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« Du « allié inévitable » à l'« ennemi colonial » : le parcours de l'effondrement des relations franco‑financières ».

Peu de relations entre un pays africain et son ancien colonisateur ont connu un coup d’État d’une telle ampleur et d’une telle rapidité que celle qui s’est produite entre la France et le Mali. Alors qu’une intervention militaire française en 2013 était accueillie par des fleurs et des acclamations dans les rues de Bamako, la situation a évolué jusqu’à une rupture diplomatique…

AI
Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
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D'après les sources officielles, paris a refusé de reconnaître une autorité militaire qu’elle considérait comme une menace pour la « transition démocratique », tandis que le Conseil militaire de transition a vu dans cette position une ingérence flagrante dans les affaires intérieures du Mali. La véritable étincelle a été l’arrivée des mercenaires du groupe russe Wagner sur le terrain malien, une présence que la France a qualifiée de ligne rouge, alors que Bamako trouvait en Moscou un partenaire qui n’exigeait aucune réforme politique ni imposait de normes de gouvernance. Le 17 février 2022, le président Emmanuel Macron a annoncé le retrait des forces « Barkhane » du territoire malien, une décision décrite comme une « défaite politique » pour la France plutôt qu’un retrait stratégique planifié.

À partir de ce moment, le déclin s’est accéléré: expulsion de l’ambassadeur français de Bamako, interdiction de diffusion de la radio RFI et de la chaîne France 24, puis, en septembre 2025, suspension par la France de toute coopération sécuritaire avec le Mali et expulsion de diplomates maliens en représailles à la détention d’un diplomate français à Bamako. Le point culminant symbolique est survenu en juin 2026, quand le tribunal malien a condamné à vingt ans de prison un officier des renseignements français de la DGSE, tout en lui interdisant d’entrer sur le territoire pendant deux décennies, un jugement que Paris a considéré comme une violation de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Depuis septembre 2025, le Mali subit un blocus étouffant imposé par le groupe JNIM (Jama’at Nasr al‑Islam wa al‑Muslimin), affilié à Al‑Qaïda, qui coupe les livraisons de carburant vers Bamako en réponse à l’interdiction de vente de carburant dans les zones rurales.

Les routes menant à la capitale sont devenues des lignes de front; des dizaines de camions-citernes ont été visés, paralysant quasi totalement la vie quotidienne et entraînant des appels urgents de la communauté occidentale à quitter le pays. Les attaques du 25‑26 avril 2026 ont marqué un tournant majeur: JNIM, allié à la Front de Libération d’Azawad (FLA) tarék, a mené une offensive coordonnée sans précédent sur plusieurs sites, notamment Katy, Siwar, Bamako même et Mobti, tandis que le FLA a revendiqué le contrôle de la ville de Kidal et d’une partie de Gao. En mai, une double frappe a fait plus de trente morts au cœur du pays.

Ce qui a attiré l’attention, c’est ce que certains médias ont qualifié de « diplomatie du silence » française: alors que la Russie (principal soutien du Conseil militaire), les États‑Unis, l’Union africaine et les Nations unies ont rapidement exprimé leur « solidarité » avec le peuple malien après les attaques, Paris a tardé à réagir. Ce silence s’inscrit dans une rupture profonde déjà existante entre les deux États, probablement motivée par le refus de légitimer politiquement un régime que Paris juge illégitime, combiné à une gêne interne française face à une implication passée dans la sécurité malienne qui n’a pas abouti à la stabilité. Les indicateurs sur le terrain n’encouragent guère l’optimisme à moyen terme, pour plusieurs raisons structurelles: * Le Mali, le Burkina‑Faso et le Niger ont créé la « Confédération des États du Sahel », un discours souverain unifié qui se fonde essentiellement sur la résistance à l’influence française et la diversification des partenariats vers la Russie, la Turquie, la Chine et l’Iran, rendant toute rapprochement bilatéral avec Paris politiquement coûteux pour Bamako vis‑à‑vis de ses alliés régionaux.

* Le discours anti‑français est devenu un outil de légitimation du Conseil militaire; un assouplissement vis‑à‑vis de la France serait perçu intérieurement comme un recul du « deuxième indépendance » que le régime promeut. * Après l’affaire de l’officier de renseignement et le retrait des éléments de renseignement français, il ne subsiste pratiquement aucune voie de coordination sécuritaire directe entre les deux pays. Néanmoins, quelques signaux laissent entrevoir une ouverture éventuelle: une affaire similaire en Burkina‑Faso, où des Français accusés d’espionnage ont été libérés grâce à une intervention marocaine, se répète désormais dans le dossier du fonctionnaire français détenu au Mali, suggérant une volonté tacite des parties de résoudre les crises aiguës sans confrontation publique.

De plus, l’expansion du contrôle des groupes djihadistes et du FLA menace non seulement la stabilité du Mali, mais ouvre la porte à une contagion vers les pays du Sahel, de la côte ouest et même du Maghreb, ce qui pourrait, à terme, pousser à des ententes sécuritaires discrètes, même si les relations politiques officielles restent gelées. Par ailleurs, des intérêts économiques français – entreprises actives dans les secteurs minier et agricole maliens – subsistent et pourraient, à plus long terme, imposer leur logique indépendamment du discours politique officiel. En résumé, ce qui s’est passé entre la France et le Mali n’est pas une simple crise diplomatique passagère que l’on peut résoudre par une tournée de discussions ou un échange d’ambassadeurs.

C’est une désintégration structurelle d’une relation bâtie pendant des décennies sur une équation inégale entre « protecteur » et « protégé ». Aujourd’hui, le Mali fait face à la menace existentielle la plus grave de son histoire récente, alors que les groupes armés s’étendent. Paris semble loin du tableau, non seulement à cause de la décision malienne de l’écarter, mais aussi du retrait de sa capacité et de sa volonté de s’engager de nouveau dans un contexte où les interventions militaires classiques ont montré leurs limites.

Une reconstruction totale paraît hors de portée à court terme, mais les besoins sécuritaires urgents et les expérimentations de médiation régionale pourraient créer un mince espace pour des accords fonctionnels partiels, loin de tout retour à l’« alliance stratégique » qui a effectivement disparu avec le retrait du dernier drapeau français des bases sahéliennes.

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