Message ouvert à Son Excellence le Président de la République et à l’opinion publique nationale : l’éducation d’abord.
Les Mauritaniens attendent le lancement d’un dialogue national dont les discussions ont perduré tout au long des années passées ; dans l’esprit de certains subsistent les traces d’expériences antérieures, sous leurs diverses formes et aboutissements, et la réforme de l’éducation constitue le sujet le plus urgent, voire le plus périlleux.

Selon les dernières informations, les Mauritaniens attendent le lancement d’un dialogue national dont on parle depuis de nombreuses années, et certains d’entre eux voient dans ce débat les ombres d’expériences passées, sous toutes leurs formes et aboutissements. La réforme de l’éducation est le sujet le plus urgent et le plus dangereux, compte tenu de son importance pour l’avenir du pays. L’intérêt du Président de la République pour la réforme de l’éducation et de l’école républicaine a suscité un grand espoir d’une vraie refonte du système, à partir de la reconnaissance du constat d’un état de délabrement de l’éducation, et de la création d’un ministère de la Réforme de l’Éducation.
Pourtant, pendant des décennies, le ministère a nié cette réalité, les ministres affirmant même que l’éducation en Mauritanie était meilleure que dans les pays voisins. La détente politique a offert les meilleures conditions pour une réforme sérieuse de l’éducation, mais l’élite du pays n’a pas su en profiter pour sauver notre système scolaire en ruine. Il est donc évident que les partis politiques ne possèdent pas de vision claire à présenter, comme le ministère l’a indiqué lorsqu’il a parlé d’inclure tout le monde et d’exclure personne.
Il apparaît également que le ministère ne dispose pas d’experts capables de proposer des solutions réelles aux problèmes éducatifs du pays, ou qu’il ne souhaite pas le faire, comme le montrent la plupart des études qui soulignent que les responsables craignent habituellement la réforme et le changement, pensant que cela augmenterait leurs charges ou leur ferait perdre leurs privilèges. Ils ne s’enthousiasment donc pas pour le changement tant qu’ils ne le combattent pas, prétextant toujours que la réforme ne s’accomplira pas en peu de temps et nécessitera une longue période, tout en insistant sur la nécessité de davantage de financement (Michael Barbour – 2017). Vous vous souvenez des affirmations des ministres successifs selon lesquelles l’éducation ne pouvait pas être réformée en cinq ans?
Je citerai quelques exemples de réformes réalisées en un ou deux ans dans d’autres pays, puis résumerai le sujet en plusieurs points: **1. Messages erronés du ministère** Après que les enseignants aient affiché leur soutien à cette réforme, convaincus de son sérieux, le ministère a pris des mesures et décisions qui ont montré que la confiance était mal placée. Un choc s’est alors produit avec ceux qui devaient mettre en œuvre la réforme – les « enseignants » – dans divers secteurs.
Le ministère, qui prétend vouloir lancer la réforme, a d’abord cherché à apaiser les enseignants et à s’entendre avec eux pour éviter que leurs revendications ne perturbent la mise en œuvre, comme le font de nombreux pays au début de chaque réforme. Or les premières actions du ministère ne diffèrent guère de ce qu’il faisait avant la réforme, ce qui a envoyé un message erroné aux enseignants motivés. Parmi ces mesures: le recensement des enseignants; le ministère affirme tout connaître des enseignants, et les responsables couvrent les absences.
Certains évoquent même des enseignants en poste au Canada ou aux États-Unis, dont les salaires continuent d’être versés. Lorsque le ministère a voulu publier les listes, il en a profité pour licencier de nombreux enseignants, alors qu’il n’était pas nécessaire de dépenser de l’argent pour les recenser. Un autre message trompeur provient de nombreuses conférences qui ne se soucient pas de la formation des enseignants ni de l’amélioration de leurs niveaux, mais seulement de la distribution d’argent à des connaissances et des intermédiaires, au point que les enseignants se moquent de ces « conférences de Tékend ».
Par exemple, une conférence intitulée « La cybersécurité dans les écoles mauritaniennes: que signifie‑t‑elle alors que les écoles n’ont pas d’internet? » Au lieu d’utiliser les ressources abondantes et gratuites d’internet pour élever le niveau des élèves, le ministère se contente d’annoncer chaque fois une « grande réussite », comme la distribution de fiches de cours de base aux élèves de 7e secondaire ou de 4e collège, fiches déjà largement disponibles dans les cahiers que les élèves obtiennent de leurs camarades. **2.
Question de la compétence** Il y a quelques semaines, l’UNICEF a publié des données sur le bas niveau de l’éducation en Mauritanie. Au lieu de reconnaître la réalité, certains médias ont relayé une déclaration d’un porte‑parole du ministère qui a réfuté le rapport de l’UNICEF, affirmant que les informations utilisées dataient de 2004. Or le porte‑parole n’avait manifestement pas consulté le rapport de l’UNESCO de 2024, qui s’appuie sur les mêmes données ministérielles et reproduit les chiffres de l’UNICEF.
Ce rapport a même été présenté à la ministre de l’Éducation et de la Réforme du système éducatif, Dr Hadda bint Baba (« bint » = Mint), qui aurait pu le corriger avant la déclaration. J’estime que le porte‑parole a agi de bonne foi, mais s’il avait eu connaissance du rapport, il aurait évité de désinformer le public. Il ne semble pas non plus au courant du rapport RESEN 2023 produit en interne, lequel a été utilisé par l’UNESCO.
Ce sondage sdi montre que, en mathématiques, 80 % des élèves ont obtenu moins de 50 / 100, dont 41 % en dessous de 25 / 100, et seulement 3 % au‑dessus de 75 / 100. En langue, l’évaluation portait sur la reconnaissance de mots simples, d’images et la lecture de phrases courtes. Les résultats en français étaient très faibles, alors que ceux en arabe étaient très variables.
Concernant les enseignants, seulement 10 % (arabe) et 12 % (français) ont dépassé la note de 50 / 100; 35 % des enseignants ont obtenu 0 en français, et seulement 0,3 % ont dépassé la barre des 50 points (UNESCO – 2024). De nombreux autres exemples soulèvent la même interrogation sur la compétence. Pour ne pas m’étendre, je cite une autre étude commandée par le ministère sur les réformes antérieures, notamment celle de 1999.
Elle indique comme points forts: « leadership du système basé sur la capacité de prévision » et « amélioration de la gestion des ressources humaines ». Les points faibles: « déséquilibres structurels dans le leadership » et « mauvaise répartition et utilisation des ressources humaines » (Ministère de l’Éducation – 2021). Le discours est contradictoire et le ministère ne semble même pas en être informé.
**3. Situation actuelle de l’éducation** En plus de ce qui précède, la Mauritanie occupe des positions très faibles dans tous les classements internationaux de la qualité éducative. Le dernier rapport du British Council, publié ce mois‑ci, la classe 140 parmi les pays d’Afrique subsaharienne.
On peut résumer la réalité ainsi: - Infrastructures inadéquates dans la plupart des écoles. - Salles de classe sombres et environnements d’apprentissage souvent hostiles. - Élèves épuisés, souvent incapables d’assimiler les informations, surpeuplés: jusqu’à 180 élèves par classe.
- Enseignants découragés, leurs revendications ignorées, aucune participation à l’élaboration des programmes. - Vision globale: le ministère est dans le désert, le terrain dans le désert. Le ministère parle d’une vision globale, mais les enseignants n’en savent rien; on craint de reproduire l’échec de l’approche par compétences.
- Taux de réussite très bas: le baccalauréat a enregistré 13,56 % de réussite en première session, contre 64,8 % au Maroc, 56,18 % en Algérie, 77,28 % en Libye, 75,1 % en Égypte, 65,3 % en Jordanie, etc. Au Sénégal, 45 614 élèves ont réussi la première session, dont 12 130 avec les mentions suivantes: 300 Excellent, 2 168 Très Bien, 9 662 Bien. Nos enfants méritent-ils ces faibles performances alors que leurs pairs bénéficient d’une meilleure éducation?
Il faut souligner les récents progrès, comme la construction de nouvelles classes et le recrutement d’enseignants, mais la réforme ne se limite pas à des bâtiments; les enseignants ne savent pas où ils vont. Pour ne pas allonger le texte, je renvoie à mon ouvrage « Notre éducation et les opportunités perdues ». Par ailleurs, le budget de l’éducation a doublé, passant de 60 milliards d’ouguiya la première année de la mission du Président Mohamed Ould Cheikh Ghazzouani à 120 milliards cette année.
Pourtant le ministère a déçu le Président: où vont ces dizaines de milliards? Il est certain qu’ils ne sont pas allés à l’éducation ni aux écoles. Toutes les études recommandent aujourd’hui que les budgets atteignent réellement les écoles, avec une gestion décentralisée.
Où sont les budgets des écoles? **4. Exemples de réformes rapides** Il est possible de réformer l’éducation en deux ans si la volonté est réelle: deux exemples, l’un d’un pays développé, l’autre d’un pays en développement: - Au Royaume‑Uni, la stratégie nationale de lecture et d’écriture a fixé des objectifs précis; en deux ans, les zones les moins performantes ont dépassé la moyenne nationale initiale.
- Au Pakistan, dans une province comptant plus de 20 millions d’enfants scolarisés et 50 000 écoles, des objectifs fixés en 2011 ont été atteints en 2013, voire dépassés dans toutes les provinces du Pendjab. (Barbour – 2017). Un autre exemple provient du Maroc voisin: lorsqu’une réforme est prise au sérieux, confiée à des experts compétents, un suivi annuel permet de mesurer progrès ou échecs selon des critères scientifiques.
Le Conseil Supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche scientifique du Maroc a publié en 2025 un rapport montrant que, pour l’année scolaire 2023‑2024, l’indice de conformité moyenne était de 79 / 100. Le projet s’articulait autour de trois axes: établissement, enseignant, élève, avec 12 dimensions et 42 sous‑dimensions. En deux mois, des améliorations notables ont été observées: 67 % des élèves ont progressé en mathématiques, 62 % en français.
Cela confirme l’efficacité d’une approche ciblée pour corriger rapidement les lacunes (Conseil Supérieur – 2025). **5. Que faut‑il faire?** Tous les Mauritaniens doivent s’accorder à dépolitiser l’éducation et à garantir que les recrutements dans ce secteur soient réservés aux personnes compétentes et aux patriotes dévoués.
Aucun chef tribal ou clientéliste ne doit pouvoir nommer un directeur ou un conseiller dans une école républicaine. Les descendants des Chénakatta et des Marabout méritent une éducation digne, assurée par des responsables qui croient en la République. Si la réforme est prise au sérieux, elle peut être réalisée en un à deux ans et porter le nom du Président de la République, offrant ainsi aux Mauritaniens un héritage mémorable chaque fois que l’on évoquera l’éducation.
Si la situation persiste, l’histoire enregistrera la décadence continue de l’enseignement des enfants de Chinguetti et de Fouta Toro, sous les yeux de tous, sans qu’aucun acteur ne bouge. La réforme de l’éducation commence par la reconnaissance que l’éducation appartient à tous. Une fois ce constat accepté, la réforme devient plus simple que dans tout autre secteur: les technologies et les outils pédagogiques sont aujourd’hui gratuits et accessibles partout, les études et recherches ne sont plus aussi difficiles à obtenir qu’auparavant.
Le savoir est désormais disponible gratuitement à quiconque le désire, et les expériences réussies sont partagées mondialement. Même le ministère des Affaires étrangères finlandais possède une unité dédiée à la coopération éducative. Si nous convenons que l’éducation doit être confiée aux meilleurs, le ministère devra: - Fixer des objectifs clairs, temporellement définis, avec des indicateurs transparents.
- Alléger les charges des enseignants et des élèves; s’inspirer des expériences finlandaises, marocaines, jordaniennes ou saoudiennes, et réviser le système d’examen obsolète, comme l’a suggéré le ministre de l’Intérieur. - Réviser le budget pour qu’il réponde aux vrais besoins: environnements d’apprentissage attractifs, conditions adéquates pour les enseignants et les élèves, formation réelle des enseignants, fourniture de matériel, équipements et internet dans les écoles. - Soutenir les enseignants innovants et les encourager à créer, comme le recommandent toutes les études et les experts.
La vraie réforme réside uniquement dans l’amélioration de l’enseignement en classe; tout le reste n’est qu’un gaspillage de ressources sans résultat. *Note: afin d’éviter d’allonger le texte, je n’ai pas indiqué les sources et références, que je possède toutes.*