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Dr Mohamed Salem Ould Merzoug .. l’ingénierie de l’équilibre dans la diplomatie mauritanienne / le wali Sidi Haïba

Entre sagesse, modération, bonne appréciation et garantie de la continuité, le docteur Mohamed Salem Ould Merzoug imprime la diplomatie mauritanienne d’une manière qui repose sur le réglage des équilibres, le maintien de la marge de manœuvre et le maintien des canaux de dialogue ouverts.

AW
Al WiamTraduit de l'arabe
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Photo Al Wiam

D'après les sources officielles, la Mauritanie appartient à plusieurs espaces à la fois; cette multiplicité, bien qu’elle représente un défi, peut devenir un levier diplomatique lorsqu’elle est accompagnée d’une politique cohérente capable de transformer la position géographique du pays en capacité de dialogue. En 2024, la présidence mauritanienne du Conseil exécutif de l’Union africaine, à Nouakchott, a placé le pays au cœur des débats continentaux portant, entre autres, sur les défis politiques, sécuritaires, économiques et sociaux auxquels l’Afrique est confrontée. Au‑delà de la dimension institutionnelle de cette responsabilité, cela a offert à la diplomatie mauritanienne un espace supplémentaire de présence et d’influence à l’échelle du continent.

La même logique se retrouve dans l’attention portée aux questions de sécurité et de développement, la Mauritanie, qui borde une région confrontée à des conflits armés, à des déplacements de populations, à des crises institutionnelles et à des impacts croissants du changement climatique, a tout intérêt à défendre un concept de stabilité qui ne se limite pas à l’aspect sécuritaire. En septembre 2022, à New York, Ould Merzoug a participé, parmi d’autres activités, à une table ronde consacrée à la sécurité climatique et à la situation de la zone du Sahel. Cette orientation souligne le lien entre sécurité, développement, environnement, emploi, gouvernance et cohésion sociale, rappelant que la sécurité durable ne peut être dissociée des conditions économiques, sociales et environnementales qui déterminent la stabilité des sociétés.

Sa présence régulière dans les différents forums où sont débattues les questions qui concernent la Mauritanie – Union africaine, Ligue arabe, Organisation de la coopération islamique, Nations unies, ainsi que les cadres bilatéraux avec les partenaires européens, américains, africains et arabes – reflète la position particulière du pays et la nécessité de maintenir de multiples canaux de communication. En septembre 2026, à New York, Ould Merzoug a mené des entretiens avec le vice‑assistant du secrétaire d’État américain chargé de l’Afrique de l’Ouest et de la diplomatie publique, portant sur les relations mauritaniennes‑américaines et leurs perspectives de développement. Le lendemain, il a participé à la réunion annuelle de coordination des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation de la coopération islamique.

Deux cadres différents, deux espaces diplomatiques distincts, mais avec la même logique de présence, où l’on discute des intérêts susceptibles d’influencer, directement ou indirectement, la Mauritanie. De cette pratique émerge une doctrine implicite visant à préserver, autant que possible, les canaux de dialogue sans abandonner la défense des intérêts nationaux. Il ne s’agit pas de considérer toutes les positions comme égales, mais de garder la possibilité de dialoguer et de négocier, et, si nécessaire, de défendre fermement les intérêts nationaux.

Cette approche revêt une importance particulière pour un État situé à la convergence de plusieurs zones géopolitiques: le Maroc, l’Algérie, le Sénégal, les pays du Sahel, les pays arabes, l’Union africaine, l’Union européenne, les États‑Unis et les Nations unies sont tous des acteurs avec lesquels Nouakchott doit entretenir des relations opérationnelles. Dans ce cadre, la flexibilité diplomatique peut devenir un instrument de souveraineté, tant qu’elle ne se traduit pas par l’abandon des intérêts fondamentaux du pays. Ainsi, la diplomatie portée par Ould Merzoug apparaît à la fois calme et dynamique.

Elle privilégie une présence régulière dans les forums multilatéraux, intensifie les consultations et construit les relations de façon mesurée. L’objectif n’est pas tant de rechercher la brillance immédiate que de conserver la capacité de dialogue, de défendre les positions mauritaniennes et de garder les options de négociation ouvertes lorsque les circonstances évoluent. Par ailleurs, la mémoire institutionnelle, dimension moins visible mais potentiellement décisive, joue un rôle clé.

Lorsqu’un responsable occupe, pendant des décennies, des fonctions dans des secteurs aussi variés, il accumule une connaissance des administrations, des institutions régionales et internationales, des acteurs et des mécanismes de décision – une connaissance qui ne s’acquiert ni dans les livres ni uniquement à travers les fonctions diplomatiques classiques. Dans le cas du docteur Mohamed Salem Ould Merzoug, cette mémoire est particulièrement vaste: académicien, chercheur, conseiller international, ministre à plusieurs reprises, commissaire suprême de l’Organisation d’investissement du fleuve Sénégal pendant plus d’une décennie, responsable d’organisations internationales liées aux bassins fluviaux, conseiller diplomatique du président, puis ministre de l’Intérieur et ministre des Affaires étrangères. Au cours de ce parcours, il a évolué dans des environnements institutionnels différents tout en restant en contact avec des dossiers cruciaux pour la Mauritanie et son environnement régional.

Cette continuité offre une vision globale et interconnectée des défis, car elle permet, notamment, de relier des domaines souvent traités séparément malgré leur étroite interdépendance dans la réalité: sécurité, développement, ressources en eau, environnement, migration, gouvernance et diplomatie. Une telle expertise peut aider à comprendre plus précisément les acteurs, les intérêts en jeu et les mécanismes institutionnels qui influencent la mise en œuvre des politiques publiques. De son côté, la Mauritanie possède des atouts géographiques et politiques distinctifs: une façade atlantique, une position entre le Maghreb et le Sahel, une appartenance au monde arabe, une ancrage africain et une expérience acquise à travers plusieurs mécanismes régionaux.

Cependant, la géographie ne devient une ressource diplomatique que lorsqu’elle est accompagnée d’une stratégie capable de l’exploiter. Dans ce domaine, le rôle du ministre des Affaires étrangères consiste à transformer les réalités géographiques, économiques et sécuritaires du pays en relations, partenariats et capacités de négociation. Le parcours d’Ould Merzoug, de la géophysique à l’Organisation d’investissement du fleuve Sénégal, des responsabilités ministérielles au conseil diplomatique à la présidence, puis au ministère des Affaires étrangères et de la coopération africaine, lui confère une expérience diversifiée des processus décisionnels et des interférences qui façonnent l’action de l’État.

Les équilibres de la zone du Sahel évoluent, les relations maghrébines se redéfinissent, l’Afrique cherche à renforcer ses capacités de coopération collective, le monde arabe traverse de multiples crises, l’Europe reconfigure certaines de ses partenariats et les grandes puissances intensifient leur présence sur le continent. Dans ce contexte mouvant, la Mauritanie bénéficie d’un avantage géographique et politique résidant dans sa capacité à se situer simultanément à plusieurs carrefours géostratégiques. Le style diplomatique d’Ould Merzoug repose sur quatre exigences complémentaires: ‑ la sagesse, qui pousse à privilégier le dialogue lorsque la rupture n’est pas indispensable; ‑ la modération, qui consiste à préserver les marges de manœuvre offertes par les positions et les actions diplomatiques; ‑ l’appréciation, c’est‑à‑dire la capacité à évaluer les forces en présence, les intérêts existants et les conséquences probables de chaque décision; ‑ la continuité, car les relations internationales, rarement construites sur l’improvisation, se forment – au contraire – au fil du temps, de la confiance et de la stabilité.

En définitive, il s’agit du cœur de l’art de diriger le gouvernail: il ne s’agit pas de prétendre pouvoir arrêter les courants, mais de savoir les lire, mesurer leur puissance et naviguer entre eux sans perdre le cap. La diplomatie ne consiste pas à choisir entre l’immobilisme et le mouvement, mais à maintenir, dans un environnement en perpétuel changement, la capacité d’ajuster la trajectoire sans renoncer à la destination. Pour la Mauritanie, cette approche revêt une importance particulière, car dans un monde où les équilibres de pouvoir se redéfinissent, où les partenariats évoluent et où les crises régionales se croisent, la capacité à dialoguer sur de multiples espaces tout en conservant une vision claire des intérêts nationaux constitue une ressource diplomatique majeure.

Au cœur de cet équilibre entre sagesse, modération, évaluation et continuité, la méthodologie diplomatique du docteur Mohamed Salem Ould Merzoug se traduit par une pratique qui évite l’affichage ostentatoire et mise plutôt sur la préservation de la capacité d’action grâce à la présence, au dialogue et à la gestion des équilibres au moment et au lieu appropriés.

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