Le roi Mohammed VI trace la boussole du futur / Ismail Ould Rabani*
La forme du discours prononcé par le souverain marocain, le roi Mohammed VI, ce vendredi, à l’occasion de l’ouverture de la première session de la première année législative du douzième mandat législatif, constitue une étape pour définir les grandes priorités de la phase…

Il ressort que le discours prononcé aujourd’hui, vendredi, par le souverain marocain, le roi Mohammed VI, à l’occasion de l’ouverture de la première session de la première année législative de la douzième législature, constitue une étape de définition des grandes priorités pour la période à venir et d’anticipation des transformations que le Royaume devra suivre dans un contexte international accéléré, où les défis économiques et géopolitiques se multiplient et où le besoin de modèles de développement capables d’équilibrer croissance économique, justice sociale et justice territoriale se fait de plus en plus pressant. Le discours royal ne s’est pas limité à un rappel des gains politiques, diplomatiques et de développement obtenus par le Maroc; il a également comporté des orientations claires concernant le passage à une nouvelle phase de réformes, fondée sur l’accélération des grands projets, le développement des secteurs stratégiques, le renforcement de l’investissement productif, l’émancipation de la jeunesse, le renforcement de la gouvernance territoriale, ainsi que la révision de certains aspects de la coopération internationale, afin de garantir la protection des intérêts nationaux et de consolider la position du Maroc en tant que partenaire responsable et fiable. Le roi Mohammed VI a commencé son allocution en affirmant son attachement à son identité marocaine, rappelant la valeur profonde de l’appartenance nationale qui dépasse le simple sentiment affectif pour entrer dans le domaine de la responsabilité et de l’action au service de la patrie.
Il a lié cet attachement à ce que le Royaume a accompli sur les plans politique, diplomatique, économique et social, faisant de la confiance dans le parcours national un moteur pour poursuivre les réformes et développer les acquis. Il a également souligné la spécificité de l’identité marocaine, fondée sur une référence religieuse authentique dans le cadre de l’« Émirat des croyants », sur la richesse des courants civilisationnels et sur la pluralité des composantes de l’identité nationale, ce qui reflète la capacité du Maroc à concilier préservation de ses repères et ouverture à son environnement régional et international. À partir de ce constat, le message central consiste à transformer la fierté d’appartenance nationale en un engagement collectif, où les institutions assument leurs responsabilités au service des citoyens, et où l’ensemble des acteurs contribuent à bâtir l’avenir du pays, à renforcer sa stabilité et sa cohésion.
Sur le plan économique, le discours royal a placé la prochaine phase dans un cadre stratégique ambitieux visant à renforcer la position du Maroc comme puissance économique émergente et fiable, en insistant sur la nécessité d’harmoniser croissance économique, justice sociale et justice territoriale. Cette orientation traduit la prise de conscience de l’importance de passer d’une phase de réalisation d’infrastructures et de projets structurants à une phase plus large, où l’investissement dans les secteurs stratégiques devient le levier d’amélioration de la productivité, d’élargissement de la base économique nationale, de création d’emplois, et d’amélioration du niveau de vie des citoyens. Dans ce contexte, le roi a appelé au lancement d’une nouvelle génération de grandes stratégies, incluant la sécurité de l’eau, de l’énergie et de l’alimentation, le décollage industriel, l’économie numérique et l’intelligence artificielle, parallèlement à l’accélération des projets programmés dans le domaine des infrastructures.
Ces priorités révèlent une vision de développement qui s’inspire des mutations mondiales et des défis qui en découlent: sécurisation des ressources essentielles, renforcement de la capacité de résilience face aux crises, suivi de l’évolution technologique et renforcement de la compétitivité de l’économie nationale. L’appel à développer les réserves stratégiques et à sécuriser l’approvisionnement en matières premières met en avant l’importance de la prévoyance dans la gestion des risques, refusant de se contenter de réagir aux crises une fois qu’elles sont survenues. Ainsi, la sécurité économique devient une composante indissociable de la souveraineté nationale.
Cette orientation gagne en importance dans un contexte de volatilité des marchés mondiaux, de perturbations des chaînes d’approvisionnement et de concurrence accrue pour les ressources, l’énergie et la technologie, ce qui nécessite le renforcement des capacités nationales de production, de stockage et de gestion durable des ressources. Parmi les messages économiques majeurs du discours royal figure l’invitation explicite à élever le rôle du secteur privé national, afin qu’il devienne un acteur stratégique du processus de transformation, plus entreprenant, innovant, capable d’investir, d’exporter et de créer des emplois. Cette orientation souligne l’importance d’une synergie entre les politiques publiques et l’initiative économique privée, la République, malgré ses capacités d’investissement dans les infrastructures et les grands projets, a besoin d’un secteur privé dynamique capable de transformer les opportunités en activités productives durables.
Il ne s’agit pas seulement d’accroître le volume des investissements, mais d’en améliorer la qualité, de les orienter vers des secteurs à forte valeur ajoutée, de favoriser l’innovation, et de renforcer la présence des produits marocains sur les marchés étrangers, permettant à l’économie nationale de diversifier ses sources de croissance et de renforcer sa compétitivité. Si cette dynamique s’accompagne d’un environnement des affaires favorable, de procédures administratives plus souples, d’une égalité d’accès au financement et à l’investissement, elle pourra élargir la base des entreprises productives, ouvrir de nouvelles perspectives pour la jeunesse et renforcer les opportunités de développement dans toutes les régions du Royaume. Les questions de la jeunesse ont également occupé une place prépondérante dans le discours royal, qui a appelé à les placer au sommet des politiques publiques et des préoccupations des instances de gouvernance, à travers une vision intégrée garantissant l’égalité des chances, incluant l’éducation, la formation et l’insertion économique.
L’importance de cet appel réside dans le fait que l’investissement dans la jeunesse représente un investissement dans l’avenir du pays, compte tenu du potentiel humain, de la créativité et de la capacité de cette génération à suivre les transformations économiques et technologiques. Le roi a renforcé cette orientation en préconisant des politiques intégrées liant la qualité de l’enseignement, l’adéquation de la formation aux besoins du marché du travail, l’élargissement des opportunités d’emploi, le soutien à l’entrepreneuriat et la facilitation de l’accès aux opportunités économiques. En soulignant l’importance de renforcer la confiance des jeunes en leur capacité à progresser socialement et en les institutions de leur pays, le roi a mis en avant la dimension morale et institutionnelle des politiques jeunesse.
Ainsi, le discours royal propose une approche où l’émancipation de la jeunesse fait partie intégrante de l’équation de la stabilité sociale et du progrès économique, et non d’un simple dossier sectoriel limité. L’un des aspects les plus concrets du discours, du point de vue opérationnel, est l’insistance sur le fait que le véritable pari pour la prochaine phase réside dans le travail de terrain au niveau territorial, l’identification des problèmes réels de chaque région et la recherche de solutions réalistes répondant aux préoccupations de leurs habitants. Cette invitation reflète une orientation vers le renforcement de l’efficacité des politiques publiques en rapprochant la décision du citoyen et en liant la planification du développement aux besoins réels des territoires, plutôt qu’en se contentant d’approches uniformes qui ne répondent pas toujours aux spécificités des différentes zones.
Le développement intégré, tel que présenté dans le discours, ne s’obtient pas simplement par le lancement de programmes et de projets, mais nécessite une coordination effective entre les différents intervenants, l’amélioration des services publics, la stimulation de l’investissement productif et une répartition plus équilibrée des fruits de la croissance. Dans ce cadre, le roi Mohammed VI a lié la relance du développement territorial à la mise en œuvre d’une gouvernance régionale avancée et d’une décentralisation administrative, insistant sur la nécessité de mettre fin aux retards et aux déséquilibres qui entravent leur mise en œuvre. Ce message revêt une importance particulière car il fait passer le débat sur la réforme administrative du niveau des principes généraux à celui de l’exécution concrète, en appelant au transfert des compétences, du personnel et des ressources financières nécessaires du centre vers les régions.
L’accent mis sur la clarification des compétences des institutions régionales, le renforcement de leurs ressources humaines et matérielles, et l’organisation de leurs relations avec l’État via des mécanismes de coordination et de contractualisation, montre la prise de conscience de l’importance de fournir les conditions institutionnelles indispensables pour que les régions puissent exercer leurs rôles de développement de façon efficace. La décentralisation ne peut atteindre ses objectifs en se limitant à un simple transfert formel de compétences, et la décentralisation administrative ne remplira pas son rôle si elle n’est pas accompagnée d’un véritable délégation de pouvoirs et de la mise à disposition des ressources nécessaires à la prise de décision et à la mise en œuvre des projets. Ainsi, le pari consiste à transformer la gouvernance régionale avancée en un mécanisme opérationnel de réduction des inégalités spatiales, d’amélioration de la qualité des services, d’élargissement des opportunités d’investissement et de permettre aux citoyens de bénéficier de façon plus équitable des fruits du développement.
Sur le plan des relations extérieures, le discours royal a réaffirmé la place du Maroc en tant que partenaire responsable et fiable, soucieux d’honorer ses engagements et attendant de ses partenaires une réciprocité équivalente. Ce message illustre le principe fondamental de la vision marocaine de la coopération internationale, qui combine le respect des engagements, la protection des intérêts nationaux et le refus de transformer les partenariats en instruments de pression ou de chantage. Le roi a consacré une partie de son allocution au dossier migratoire, estimant que l’approche équilibrée adoptée par le Royaume a donné des résultats concrets, tout en soulignant que le modèle de coopération actuel dans ce domaine était devenu dépassé, à la lumière des crises récurrentes et des défis liés à la gestion du phénomène.
Cette position indique une volonté de revoir les bases de la coopération migratoire afin d’assurer un partage plus équilibré des responsabilités et de corriger les déséquilibres juridiques et opérationnels qui entravent une gestion efficace de ce dossier. Il a également abordé le partenariat avec l’Espagne, rappelant les progrès réalisés dans plusieurs domaines, dont la lutte contre l’immigration clandestine, tout en signalant les défis posés par certaines exigences juridiques et décisions judiciaires que le Maroc estime entraver le traitement de cas impliquant des mineurs non accompagnés et des personnes se présentant comme demandeurs d’asile. Dans ce contexte, il a réaffirmé que le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire, et non un champ de pression ou de menace, afin de fixer un cadre politique clair pour les relations avec les partenaires, fondé sur le respect mutuel et le respect des modalités de coopération convenues.
Le discours ne s’est pas limité à diagnostiquer les dysfonctionnements; il a annoncé l’intention du Maroc de présenter un document stratégique à ses partenaires, contenant une vision claire et opérationnelle pour renouveler la coopération, sur la base du développement partagé, de la compétitivité économique et de la stabilité régionale. Cette orientation souligne l’importance de passer d’une gestion ponctuelle des crises à la construction d’un cadre stratégique plus durable, liant la coopération migratoire à ses dimensions économiques, sociales et sécuritaires, et renforçant les intérêts communs des États concernés. En conclusion, le roi Mohammed VI a adressé un message direct aux membres du Parlement, leur rappelant que la mission parlementaire n’est pas seulement une fonction représentative, mais un engagement politique et un contrat moral avec les citoyens.
Ce rappel prend tout son sens à l’aube d’une nouvelle législature, qui doit constituer une opportunité de renouveler la confiance entre les institutions et les citoyens, et de renforcer le rôle du Parlement dans la législation, le contrôle et l’accompagnement des politiques publiques. La responsabilité parlementaire, selon le sens du discours, ne se limite pas à la simple représentation des électeurs au sein de l’assemblée, mais implique de porter leurs préoccupations, de suivre leurs dossiers, et de contribuer à la recherche de solutions aux défis qui les touchent. La mise en avant de la dimension éthique de cette responsabilité place la performance parlementaire au‑delà des procédures formelles, en fonction de l’engagement au service de l’intérêt général, du respect de la confiance populaire et de la contribution à l’amélioration de la vie des citoyens.
Cette orientation devrait stimuler le débat sur la qualité du travail législatif, l’efficacité du contrôle parlementaire, et la nécessité de rendre l’institution législative plus proche des enjeux économiques, sociaux et de développement qui occupent l’opinion publique. Le discours royal, prononcé à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle année législative, a présenté une vision globale de la période à venir, combinant le renforcement de la puissance économique du Maroc, la sécurité de l’eau, de l’énergie et de l’alimentation, le développement de l’industrie et de l’économie numérique, l’émancipation de la jeunesse, le développement territorial équilibré, et le renouvellement des partenariats internationaux sur la base du respect de la souveraineté et des intérêts mutuels. Son importance réside dans le fait qu’il relie les dimensions économiques, sociales, institutionnelles et diplomatiques, refusant de dissocier la croissance économique d’une justice sociale, de réduire le développement territorial à une simple répartition de projets, ou de séparer les partenariats extérieurs des exigences de souveraineté et de stabilité.
*— Ismail Ould Cheikh Ahmed, directeur de la publication à l’Agence du Pacte National des Nouvelles.*