Spécial Al‑Wiam / Fatima Zahra Al‑Mansouri… de l’école de la ville de Marrakech à la direction du gouvernement marocain.
Le fait que Fatima Zahra Mansouri accède à la présidence du gouvernement marocain n’a pas été simplement un événement symbolique lié à son statut de première femme à occuper ce poste dans l’histoire du Royaume, mais il a couronné un long parcours politique, professionnel et académique, au cours duquel elle a progressé…

Ainsi, le 29 septembre 2026, le roi Mohammed VI a nommé Fatima Zahra Mansouri Première ministre et l’a chargée de former le nouveau gouvernement, conformément à l’article 47 de la Constitution, après que le parti Authenticité et Modernité ait remporté les dernières élections législatives. Mais lire cette étape isolée du parcours de son titulaire risque d’occulter de nombreuses de ses significations. Mansouri n’est pas une venue nouvelle dans les cercles de décision, mais une politicienne qui a accumulé, au fil des années, des expériences multiples à différents niveaux de la gestion des affaires publiques.
Née à Marrakech le 3 janvier 1976, elle a reçu une formation académique en droit, débutant par une licence en droit privé à l’Université Mohammed V de Rabat, puis un diplôme d’études approfondies en droit des contrats commerciaux à l’Université de Montpellier, ainsi qu’une formation en droit anglo‑saxon à l’Université de Boston aux États‑Unis. Cette formation ne constitue pas seulement un capital académique dans son parcours, elle reflète un itinéraire scientifique qui combine l’école juridique marocaine, l’expérience universitaire française et l’ouverture au système de droit anglo‑saxon, un bagage pertinent au regard des dossiers qu’elle a ensuite pris en charge, notamment dans les domaines de l’immobilier, de l’urbanisme, de l’investissement et de la gestion du secteur. Elle a exercé le métier d’avocate, spécialisée en droit immobilier et droit immobilier commercial, et était inscrite au barreau de Marrakech depuis 2005, avant de passer progressivement du domaine professionnel au travail politique et institutionnel.
Le passage à la politique a été relativement précoce dans le parcours de Mansouri. Elle s’est engagée en 2007 dans le Mouvement des Démocrates et a été l’une des fondatrices du parti Authenticité et Modernité en 2008. Un an seulement plus tard, elle a été élue présidente du conseil communal de Marrakech, devenant ainsi la première femme à occuper la direction de la ville.
C’est ici qu’apparaît l’une des caractéristiques majeures de son expérience: elle n’a pas commencé sa carrière politique à un poste central dans la capitale, mais a mené une expérience de gestion d’une grande ville complexe, à forte dimension économique, touristique, culturelle et internationale. Elle a présidé le conseil communal de Marrakech de 2009 à 2015, avant d’y revenir après les élections de 2021, poursuivant ainsi la responsabilité de la gestion locale parallèlement à son ascension dans le parti et le gouvernement. L’expérience des collectivités locales revêt une importance particulière dans la formation des politiciens, car elle place le responsable directement face aux problèmes quotidiens des citoyens, de la planification urbaine aux services, en passant par les transports, l’aménagement, les espaces publics et l’investissement local.
Sous cet angle, Marrakech a constitué pour Mansouri une école pratique de la gestion publique avant son passage au niveau national. En parallèle de la gestion locale, Mansouri a accumulé une expérience parlementaire sur plusieurs années. Elle a été députée de 2011 à 2016, puis réélue membre de la Chambre des représentants pour la période 2016‑2021.
Elle a également présidé le conseil national du parti Authenticité et Modernité de 2015 à 2024. Ainsi, son parcours a réuni trois sphères complémentaires de la pratique politique: la gestion locale, la participation à l’institution législative et le travail au sein de la structure organisationnelle d’un parti politique. Cette accumulation est importante pour comprendre son passage ultérieur au gouvernement, car elle montre que son expérience ne s’est pas limitée à une seule fonction, mais s’est étendue à différents niveaux de la prise de décision publique.
En octobre 2021, Mansouri est entrée au gouvernement, à la tête du ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, du Logement et de la politique de la ville, fonction qu’elle a occupée jusqu’à sa nomination comme Première ministre en 2026. Cette charge l’a placée devant des dossiers à caractère stratégique, liés à la planification territoriale, à l’urbanisme, au logement et à la politique urbaine, des domaines où se croisent les dimensions économiques, sociales, urbaines et d’investissement. Pendant son mandat ministériel, le ministère qu’elle dirigeait a traité, entre autres, du programme d’aide directe au logement, de réformes liées à l’urbanisme et à la préparation du territoire, ainsi que de la gestion du ré‑habitat des victimes du séisme de Al Hoceïma en 2023, selon les rapports sur son expérience gouvernementale.
Le fait de combiner l’expérience de la direction communale avec le ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et du Logement confère à son parcours une spécificité: elle est passée de la gestion des affaires de la ville à l’échelle locale à la supervision des politiques publiques nationales relatives à l’aménagement, à l’urbanisme et au logement. Son ascension ne s’est pas arrêtée à la responsabilité gouvernementale. Depuis 2024, elle est coordinatrice de la direction collective du parti Authenticité et Modernité, un poste qui la place au cœur de la décision politique et organisationnelle du parti.
Les élections législatives de 2026 ont ensuite donné au parti la première place à la Chambre des représentants avec 97 sièges sur 395, ce qui, constitutionnellement, a conduit à la désignation de Mansouri pour former le gouvernement. Ainsi, la présidence du gouvernement apparaît comme la suite naturelle d’un parcours où les responsabilités se sont accumulées à plusieurs niveaux, plus qu’un simple saut soudain d’un poste politique à un autre. Ce qui caractérise le parcours de Mansouri, c’est la réunion de multiples horizons en une seule personne: formation juridique spécialisée, pratique professionnelle d’avocate, expérience de gestion locale, présence parlementaire, responsabilité gouvernementale, puis direction de parti.
Cette diversité prend encore plus d’importance au regard de la nouvelle fonction. La présidence du gouvernement ne se limite pas à la gestion de l’appareil exécutif, elle exige également des relations avec le parlement, les partis, les acteurs économiques et sociaux, le suivi des politiques publiques et la coordination entre plusieurs ministères. Sous cet angle, le passage de Mansouri à la présidence du gouvernement apporte un riche réservoir d’expériences institutionnelles, accumulées pendant près de deux décennies de service public.
L’aspect historique de sa nomination dépasse la simple personne pour revêtir une symbolique plus large liée à la présence des femmes marocaines dans les postes de décision. Elle est la première femme à diriger le gouvernement du Maroc, après avoir déjà marqué l’histoire en étant élue première femme à la tête du conseil communal de Marrakech en 2009. Son parcours institutionnel constitue donc une série d’étapes où la femme marocaine est passée de la participation à la vie politique à la responsabilité locale, puis parlementaire et gouvernementale, pour atteindre la présidence du gouvernement.
Il s’agit d’une évolution qui peut également être lue à la lumière de l’accumulation observée dans la présence des femmes dans la vie politique marocaine, où la participation ne se limite plus à la représentation, mais inclut des postes de gestion et de direction avec une responsabilité directe sur les politiques publiques. Avant d’atteindre la présidence du gouvernement, Mansouri avait déjà suscité un intérêt international. Forbes l’a classée en 2014 parmi les vingt jeunes femmes les plus influentes d’Afrique, et la même année elle a été sélectionnée pour le programme Young Global Leaders du Forum économique mondial.
Ces reconnaissances, indépendamment de la nature même des classements, montrent que sa visibilité publique a dépassé très tôt le cadre de la politique locale marocaine, et que son expérience de gestion de Marrakech et d’engagement politique a attiré l’attention au-delà des frontières. Elle est également membre de l’Association internationale des maires francophones et occupe le poste de vice‑présidente de l’Association marocaine des présidents des conseils communaux, ce qui reflète la continuité de son lien avec la gestion locale aux côtés de ses responsabilités nationales. En résumé, le fil conducteur de la carrière de Fatima Zahra Mansouri se résume ainsi: droit, avocature, conseil communal, parlement, direction de parti, gouvernement, puis présidence du gouvernement.
Cette progression confère à son parcours une dimension pratique évidente, car la nouvelle responsabilité s’appuie sur des expériences concrètes de traitement de dossiers et d’institutions, et non uniquement sur un parcours partisan ou académique. De Marrakech, qu’elle a dirigée au niveau communal, au parlement qui lui a offert une expérience législative et politique, puis au ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et du Logement qui l’a placée face à des dossiers nationaux étendus, jusqu’à la direction du parti Authenticité et Modernité et la présidence du gouvernement, Mansouri se trouve à la plus importante étape de son parcours politique, la plus étendue en termes de responsabilités. La portée de sa nomination en tant que femme reste symboliquement et institutionnellement importante, mais la valeur pratique de cette expérience dépendra également de ce que la prochaine phase produira en termes de performance gouvernementale, de politiques publiques et de résultats concrets sur le terrain.
Ainsi, Fatima Zahra Mansouri entre à la présidence du gouvernement en portant avec elle un parcours hybride qui combine expertise juridique et pratique professionnelle, gestion locale et travail parlementaire, responsabilité gouvernementale et direction de parti; des éléments qui expliquent largement comment son nom est passé, en quelques années, d’une maire de Marrakech à la première femme à diriger le gouvernement marocain. Agence nationale de presse du Pacte.