Événement et commentaire / la bataille de la conscience et de la souveraineté… la Mauritanie fait face aux défis de l’influence médiatique transfrontalière.
La souveraineté de l’État à l’ère numérique ne se mesure plus seulement à sa capacité de protéger ses frontières terrestres, maritimes et aériennes, mais elle est également liée à sa capacité de protéger son espace public contre les tentatives d’intrusion et d’influence illicites, quelles qu’elles soient...

D'après les sources officielles, le porte‑parole du gouvernement a évoqué un réseau de chantage qu’il estime être devenu une activité dotée d’outils et de mécanismes, tandis que des sources médiatiques ont signalé l’élargissement du champ des investigations. En parallèle, des prises de position politiques et médiatiques ont rejeté la qualification du dossier telle que présentée par les autorités, le qualifiant de ciblage des voix critiques. Ainsi, la responsabilité individuelle et les faits criminels précis restent soumis à ce que révéleront les enquêtes et à la décision des juridictions compétentes.
Cependant, au‑delà de tout jugement prématuré, il subsiste une question qui ne doit pas se perdre dans le débat: le droit de l’État à protéger sa souveraineté et son espace public de toute ingérence ou financement illicite visant à déstabiliser ou à influencer de façon organisée la société. Dans la conception traditionnelle, la souveraineté signifie que l’État est le détenteur de la compétence suprême sur son territoire et qu’il ne doit pas se voir imposer la volonté ou l’agenda d’un acteur extérieur. Aujourd’hui, l’influence sur les États peut s’exercer depuis les écrans, via des comptes numériques, des transferts d’argent, des réseaux d’intermédiaires, la diffusion de contenus, la création de vagues de colère, de doute ou de polarisation.
C’est là le danger: un blogueur vivant à l’étranger peut devenir une pièce d’un dispositif d’influence qui dépasse son droit naturel à l’expression, en servant d’interface pour des agents, des financeurs ou des plateformes internes opérant selon une agenda financier ou politique provenant de l’extérieur des frontières. Le désaccord politique est légitime, la critique est un droit, la presse indépendante est indispensable; mais transformer l’argent en outil d’achat d’influence médiatique au sein de la société est une affaire totalement différente, qui ne doit pas se confondre avec la liberté d’expression. Tout citoyen mauritanien a le droit de critiquer le gouvernement, de s’opposer aux politiques publiques et de dénoncer les carences, mais cela ne confère à aucune partie, intérieure ou extérieure, une immunité face à la responsabilité si l’expression se transforme en financement secret, en chantage, en incitation ou en ciblage délibéré de la paix civile.
Le problème réel ne réside pas dans l’existence d’un blogueur qui critique le pouvoir depuis l’étranger — c’est un phénomène présent dans de nombreux pays — mais dans le réseau capable de faire du blogueur la façade d’un système financier et médiatique plus vaste. Un blogueur isolé peut influencer un certain nombre d’abonnés, mais un réseau incluant financeurs, intermédiaires, sources d’information et comptes internes et externes peut construire une narration complète, la reproduire sur de multiples plateformes et inonder l’espace public au point que le récit non vérifié devienne, par sa diffusion massive, une « vérité » apparente. Dans ce cas, l’argent devient un facteur politique et médiatique très puissant; il peut être utilisé pour attirer de nouvelles voix, courtiser des blogueurs, créer des pages, financer des campagnes numériques, rendant ainsi l’opinion publique vulnérable à une orientation extérieure aux mécanismes naturels de la société.
C’est cet aspect qui mérite la plus grande attention, car il touche à l’indépendance de la décision nationale non pas par des interventions militaires ou des pressions diplomatiques, mais par le téléphone, la plateforme, le compte et le transfert d’argent. La Mauritanie possède une spécificité sociale qui fait du maintien de la paix civile et de la cohésion communautaire une question qui dépasse les gouvernements et les partis. La société mauritanienne est plurielle dans ses composantes et ses appartenances, et tout discours fondé sur la généralisation, l’incitation ou la diabolisation d’un groupe social au profit d’un autre peut laisser des traces bien plus profondes qu’un simple différend politique passager.
C’est pourquoi la loi mauritanienne n° 2021‑021 criminalise, parmi d’autres actes, l’usage des médias, des communications numériques et des réseaux sociaux pour diffuser la haine entre les composantes de la société ou inciter l’une contre l’autre, ainsi que certains comportements portant atteinte à la paix civile et à la cohésion sociale. De même, la législation relative à la cybercriminalité prévoit des dispositions criminalisant l’utilisation de systèmes informatiques pour produire ou diffuser des messages incitant à la violence ou à la haine. Il convient ici de rappeler un principe essentiel: protéger la paix civile ne signifie pas fermer la porte à la critique, tout comme la liberté d’expression ne signifie pas donner carte blanche à l’incitation ou aux discours haineux.
La souveraineté de l’État n’est pas divisible; il ne peut pas être maître de ses décisions politiques et économiques tout en laissant son espace public ouvert à des fonds anonymes et à des réseaux invisibles capables de remodeler la conscience et l’orientation de la société. La question des « blogueurs de l’étranger » — quels que soient les résultats des enquêtes en cours — doit constituer une occasion de redéfinir les limites entre liberté d’expression et ingérence, entre opposition et chantage, entre médias et manipulation, entre critique politique et tentatives de déstabilisation de la paix civile. La règle qui doit rester constante, c’est que la Mauritanie appartient à tous ses enfants, et que leur droit à la différence ne contredit pas le droit de l’État à protéger sa souveraineté, sa stabilité et la cohésion de sa société.
Agence du Pacte National de l’Information.