l’aspect économique, elle s’étend à la réhabilitation des villes et à l’amélioration de leur cadre urbain et environnemental. Le communiqué annonce une réforme profonde du système de collecte et de traitement des déchets, passant d’actions ponctuelles à un dispositif durable définissant les responsabilités de chaque acteur, assurant les ressources nécessaires et renforçant les sanctions dissuasives à l’encontre des contrevenants.
Cette mesure revêt une importance particulière, la propreté étant devenue l’un des défis majeurs des villes mauritaniennes, avec des répercussions directes sur la qualité de vie, la santé publique, l’image des villes et leur attractivité pour les investisseurs. Dans le même esprit, le gouvernement s’est engagé à préparer des plans d’urbanisme pour les chefs‑lieux des wilayas et des départements qui en sont dépourvus, à mettre en œuvre des programmes de modernisation des réseaux routiers urbains, des parcs, des espaces verts et du reboisement. Le Premier ministre a également annoncé la préparation de deux programmes de réaménagement urbain spécifiques pour Nouakchott et Nouadhibou, incluant l’amélioration de l’assainissement, le pavage des principales artères, leur arborisation, ainsi que la création de places publiques et de zones côtières aménagées.
Ces engagements traduisent une prise de conscience croissante que le développement urbain ne se résume pas à une expansion physique, mais nécessite une planification préalable, des services continus et des espaces publics adaptés. **✅ Mauritanie 2060… passer des programmes gouvernementaux à la planification stratégique** L’un des axes les plus ambitieux du communiqué est l’annonce du lancement d’un processus d’élaboration d’une vision nationale pour la Mauritanie à l’horizon 2060, accompagné de la rédaction d’un modèle de développement et d’un plan national de développement. Cette initiative dépasse la simple production d’un nouveau document de planification; elle reflète une volonté de traiter l’une des problématiques chroniques de la gestion du développement: la faiblesse de la continuité des politiques et des programmes lors des changements de gouvernements.
Le Premier ministre a posé la question fondamentale suivante: comment garantir l’accumulation des acquis et des expériences, plutôt que de repartir de zéro à chaque nouvelle phase politique ou administrative? La réponse proposée dans le communiqué consiste à élaborer une vision à long terme définissant les grands choix de développement, à les traduire en objectifs et indicateurs mesurables, puis en plans à moyen terme, programmes et projets exécutables, évaluables et actualisables. Il est également précisé que le gouvernement s’engage à associer les différents acteurs économiques, sociaux, le secteur privé, les jeunes et les experts, indépendamment de leurs appartenances politiques ou idéologiques, tout en s’appuyant sur des expertises internationales spécialisées.
Cette orientation est l’une des plus importantes du texte, car elle ouvre la possibilité de bâtir une référence nationale de développement qui transcende la durée des mandats, permettant de diriger les investissements et les politiques publiques selon des objectifs consensuels. La valeur de cette vision ne sera pas déterminée par la date cible ou par son ambition déclarée, mais par sa capacité à se transformer en engagements concrets et par le respect, par les gouvernements successifs, des priorités et des choix qu’elle fixe. **✅ Réforme de l’administration… séparer la promotion professionnelle du recrutement politique** Le communiqué lie la réussite de la vision de développement à long terme à la nécessité de réformer le dispositif administratif et institutionnel, en le considérant comme l’instrument chargé de mettre en œuvre, de suivre et d’évaluer les politiques et programmes.
Dans ce cadre, le Premier ministre a annoncé deux réformes majeures. La première porte sur la rédaction d’un nouveau décret distinguant les postes administratifs susceptibles d’être pourvus par promotion selon des critères objectifs (ancienneté, expérience, spécialité, compétence, performance) des postes à caractère politique, dont la nomination reste à la discrétion du gouvernement. La seconde réforme concerne le renforcement de la formation continue des fonctionnaires de la fonction publique, l’amélioration de leurs compétences professionnelles, la facilitation du transfert d’expertises, avec la mobilisation des universités, de l’École nationale d’administration et l’exploitation des nouvelles technologies, dont l’intelligence artificielle.
La première réforme revêt une importance particulière, car elle vise à résoudre le problème de la relation entre la trajectoire de carrière des fonctionnaires et les considérations politiques, un enjeu qui affecte directement la stabilité, l’efficacité et le professionnalisme de l’administration. Le focus sur la formation continue montre également la reconnaissance que la modernisation de l’administration ne s’obtient pas uniquement par la numérisation ou le recrutement de nouveaux agents, mais nécessite le développement des compétences, l’amélioration des méthodes de travail et l’accumulation d’expériences au sein des institutions. **✅ Bilan des années passées… défendre les réalisations tout en reconnaissant les déséquilibres** Le Premier ministre a consacré une partie de son discours à présenter le bilan du travail gouvernemental depuis 2019, en avançant des chiffres relatifs à la croissance économique, à la protection sociale, à l’éducation, à la santé, à l’eau, à l’électricité et aux routes.
Parmi les principaux indicateurs figurent: - Une moyenne de croissance économique supérieure à 4 % sur la période 2019‑2026. - Plus de 350 000 foyers bénéficiaires des transferts monétaires. - Le nombre d’assurés sociaux passé de 496 000 en 2019 à plus de 1,4 million en 2026.
- Environ 7 600 salles de classe construites depuis 2019. - 1 340 nouveaux puits forés. - 784 km de routes neuves réalisées et 997 km de routes reconstruites.
- L’électrification de plus de 400 villages dans le cadre des projets en cours. - Le recrutement de 3 000 nouveaux agents via des concours nationaux. Ces chiffres montrent une tentative de présenter un bilan multisectoriel, attestant que l’action gouvernementale ne s’est pas limitée aux interventions sociales, mais a également inclus des investissements dans les infrastructures et les services de base.
Néanmoins, le discours n’a pas occulté les problèmes persistants, tels que la difficulté d’accès de certains citoyens aux soins, le décrochage scolaire, les difficultés d’accès à l’eau dans certaines zones, ainsi que les défis liés à l’électricité, au chômage et aux faibles revenus. Le Premier ministre a également reconnu que l’incendie de deux postes électriques avait affecté négativement les améliorations réalisées en matière de continuité du service, s’engageant à traiter les conséquences de cet incident et à corriger les déséquilibres structurels de la Société mauritanienne d’électricité. **✅ Continuité politique et amélioration de la performance… un nouveau gouvernement avec des priorités plus ciblées** Le Premier ministre a présenté son gouvernement non pas comme une rupture avec le précédent, mais comme une continuité de la même référence politique, incarnée par le programme présidentiel « Mon ambition pour la patrie ».
Il a souligné la poursuite des engagements antérieurs, notamment le plan d’action 2026 comportant 228 activités, tout en améliorant les méthodes de travail, la coordination, le réarrangement des priorités et l’accélération de l’exécution. Cette approche montre un choix politique visant à maintenir la continuité du programme présidentiel, tout en reconnaissant la nécessité d’améliorer la performance et de combler les lacunes identifiées lors de l’évaluation de la période précédente. Ainsi, la spécificité du nouveau gouvernement ne réside pas dans un changement de référence ou le remplacement du programme antérieur, mais dans le recentrage des efforts sur les dossiers les plus urgents, à savoir le niveau de vie, le développement intérieur et la planification à long terme.
**✅ Messages politiques aux jeunes, à l’opposition et aux élites** La partie finale du communiqué comporte des messages politiques dépassant la simple présentation des programmes et mesures gouvernementales, s’adressant aux différents acteurs du paysage national. Le Premier ministre a dédié un espace important aux jeunes, les invitant à ne pas céder au découragement, à s’engager dans la construction nationale et à contribuer à façonner l’avenir par le savoir, la créativité et l’initiative. Il a également appelé les forces politiques, majoritaires comme opposition, à profiter du climat de calme, de dialogue et de concurrence démocratique pour améliorer les politiques publiques et rehausser la performance de l’État.
Dans ce contexte, il a insisté sur la nécessité de placer les intérêts nationaux supérieurs au-dessus des calculs politiques étroits, considérant que la critique, le débat et la concurrence démocratique sont des valeurs essentielles, à condition qu’ils ne menacent pas l’unité et la stabilité du pays. Ces messages s’inscrivent dans la logique annoncée d’élaborer une vision nationale à long terme; la réussite d’un projet de développement jusqu’en 2060 requiert, sur le plan politique, un minimum de consensus et de continuité, ainsi que l’absence de soumission des choix stratégiques aux fluctuations de la concurrence politique à court terme. **✅ Qu’est‑ce qui distingue le communiqué 2026?** Le bilan du communiqué peut se résumer en trois transformations majeures: 1.
**Du focus sur les infrastructures à celui sur l’impact sur le quotidien**: le gouvernement ne se contente plus de présenter les routes, hôpitaux et réseaux d’eau construits, il place l’amélioration du pouvoir d’achat et la réduction du poids des factures et des prix en tête des priorités. 2. **De la simple fourniture de services dans l’intérieur à la création d’économies locales**: le discours lie désormais les infrastructures à l’investissement, à la production et à l’emploi, afin de transformer les wilayas intérieures de zones réceptrices de projets publics en espaces générateurs de richesse et d’opportunités.
3. **De la planification liée aux missions à la réflexion à l’horizon 2060**: le passage le plus ambitieux, visant à bâtir une vision de développement à long terme garantissant la continuité des politiques et l’accumulation des acquis. **✅ Le vrai test: mise en œuvre, financement et résultats** Malgré la multiplicité des engagements et l’étendue de leur champ, le communiqué pose un défi central: la capacité du gouvernement à transformer les priorités annoncées en actions concrètes dans des délais clairement définis.
Le soutien au pouvoir d’achat nécessite des ressources financières durables et des mécanismes précis pour identifier les bénéficiaires; la dynamisation des wilayas intérieures requiert des projets productifs, des financements et des investissements privés; la vision 2060 demande des institutions capables de planifier, suivre, évaluer, assurer la continuité et mettre à jour les orientations. Le succès de ces orientations dépend également de la capacité de la fonction publique à exécuter les programmes avec efficacité, à améliorer la coordination inter‑sectorielle et à passer d’une logique d’annonce de projets à une mesure de leurs impacts réels sur la vie des citoyens. Dans ce cadre, le retour du Premier ministre à l’Assemblée nationale fin janvier prochain, comme indiqué dans son discours, constitue un moment clé pour présenter un programme détaillé d’exécution d’une partie des engagements et évaluer les avancées déjà réalisées.
**✅ Conclusion** Le communiqué de politique générale du gouvernement pour 2026 esquisse une phase où l’État souhaite passer de l’élargissement des services et des infrastructures à la maximisation de leur impact économique et social, de la satisfaction des besoins immédiats à la construction d’options de développement à long terme. Si la phase précédente s’est concentrée, selon le Premier ministre, sur la mise en place d’infrastructures et l’extension de l’accès aux services de base ainsi que sur le renforcement de la protection sociale, la prochaine étape place le gouvernement face à un test différent: comment transformer ces investissements en emplois, comment faire des wilayas intérieures des pôles d’activité économique, et comment le croisement du développement avec le revenu des ménages se traduira concrètement. L’annonce de la vision nationale à l’horizon 2060 ouvre un débat plus large sur l’avenir de la planification et du développement en Mauritanie, et sur la capacité des élites et des institutions à s’accorder sur des choix stratégiques dépassant les calculs politiques immédiats.
En définitive, l’importance du communiqué ne réside pas seulement dans le nombre de projets et d’engagements qu’il comporte, mais dans la nature des priorités annoncées et dans sa capacité à passer d’une phase de présentation du bilan à une phase de mesure d’impact. Le critère décisif pour juger du succès de cette politique ne sera pas le nombre de kilomètres de routes ou de bâtiments érigés, mais l’ampleur du changement concret dans la vie des citoyens: revenu, emploi, services et équité dans la distribution des opportunités de développement.