Assainissement en Mauritanie : entre le bruit du moment et la logique de construction pour l’avenir.
À chaque saison des pluies, le débat sur l’assainissement revient au premier plan de l’attention publique. En effet, l’eau qui fait vivre la terre et rafraîchit les pâturages révèle en même temps l’un des plus grands défis structurels auxquels notre pays est confronté depuis…

Selon les dernières informations, avec chaque saison des pluies, le débat sur l’assainissement revient au premier plan de l’attention publique. L’eau qui fait vivre la terre et rafraîchit les pâturages révèle en même temps l’un des plus grands défis structurels auxquels notre pays fait face depuis des décennies. Les accumulations d’eau, les étangs et les marécages observés dans les villes et les villages ne constituent pas un problème saisonnier passager, mais le reflet d’un défi structurel qui s’est accumulé au fil de longues années de croissance urbaine et de pression accrue sur les infrastructures.
Il est important de souligner que cette problématique ne concerne pas une ville en particulier, mais s’étend, à des degrés divers, à l’ensemble des regroupements de population du pays. Ce qui a été accompli dans le domaine de l’assainissement au cours des dernières décennies, bien que significatif, est resté limité comparé à l’ampleur des besoins et aux exigences de l’expansion urbaine rapide. Dans le débat public, certains confondent parfois les services de base que l’État généralise progressivement – comme l’éducation, la santé, l’eau, l’électricité et les routes – avec le projet d’assainissement complet, qui constitue un chantier indépendant et complexe sur les plans technique, financier et ingénierie.
La mise en place d’un réseau d’assainissement intégré n’est pas une opération rapide, mais un projet stratégique nécessitant d’importants investissements et une planification à long terme. C’est dans cette optique que la décision a été prise de lancer le projet d’assainissement complet à Nouakchott, fin 2024. Il s’agit d’un projet exécuté par une entreprise publique chinoise, retenue après appel d’offres, d’un coût supérieur à 177 millions de dollars.
Une fois achevé, dans le délai prévu jusqu’en 2029, il devrait constituer une avancée décisive dans le traitement des causes profondes du problème, au lieu de se contenter d’interventions ponctuelles et partielles. Les étangs et les marécages générés par les précipitations nécessitent quant à eux une intervention de terrain urgente, différente de l’assainissement traditionnel. À cet effet, des réseaux spécifiques de drainage des eaux de pluie ont été créés, et des réservoirs de pompage sont mobilisés pour gérer les cas exceptionnels et rétablir rapidement la situation normale dans les quartiers et les rues affectés.
Il convient également de souligner que les efforts du gouvernement, sous la direction de Son Excellence le Premier ministre Moctar Ould Diay, ne se limitent pas à faire face aux effets des pluies ou à gérer les défis saisonniers, mais s’inscrivent dans un vaste chantier national visant à fournir les services de base et à les rapprocher des citoyens partout dans le pays. L’éducation, la santé, l’eau, l’électricité, les routes et les infrastructures urbaines constituent aujourd’hui des axes d’action simultanés nécessitant des ressources massives et des investissements continus, ce qui explique le nombre important de chantiers ouverts dans plusieurs secteurs et plusieurs wilayas en même temps. Dans ce contexte, remettre en cause de façon absolue ces efforts ou leur pertinence pour les citoyens ne reflète pas la réalité du terrain.
Le débat sur le rythme d’exécution ou les priorités d’intervention est légitime et nécessaire, mais nier l’ampleur du travail en cours ou réduire les défis accumulés depuis des décennies à des résultats immédiats ignore la nature des projets structurants qui, par nature, demandent du temps, des ressources et de la continuité pour porter leurs fruits pleinement. Les problèmes qui se sont formés sur plusieurs décennies ne peuvent être résolus en quelques années; ils requièrent une vision claire, une volonté politique stable, ainsi que la capacité de mise en œuvre et de suivi. Ce qui caractérise l’approche actuelle, c’est qu’elle part d’une vision visant à traiter les grands problèmes à la racine, plutôt que de simplement gérer leurs effets.
Cette vision a été exprimée par Son Excellence le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, dans plusieurs dossiers nationaux. Un exemple en est la réforme de l’éducation via le choix de l’école républicaine: une décision nationale majeure, politiquement difficile et dont les résultats ne seront visibles qu’à moyen ou long terme, mais fondée sur la conviction que la construction d’une école unifiée et équitable constitue un investissement à long terme dont les fruits ne se manifesteront pleinement qu’après une ou deux générations. Le dossier de l’eau offre un autre exemple de la pertinence d’une approche qui s’attaque aux problèmes à la source.
Le phénomène de sédimentation qui accompagne la montée du niveau du fleuve Sénégal pendant la saison des pluies a longtemps constitué un défi annuel, affectant la production et le transport d’eau vers Nouakchott et provoquant, de juillet à septembre, des pénuries d’approvisionnement. Cependant, le gouvernement a, au cours des deux dernières années, mis en œuvre un ensemble de solutions techniques et préventives pour faire face à ce problème chronique. Cette année, le système a pu traverser la saison des sédiments sans que la capitale ne subisse la crise aiguë à laquelle les citoyens étaient habitués dans de telles conditions.
Cet exemple montre que l’investissement dans des solutions structurelles, même s’il requiert du temps et des ressources, reste plus efficace et moins coûteux que de se contenter de gérer les crises lorsqu’elles surviennent. Au cœur de cette approche se trouve le projet de transformation sociétale porté par Son Excellence le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, qui vise à élargir le cercle des chances égales entre les citoyens, quel que soit leur lieu de résidence ou leur situation sociale. Il est impossible de parler d’égalité réelle sans un accès universel à l’éducation, à la santé, à l’eau, à l’électricité, aux routes et aux infrastructures.
Dans cette perspective, les grands projets d’infrastructure, dont le projet d’assainissement complet, sont des outils concrets pour ancrer la justice territoriale et l’équité des chances entre les citoyens. Il en va de même pour les autres projets d’infrastructure majeurs. La construction d’un réseau d’assainissement intégré, la réforme du système éducatif ou le renforcement de la sécurité de l’eau sont des projets dont les résultats ne se mesurent pas en mois ou en quelques années, mais par l’impact durable qu’ils laissent sur la vie des citoyens et l’avenir des générations à venir.
Cela dit, louer la vision et la volonté politique ne signifie pas ignorer l’ampleur des défis existants. Un citoyen dont l’eau bloque l’accès à son domicile ou dont les déplacements sont entravés par les marécages a le droit d’exiger des solutions rapides et efficaces, et il incombe aux autorités de poursuivre l’amélioration des interventions de terrain, d’accélérer le rythme des réalisations et de communiquer en toute transparence sur les avancées et les travaux restant à accomplir. La construction des nations ne se fait pas avec des projets faciles, mais avec des décisions audacieuses qui traitent les racines des crises plutôt que leurs manifestations superficielles.
Le problème de l’assainissement dans notre pays est l’une de ces questions qui requiert patience, vision stratégique et continuité dans l’exécution. Entre les exigences du présent, ses pressions, les enjeux du futur et leurs légitimités, le véritable défi reste de transformer les saisons des pluies d’une occasion de révéler les déséquilibres en une opportunité de montrer les progrès réalisés grâce à des solutions permanentes et durables. Les pluies dévoilent aujourd’hui l’ampleur des défis accumulés, mais elles montrent aussi l’ampleur de l’ambition déployée pour les résoudre.
Entre la logique des réponses temporaires et celle des solutions profondes, l’État a choisi la voie la plus difficile et la plus longue, mais c’est la seule capable de garantir à nous et aux générations futures des villes plus résilientes, des services plus justes, des chances plus équitables et un avenir où chaque précipitation ne deviendra pas une crise, mais une bénédiction dont tous profiteront. Ahmed Issa El Yedali.