Décès de Mohamed El Hassan Ould Ahmedou El Khadim… plus d’un demi‑siècle d’enseignement et d’écriture.
Le décès du cheikh Mohamed Ould Ahmedou El Khadim, l’un des plus éminents savants de la zone sahélienne mauritanienne des dernières décennies, a été annoncé après une longue carrière scientifique consacrée à l’enseignement, à la rédaction et à la formation des étudiants. Par son départ, la Mauritanie perd…

Il ressort que le décès du savant Cheikh Mohamed El Hassan Ould Ahmedou El Khadim, l’un des plus éminents érudits de la madrasa mauritanienne des dernières décennies, a été annoncé après une longue carrière scientifique consacrée à l’enseignement, à la rédaction et à la formation des étudiants. Par son départ, la Mauritanie perd l’un de ses plus grands cheikhs de la madrasa des dernières décennies, et disparaît une figure dont le nom était lié à la madrasa de Tissir, tout comme cette madrasa était associée à une tradition éducative préservant la méthode chinguettienne de transmission du savoir. L’importance du cheikh ne résidait pas seulement dans la quantité de ses écrits, ni dans le nombre de ceux qui se sont assis à ses pieds, mais dans une école scientifique dont l’influence s’est étendue d’un petit village près de Tekand à des lieux éloignés en Mauritanie, en Afrique de l’Ouest et dans le monde islamique.
Né en 1938 dans la wilaya de Trarza, Mohamed El Hassan Ould Ahmedou El Khadim est issu d’une famille attachée au savoir et à la piété. Il a reçu son premier enseignement au sein de son foyer; sa grand‑mère Fatima bint Mohamed El Tahaji lui a enseigné le Coran, avant qu’il ne le mémorise sous la direction de son père. Comme le veut la tradition madrassienne, son parcours de formation n’a pas été limité à une seule discipline; il a étudié les sciences du Coran, le fiqh et ses fondements, le hadith, la sira, la grammaire et la littérature, et a mémorisé les textes qui constituaient la base de l’enseignement traditionnel dans les madrasas.
Il a étudié « Qurrat al‑Abṣār » en sira, le recueil « Al‑Ghazawāt », « Ibn ‘Āshir » en fiqh, doctrine et soufisme, « Al‑ʾĀjrūmiyyah » en grammaire, ainsi que des sélections de poésie arabe ancienne. Il s’est ensuite formé auprès du savant Mohamed Mawloud ben Ahmed Fal à travers ses ouvrages, étudiant « Mutḥarat al‑Qulūb », « Mahāram al‑Lisān » et « Kifāf al‑Mubtadiʾ », des textes qui resteront essentiels dans son projet scientifique. Parmi ses maîtres les plus remarquables figure le savant Mohamed Salem Ould El Mokhtar Ould Alma, qui lui a accordé une ijāza générale sur ses récitations et ses narrations, ainsi que d’autres érudits dont il a tiré des enseignements au cours d’une longue quête de connaissance.
Pour lui, l’éducation était dès le départ une partie intégrante de l’apprentissage; il a commencé à enseigner aux étudiants alors même qu’il était encore élève, puis, une fois sa formation achevée, il a fondé une madrasa qui deviendra plus tard l’éponyme de son nom. **Tissir**… village autour d’un puits, il a constitué le noyau de la madrasa de Tissir dans la région d’Inkikim, au nord de Tekand, avant que l’établissement ne s’installe dans le village connu sous le nom de Tissir en 1974. Le cheikh et ses élèves ont supervisé la création d’un puits nommé « Tissir », autour duquel s’est formé un petit regroupement qui s’est progressivement transformé en village, son existence étant indissociable de la madrasa.
Loin des universités, des villes et des institutions d’enseignement modernes, le mode d’enseignement traditionnel s’est maintenu. Mais Tissir n’est pas restée une simple madrasa locale; elle a accueilli des étudiants de différentes régions de Mauritanie, puis d’Afrique de l’Ouest, du Maghreb, ainsi que de pays arabes et asiatiques. Certains de ces étudiants sont revenus dans leurs pays comme imams, enseignants ou savants, d’autres se sont orientés vers la magistrature, l’enseignement supérieur ou le conseil religieux.
Avec plus d’une centaine d’ouvrages en plus de son activité d’enseignement, le cheikh Mohamed El Hassan a laissé un vaste héritage scientifique. Ses publications couvrent de multiples domaines de la science madrassienne: fiqh et ses fondements, hadith et ses sciences, sira, langue, grammaire, pédagogie et comportement. Parmi ses livres figurent: - « Marām al‑Mujtadī » (exégèse de *Kifāf al‑Mubtadiʾ*) - « Difāʿ al‑Muʿtadi ʿalā Marām al‑Mujtadī » - « Dalīl al‑Nāsik li‑ma yukhfa ʿan al‑munāsak » - « Hudāyat al‑Suʿāʾ ilā maʿrifat al‑naḥḥāt » - « Al‑Masʿad bi‑sharḥ Adab al‑masjid » - « ʿIʿānat al‑mutafahhim bi‑sharḥ Adab al‑muʿallam » Il a également publié: - « Nukhbat al‑Maṭlūb » (exégèse de *Mutḥarat al‑Qulūb*) - « Sullam al‑Maṭāʿil li‑darak al‑kawkab al‑sāṭiʿ » en fiqh - « Al‑Jāmiʿ al‑muḥarrar bi‑sharḥ Naẓm al‑durar » en terminologie du hadith - « Saqāyat al‑ẓamʿān » (étiquette de la récitation du Coran) - « Baghiyat al‑Abrār » (exégèse de *Qurrat al‑Abṣār*) en sira Dans d’autres ouvrages, il a abordé la doctrine, les éthiques de l’apprentissage et de la mosquée, les bonnes pratiques pour le malade et la clinique, la visite des cimetières, la langue arabe, ainsi que le recueil « Ḥawādith al‑sanīn » relatant des épisodes de la sira et de l’histoire islamique.
Le fil conducteur de toutes ces œuvres était leur lien direct avec les besoins des étudiants de la madrasa. Les livres n’étaient pas des projets séparés de l’enseignement; ils servaient souvent d’explication des textes et de leurs problématiques, prolongeant ainsi les séances pédagogiques quotidiennes que le cheikh animait. Parmi les travaux les plus représentatifs de cette approche figure son commentaire de *Mutḥarat al‑Qulūb* de Mohamed Mawloud ben Ahmed Fal.
Au‑delà de Tissir, l’influence du cheikh a atteint des milieux qui ne connaissaient la madrasa mauritanienne que par ses livres et ses savants. Mohamed El Hassan Ould Ahmedou El Khadim appartenait à une génération d’érudits madrassiens ayant reçu le savoir selon la même méthode qu’ils transmettaient à leurs disciples. Dans un communiqué, la famille du cheikh Mohamed El Hassan Ould Ahmedou El Khadim a exprimé ses condoléances à ses proches, à ses étudiants, à ses disciples et à ses admirateurs, et a annoncé que les condoléances se limiteront, conformément aux instructions antérieures du cheikh, à des contacts téléphoniques, sans réception des visiteurs en personne.
La famille a demandé à tous de respecter cette décision.