«Politique de la pluie» qui anime la Mauritanie
Les bergers, accompagnés de leurs troupeaux, suivaient les nouvelles de la pluie à travers l'immense étendue que nous appelons notre désert. Les informations se transmettaient de bouche à oreille, d'une caravane à l'autre, d'un voyageur de passage à un campement éloigné. On entendait dire que la pluie...

C’est alors que s’opère une grande transformation des comportements et des idées: les gens fuient les crêtes des dunes, dressent des tentes d’observation où le regard s’étend jusqu’à l’horizon, les troupeaux avancent paisiblement vers de nouveaux pâturages, et la terre retrouve ses anciennes couleurs que la chaleur avait masquées pendant des mois. Loin du bruit des villes et de l’urgence des infos, l’homme du désert retrouve un peu de sa nature première, sa quiétude enveloppée de paroles douces, loin de la tension. Dans ces moments, la pluie n’est plus qu’un phénomène météorologique: elle devient l’appel d’une mémoire profonde conservée par les générations.
La mémoire des pères et des grands‑parents qui vivaient au rythme des saisons, qui connaissaient les noms des vents, des étoiles et des trajectoires des nuages, et qui savaient que la vie dans le désert commence avec une seule goutte d’eau. Ainsi, chaque année, le spectacle ressemble à un rite collectif de retour à soi. Les gens reviennent à la simplicité des choses, au souffle du vent entre les tentes, à l’odeur de la terre touchée pour la première fois par l’eau.
Ils contemplent le ciel davantage que les écrans, écoutent le murmure des ruisseaux plus que les discours ennuyeux des politiciens. Comme si la pluie leur murmurait doucement: il est temps de se calmer. Laissez de côté ce qui vous sépare et venez vers ce qui vous unit.
Oubliez le vacarme des jours et leurs querelles, et méditez sur cette terre qui continue à vous offrir des raisons de joie malgré sa rudesse. Dans le pays du désert, les gouvernements peuvent changer, les visages se succéder et les circonstances basculer, mais une chose demeure immuable dans le cœur du peuple: ce vieux désir de la première goutte, ce sentiment profond de sérénité quand le ciel se charge de nuages et que la terre s’illumine des signes de la vie. C’est la quiétude dont nous avons plus besoin aujourd’hui que jamais, une quiétude qui nous rappelle qu’au‑delà du vacarme politique existe un monde plus simple et plus vrai, et que la « politique de la pluie », avec toute sa sagesse et son pouvoir de renouveau, peut parfois offrir aux âmes inquiètes ce que les discours politiques ne peuvent jamais donner.
Abdallah Ould Mohamedi / Écrivain mauritanien.