Dr Mohamed Salem Ould Merzoug, l’homme au gouvernail de la diplomatie mauritanienne par El Wely Sidi Heiba
Entre sagesse, mesure, calcul et continuité, le Dr Mohamed Salem Ould Merzoug imprime à la diplomatie mauritanienne un style fondé sur la maîtrise des équilibres, la préservation des marges de manœuvr...

D'après les sources officielles, le Maroc, l’Algérie, le Sénégal, les pays du Sahel, les États arabes, l’Union africaine, l’Union européenne, les États-Unis et les Nations unies constituent autant de cercles avec lesquels Nouakchott doit pouvoir maintenir des relations fonctionnelles. Dans cette architecture, la souplesse diplomatique peut devenir un instrument de souveraineté, dès lors qu’elle ne se traduit pas par l’abandon des intérêts fondamentaux du pays. La diplomatie portée par Ould Merzoug apparaît ainsi à la fois discrète et active.
Elle privilégie la présence régulière dans les enceintes multilatérales, la multiplication des consultations et la construction patiente des relations. L’objectif n’est pas nécessairement de rechercher l’éclat ponctuel, mais de maintenir une capacité de dialogue, de défendre les positions mauritaniennes et de préserver les possibilités de négociation lorsque les circonstances évoluent. À cette pratique s’ajoute la mémoire institutionnelle, une dimension moins visible, mais potentiellement déterminante.
Lorsqu’un responsable exerce pendant plusieurs décennies des fonctions dans des secteurs aussi différents, il accumule une connaissance des administrations, des institutions régionales et internationales, des acteurs et des mécanismes de décision qui ne s’acquiert pas uniquement dans les manuels ou les fonctions diplomatiques classiques. Dans le cas du Dr Mohamed Salem Ould Merzoug, cette mémoire est particulièrement étendue. Universitaire et chercheur, consultant international, ministre dans plusieurs secteurs, Haut-Commissaire de l’OMVS pendant plus d’une décennie, responsable au sein d’organisations internationales de bassin, conseiller diplomatique du président de la République, puis ministre de l’Intérieur et ministre des Affaires étrangères, il a évolué dans des environnements institutionnels différents tout en restant au contact de dossiers structurants pour la Mauritanie et son environnement régional.
Cette continuité offre une lecture transversale des enjeux. Elle permet notamment de relier des domaines que l’on traite parfois séparément alors qu’ils sont, dans la pratique, étroitement liés: sécurité, développement, ressources en eau, environnement, migration, gouvernance et diplomatie. Une telle expérience peut favoriser une compréhension plus fine des acteurs, des intérêts en présence et des mécanismes institutionnels qui conditionnent la mise en œuvre des politiques publiques.
La Mauritanie dispose, de son côté, d’atouts géographiques et politiques singuliers, une façade atlantique, une position entre Maghreb et Sahel, une appartenance au monde arabe, une profondeur africaine et une expérience acquise dans plusieurs mécanismes régionaux. Mais une géographie ne devient une ressource diplomatique que lorsqu’elle est accompagnée d’une stratégie capable d’en tirer parti. C’est dans cet espace que s’inscrit le rôle d’un ministre des Affaires étrangères: traduire les réalités géographiques, économiques et sécuritaires du pays en relations, en partenariats et en capacités de négociation.
Le parcours d’Ould Merzoug, de la géophysique à l’OMVS, des responsabilités ministérielles au conseil diplomatique présidentiel, puis aux Affaires étrangères et à la coopération africaine, lui donne une expérience diversifiée des mécanismes de décision et des interdépendances qui structurent l’action de l’État. Les équilibres du Sahel évoluent, les relations maghrébines se transforment, l’Afrique cherche à renforcer ses capacités d’action collective, le monde arabe traverse des crises multiples, l’Europe redéfinit certains de ses partenariats et les grandes puissances renforcent leur présence sur le continent. Dans cet environnement mouvant, la Mauritanie dispose d’un atout singulier: sa capacité à se situer à plusieurs carrefours géopolitiques à la fois.
C’est dans cette configuration qu’Ould Merzoug inscrit sa pratique diplomatique. Elle repose sur quatre exigences complémentaires: - la sagesse, qui conduit à privilégier le dialogue lorsque la rupture n’est pas nécessaire; - la mesure, qui consiste à préserver les marges de manœuvre ouvertes par la parole et l’action diplomatiques; - le calcul, entendu comme la capacité à évaluer les rapports de force, les intérêts en présence et les conséquences possibles d’une décision; - la continuité, parce que les relations internationales se construisent rarement dans l’improvisation, mais plutôt dans la durée, la confiance et la constance. C’est peut-être là, au fond, que réside le véritable art du gouvernail: non pas prétendre arrêter les courants, mais savoir les lire, en mesurer la force et naviguer entre eux sans perdre le cap.
La diplomatie consiste moins à choisir entre l’immobilité et le mouvement qu’à préserver, dans un environnement en perpétuelle évolution, la capacité d’adapter sa navigation sans renoncer à sa direction. Pour la Mauritanie, cette approche revêt une importance particulière. Dans un monde où les rapports de puissance se recomposent, où les partenariats évoluent et où les crises régionales s’entrecroisent, la capacité à dialoguer avec plusieurs espaces tout en maintenant une lecture claire de ses intérêts constitue une ressource diplomatique importante.
C’est dans cet équilibre entre sagesse, mesure, calcul et continuité que se dessine le style diplomatique associé à Mohamed Salem Ould Merzoug, une diplomatie qui cherche moins à imposer sa voix par l’éclat qu’à préserver sa capacité d’action par la présence, le dialogue et la maîtrise des équilibres. saharamedias