Société·

La présidence de la Mauritanie n’est pas un jeu de portes closes / Z. Al‑Salk Ould Abah

À l’horizon 2029, les seules prévisions politiques ne suffisent pas à façonner l’avenir de l’État ; les regards se tournent, depuis la dernière réforme ministérielle, vers les équilibres de pouvoir au sein du système politique mauritanien et vers ce que les années à venir pourraient apporter en termes d’arrangements…

AW
Al WiamTraduit de l'arabe
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D'après les sources officielles, la Mauritanie, forte de son expérience politique et de la complexité de sa société, a besoin d’une lecture calme qui ne précipite pas les événements, ne transforme pas les possibilités en certitudes et ne réduit pas l’avenir de l’État à de simples spéculations. 2. **Le président Ghazouani n’a pas encore remis les clés de la prochaine phase** Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani exerce toujours ses prérogatives constitutionnelles, avec devant lui des exigences politiques et de développement qui requièrent la poursuite du travail et le suivi des projets et programmes engagés par l’État.

Réduire la période actuelle à la recherche d’un successeur du président ignore les responsabilités du présent et anticipe un débat dont les données ne sont pas encore mûres. Les Mauritaniens ont le droit de s’interroger sur l’avenir des projets stratégiques, la pérennité des programmes sociaux et la capacité des institutions à poursuivre les acquis et à corriger ce qui doit être revu. Ce sont des questions légitimes qui ne visent pas une personne en particulier, mais qui relèvent du droit de la société à connaître la direction des politiques publiques et à en garantir la continuité.

La réforme ministérielle, quelles que soient ses implications, ne suffit pas à prouver que le président a déjà tranché la question de son successeur, ni qu’il a transféré le centre de décision à une autre personnalité. Les postes gouvernementaux évoluent, les alliances changent, mais la responsabilité du présent demeure, et il ne faut pas laisser les calculs futurs dominer les devoirs d’aujourd’hui. 3.

**La présidence de la Mauritanie ne se gagne pas par proximité ou réseaux** Être président de la République n’est pas un poste obtenu simplement par proximité avec le chef de l’État, par un réseau d’influences ou par des recommandations de personnalités influentes. C’est une responsabilité nationale complexe qui exige une volonté politique éclairée, une compétence en gestion de l’État, une connaissance approfondie de la société et la capacité de dialoguer avec ses institutions, ses équilibres et ses défis. La Mauritanie n’est pas une communauté homogène que l’on peut administrer avec une logique unique; c’est un pays où se mêlent spécificités culturelles et sociales, multiples sensibilités politiques, un héritage religieux et historique qui façonne la conscience collective, sans oublier une position géographique au cœur d’un environnement parfois turbulent.

Ainsi, toute conception sérieuse du futur leadership doit partir d’une compréhension profonde de ces paramètres, de la capacité à préserver l’unité nationale, à respecter les droits de tous les citoyens, et à concilier les exigences de l’État avec les particularités de la société. Ces exigences ne signifient pas que la direction soit réservée à un groupe ou à un parcours précis; elles indiquent simplement que la fonction dépasse l’ambition personnelle ou les calculs de petites cercles. 4.

**Les recommandations des puissants ne suffisent pas** Même si les soutiens des figures influentes sont importants pour la stabilité, ils ne remplacent ni la compétence ni l’acceptation populaire. Une recommandation peut ouvrir une porte, mais elle ne garantit pas une bonne gestion de l’État, tout comme la proximité avec les centres de décision ne constitue pas à elle seule une preuve de capacité à assumer les responsabilités du pouvoir. L’État moderne ne se gouverne pas selon une logique de tutelle permanente, ni ne fonde la responsabilité publique sur le principe qu’une personne choisit une autre, puis la société doit accepter ce choix comme définitif.

L’avenir politique doit rester ouvert aux compétences et aux options nationales, les décisions devant être prises selon des règles claires et des procédures assurant la liberté de choix et la légitimité de la représentation. Le plus important est que la concurrence politique repose sur les programmes, la compétence et la vision, et non sur le règlement de comptes ou l’exclusion des opposants. Un dirigeant qui accède au pouvoir chargé de rancunes ou qui voit la prise de fonction comme une occasion de punir ses adversaires met en danger le consensus national, quelles que soient les slogans qu’il brandit.

5. **La Mauritanie a besoin d’un dirigeant « composite »** Le leadership requis par la Mauritanie n’est pas simplement la continuité administrative de son prédécesseur, ni une rupture totale avec tout ce qui a été accompli. Il s’agit d’une direction capable de distinguer ce qui doit être maintenu de ce qui doit être corrigé, de servir l’intérêt général sans favoriser des individus, et de concilier stabilité légitime et dynamisme nécessaire au progrès.

Le pays a besoin d’un chef qui combine expérience politique et administrative, compréhension des mutations sociales, respect des institutions, écoute des diverses composantes de la société et gestion des divergences sans les transformer en conflits permanents. Il doit également reconnaître que la protection des droits et des particularités ne constitue pas une concession à l’unité de l’État, mais bien une condition de son ancrage. L’aptitude à la direction ne se mesure pas uniquement à la satisfaction des élites ou à la capacité de rassembler des soutiens au sein des cercles du pouvoir; il faut aussi la confiance des citoyens, l’efficacité des institutions, la qualité des services, le respect des finances publiques et le sentiment que l’État s’élargit à tous.

L’avenir de la Mauritanie ne dépend pas d’une lutte anticipée autour des noms, mais d’un débat responsable sur la nature du leadership capable de poursuivre la construction, de corriger les déséquilibres et de renforcer la confiance entre l’État et la société. 6. **Expérience 2019: pourquoi ne pas reproduire la succession politique?** L’élection présidentielle de 2019 offre une leçon importante sur la distinction entre soutien politique et légitimité électorale.

Le président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz avait d’abord soutenu la candidature de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, puis, le 7 mars 2019, il déclarait: « Je n’ai pas présenté Ghazouani, c’est lui qui s’est présenté lui‑même », tout en annonçant son appui à la candidature et en invitant les forces pro‑régime à le soutenir. (Source: *Al‑Arabi Al‑Jadid*, 7 mars 2019). Cependant, le processus de 2019 n’a pas été une simple transition entre deux personnes liées politiquement ou professionnellement; les candidats ont mené une campagne électorale, la concurrence s’est intensifiée, des fuites diffamatoires ont visé Ghazouani, suscitant des débats sur les acteurs derrière ces attaques, sans qu’il soit possible d’attribuer la responsabilité à une partie précise en l’absence de preuve irréfutable.

(Voir: *Al‑Watan*, 14 juin 2019). Le soutien à Ghazouani ne s’est pas limité aux partisans du régime précédent; il a rassemblé des forces et des personnalités de divers horizons politiques, y compris des acteurs qui s’étaient opposés à Ould Abdel Aziz. Ghazouani a été déclaré vainqueur le 22 juin 2019 avec 52 % des suffrages exprimés, selon le Conseil constitutionnel.

Il faut replacer les faits dans leur contexte: le soutien de personnalités influentes était un facteur parmi d’autres, mais il n’annule pas le rôle des électeurs et ne transforme pas le résultat en simple recommandation. Une base de soutien large ne signifie pas un consensus électoral, mais montre la capacité du candidat à rassembler des appuis divers dans un cadre compétitif. Le différend politique entre Ould Abdel Aziz et Ould Cheikh El Ghazouani s’est manifesté publiquement fin 2019, notamment autour de la référence du parti Union pour la République.

Cela confirme que les relations antérieures, même très solides, ne garantissent pas une continuité de visions après le transfert de responsabilité, et que l’avenir politique ne peut être reproduit mécaniquement. L’objectif de rappeler cette expérience n’est pas d’accuser, ni de projeter le passé sur le présent, mais d’en tirer une leçon générale: les accords politiques peuvent faciliter le lancement d’une nouvelle phase, mais ils ne remplacent pas la légitimité populaire, n’assurent pas à eux seuls la stabilité des relations entre les parties, et ne constituent pas une formule prête à garantir un succès électoral futur. 7.

**Accéder au pouvoir n’est pas synonyme de réussir à gouverner** Les expériences politiques montrent que parvenir au pouvoir est une chose, le gérer efficacement en est une autre. On peut réussir à bâtir une large coalition, mais rencontrer des difficultés à gérer les divergences; on peut disposer d’un réseau d’influences, mais ne pas savoir appréhender les complexités de l’État et de la société. Ainsi, l’attention ne doit pas se porter uniquement sur la question: « Qui peut accéder au poste?

», mais surtout sur: « Qui peut assumer ses responsabilités avec compétence, équité et sagesse? ». La Mauritanie a besoin d’une direction qui considère l’État comme un bien commun pour tous ses citoyens, et non comme un instrument de domination d’un groupe, de récompense d’alliés ou d’exclusion d’opposants.

Elle doit gérer les finances publiques, ouvrir les portes aux compétences, traiter l’opposition comme une composante normale de la vie politique et non comme une menace permanente à éliminer. La stabilité ne s’obtient pas en fermant l’espace public ou en alimentant des luttes incessantes autour des individus, mais en construisant la confiance, en élargissant la participation, en respectant les droits, en développant les institutions et en établissant des règles claires pour la transmission des responsabilités et la reddition de comptes. Dans ce cadre, la légitimité ne doit pas se réduire à des accords entre élites ou à des recommandations de personnalités; le respect de la légitimité ne doit pas non plus se transformer en une soumission aveugle à des textes constitutionnels figés, mais en une volonté nationale consciente, un choix populaire libre et des institutions capables de protéger l’État et les droits des citoyens, au sein d’un système constitutionnel dont la légitimité provient de la justice et de la capacité d’évolution, et non de la protection de certaines dispositions contre le débat.

**Conclusion** Parler de l’an 2029 ne doit pas devenir une course prématurée aux postes ni une tentative de lire les intentions uniquement à travers les changements gouvernementaux. L’avenir ne se décide pas à proximité du président, ni simplement par le consentement des puissants; il se construit à travers l’interaction de la volonté populaire, de la compétence, des accords nationaux et de l’efficacité institutionnelle. Le président Ghazouani, à ce stade, a des responsabilités en cours: assurer la continuité de l’action gouvernementale, renforcer la confiance, suivre les programmes nationaux et créer les conditions d’une évolution politique responsable.

Les exigences futures auront leur propre cadre et leurs propres procédures, et il ne faut pas les anticiper avec des jugements définitifs ou les transformer en source de tension. La Mauritanie est plus grande que les individus, plus durable que les alliances temporaires. L’intérêt de l’État impose que le débat sur son avenir reste ouvert, calme et sérieux; un débat qui ne s’oppose pas au présent, ne met pas en jeu le futur, et ne confond pas conseil avec confrontation, ni stabilité avec l’étouffement du droit de la société à réfléchir et à choisir.

La présidence est une responsabilité nationale, pas un privilège transmis par des ententes; l’avenir de l’État est une confiance qui ne doit pas être réduite aux calculs d’individus, quels que soient leurs postes ou leur statut.

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