Le dialogue national est la responsabilité de tous, et l’intérêt de la nation prime sur toute considération.
J’ai lu ces derniers jours des appels lancés par des personnalités politiques et des chefs de partis qui, jusqu’à récemment, étaient comptés parmi la majorité soutenant les choix du président de la République, appelant à boycotter la prochaine conférence nationale. Cela m’a profondément touché…

D'après les sources officielles, la Constitution – en tant que référence juridique suprême de l’État – n’est pas un texte sacré détaché de la volonté du peuple, mais un ensemble de règles qui régissent le gouvernement, les droits et les libertés, et qui peut être révisé selon les procédures constitutionnelles prévues chaque fois que l’intérêt général l’exige, tout en préservant les principes démocratiques et la stabilité institutionnelle. Il ne faut pas interpréter la mise à l’ordre du jour de ces dossiers comme une invitation préalable à adopter une option précise, mais comme la confirmation de la nécessité d’ouvrir un espace de discussion nationale libre et responsable, où les différentes opinions sont exposées, les alternatives étudiées, et l’intérêt général prévalu sur les considérations personnelles ou partisanes. Pour que ce dialogue atteigne les objectifs escomptés, il est indispensable d’en garantir l’inclusivité, en impliquant toutes les composantes de la société dans son déroulement: partis politiques, opposition, majorité, élites intellectuelles et académiques, syndicats professionnels et ouvriers, jeunes, femmes, représentants de la société civile et l’ensemble des composantes nationales.
Je propose également d’organiser des ateliers consultatifs, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, permettant aux citoyens et aux experts de présenter leurs visions et propositions, afin que le dialogue ne reste pas cantonné à une élite politique, mais devienne un processus national qui intègre les aspirations de toutes les couches de la société. Il est crucial que les travaux du dialogue débouchent sur des résultats clairs et exécutables, avec des échéances et des mécanismes de suivi précis, ainsi que la création d’une commission indépendante composée de personnes compétentes, intègres et sages, chargée de veiller à la mise en œuvre des accords et de publier des rapports périodiques sur l’avancement des mesures. La réussite ne se mesure pas seulement à la tenue du dialogue ou à la production de recommandations, mais à la traduction de ces recommandations en réformes concrètes dont le citoyen ressent les effets dans sa vie quotidienne.
En ce qui concerne la prochaine phase politique, je considère que notre pays, face aux guerres, aux troubles et aux défis sécuritaires, politiques et économiques qui secouent la région, a besoin d’une grande dose de sagesse et de clairvoyance, ainsi que d’éviter les aventures qui pourraient menacer sa stabilité. Dans cette perspective, je soutiens la poursuite de la politique de calme, de dialogue et d’engagement positif avec les dossiers nationaux, et je pense que le maintien de l’actuelle direction, dans le cadre de la légitimité constitutionnelle et de la volonté populaire, peut contribuer à achever le processus de développement, à renforcer la stabilité et à dépasser cette période délicate, sous la conduite de Son Excellence le président de la République. Cependant, la préservation de la stabilité n’est pas incompatible avec la réforme, et tirer les leçons de l’expérience ne signifie pas fermer le débat sur l’avenir du pays.
La véritable stabilité repose sur des institutions fortes, une justice efficace, une gouvernance éclairée, une lutte résolue contre la corruption, le respect de la Constitution, la protection des droits et libertés, et le renforcement de la confiance des citoyens dans l’État. J’invite tous les acteurs politiques à reconsidérer leurs positions vis‑à‑vis du dialogue prévu, à privilégier la logique de la participation plutôt que l’option du boycott, tant que la porte du dialogue reste ouverte et qu’il existe une possibilité d’influencer ses résultats et de défendre les revendications légitimes de l’intérieur. Le désaccord d’opinion est un droit, le boycott est une option politique possible, mais la responsabilité nationale exige d’évaluer les conséquences des positions et de choisir les moyens les plus aptes à réaliser les réformes.
La Mauritanie est plus grande que les querelles de ses politiciens, son intérêt dépasse les calculs partisans étroits. Faisons de ce dialogue une occasion de renouveler la confiance, de corriger les déséquilibres, de renforcer l’unité nationale, de consolider la stabilité et de bâtir un État de droit et d’institutions; les nations n’ont pas besoin de davantage de divisions, mais de hommes et de femmes capables de différer avec courage, de s’accorder avec sagesse et de transformer les paroles en actes.