Qu’est‑ce que nous célébrons vraiment ?
J’éprouve beaucoup d’estime pour certains qui ont été récemment nommés à des postes élevés, ainsi que pour d’autres qui les ont quittés. Ainsi, je leur demande pardon de ne pas être allé les féliciter ou leur rendre visite. Et je dis, pour justifier ma position, que je n’ai pas…

Il ressort que je m’interroge également sur cette vision étrange de la fonction publique, selon laquelle chaque nomination devrait être suivie de marques de gratitude envers celui qui a pris la décision. Comme si la compétence ne suffisait plus, comme si le mérite devait être lié à une dette personnelle, comme si occuper un poste public créait, en contrepartie, une obligation de loyauté personnelle. Il existe, à mon sens, une distinction fondamentale que nous avons perdu la capacité de rappeler comme il se doit.
La nomination devrait être un rendez‑vous avec le devoir, pas une occasion de célébrer un privilège. La première marque de gratitude qu’un responsable doit offrir à la République, c’est la qualité du travail qu’il accomplit au service de ses concitoyens. Peut‑être était‑ce ma façon de voir les choses.
Cela ne m’empêche pas d’estimer les personnes, ni de me réjouir de leur succès. Mais cela m’empêche de confondre amitié et cérémonies de courtoisie imposées par les occasions, mérite et favoritisme, responsabilité et privilège. Au final, la question demeure: faut‑il féliciter quelqu’un simplement parce qu’il a été nommé à un poste, ou vaut‑il mieux attendre de voir ce qu’il fera de la responsabilité qui lui a été confiée?
Peut‑être que la réponse à cette question sera le point de départ d’une autre conception de l’État.