Diplomatie des réussites… quand la Mauritanie s’exprime avec tout son poids sur la scène internationale / Ismail Ould Rabani
Dans un contexte politique et diplomatique régional et mondial très complexe, les dernières années ont vu apparaître des indicateurs croissants du renforcement de la présence mauritanienne dans les instances internationales, ainsi que de la capacité de la diplomatie mauritanienne à obtenir des gains qualitatifs…

D'après les sources officielles, dans un contexte politique et diplomatique régional et mondial très complexe, les dernières années ont vu croître les indicateurs d’une présence mauritanienne accrue sur la scène internationale, ainsi que la capacité de la diplomatie mauritanienne à obtenir des gains qualitatifs dépassant la simple portée des personnes et des postes, au profit du rayonnement de l’image du pays, de sa stature et de son poids extérieur. Le succès d’Ismail Ould Cheikh Ahmed, qui a accédé au poste de secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique, après l’élection de Sidi Ould Tah à la présidence du groupe de la Banque africaine de développement, constitue deux étapes marquantes d’un parcours diplomatique mauritanien qui mérite d’être souligné et lu au‑delà des rivalités politiques et médiatiques. Accéder à la direction d’institutions internationales et continentales d’une telle envergure n’est pas un fait passager, ni ne se résume à une simple compétition électorale ou à un accord circonstanciel.
C’est, en partie, l’expression de la confiance accordée aux compétences mauritaniennes et de la capacité de l’État à bâtir des relations équilibrées et efficaces avec son environnement arabe, africain, islamique et mondial. Dans cette perspective, la réussite d’Ismail Ould Cheikh Ahmed à la tête de l’OIC représente un événement exceptionnel dans la diplomatie mauritanienne, qui aurait dû bénéficier d’une plus grande visibilité médiatique, en tant que gain national dépassant les calculs politiques étroits. Il en va de même pour le succès de Sidi Ould Tah à la présidence du groupe de la Banque africaine de développement, institution financière continentale à forte influence sur les trajectoires de développement, de financement et d’investissement en Afrique.
Ce succès, conjugué à celui d’Ismail Ould Cheikh Ahmed, constitue un indicateur frappant d’une présence mauritanienne grandissante dans les postes de décision au sein des organisations régionales et internationales. Il est toutefois notable que de telles réussites ne reçoivent pas toujours la mise en avant qu’elles méritent dans le paysage médiatique national, où les conflits politiques et les rivalités entre les factions masquent parfois les réalisations nationales, transformant le débat public d’une célébration du prestige du pays en une préoccupation qui divise et épuise les énergies. Il devient alors indispensable d’adopter une lecture plus équitable des succès diplomatiques: la diplomatie n’est pas un terrain de concurrence interne, mais un capital stratégique pour l’État.
Chaque poste international élevé occupé par un Mauritanien, chaque confiance internationale accordée à une compétence nationale, doit être considéré comme un gain pour la Mauritanie avant tout. Dans ce contexte, la diplomatie conduite par le président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, mérite d’être saluée pour les résultats obtenus ces dernières années, surtout lorsqu’on les replace dans leur cadre temporel et qu’on les compare aux accomplissements des décennies passées. Réussir à placer des compétences mauritaniennes à des postes de direction dans de grandes institutions, tant au niveau africain qu’islamique, ne se produit pas de façon fortuite; cela requiert un travail diplomatique discret, des réseaux politiques étendus, la construction de la confiance, ainsi qu’une capacité à gérer les équilibres et les alliances internationales.
Ainsi, le succès de Sidi Ould Tah suivi de celui d’Ismail Ould Cheikh Ahmed peut être lu comme faisant partie d’une image plus large d’une diplomatie mauritanienne devenue plus présente et plus influente, ce qui mérite de devenir une source de fierté nationale globale, et non un simple matériau supplémentaire aux luttes internes. La Mauritanie dont les compétences accèdent à la présidence d’institutions telles que la Banque africaine de développement et l’Organisation de la coopération islamique possède aujourd’hui l’opportunité de consolider sa présence dans les cercles de décision régionaux et internationaux. Par conséquent, la responsabilité ne repose pas uniquement sur la diplomatie, mais également sur les médias, les élites politiques et culturelles, qui doivent mettre en avant ces réussites et les présenter à l’opinion publique comme des gains pour l’État et la société.
Les avis peuvent diverger sur les politiques internes ou sur l’évaluation des performances gouvernementales; cela est naturel dans toute société dynamique, mais les réalisations qui portent le nom de la Mauritanie au‑delà de ses frontières doivent rester au‑dessus des querelles. Quand un Mauritanien atteint un poste international élevé, toute la nation récolte une part du fruit de ce succès. De ce fait, la période actuelle mérite une lecture calme et équitable de ce qui a été accompli au niveau de la diplomatie mauritanienne, loin des luttes de factions et du bruit des calculs politiques; car les réalisations nationales, quels que soient leurs auteurs, ne doivent pas être englouties par les différends, mais devenir un capital commun qui renforce la confiance des Mauritaniens en leur pays, et qui consacre la présence et la stature de la Mauritanie dans son environnement arabe, africain, islamique et mondial.
*‑ Ismail Ould Cheikh Ahmed, directeur et éditeur de l’Agence du Vœu National des Nouvelles.