De la crise du pouvoir en Mauritanie «article» / Dr Bab Sid Ahmed Ali
Le non‑conscience politique gouverne le phénomène politique de l’intérieur, en pensée et en pratique ; quant à la référence générale de « l’esprit politique », qui occupe la place du système cognitif par rapport à l’esprit théorique, philosophique et théologique, et qui encadre…

Il ressort que il ne suffit pas, dans cette introduction, de citer l’analyse marxiste des conditions économiques et sociales, qui place les infrastructures (les moyens de production) au cœur de l’interprétation du réel social: les moyens de production, selon les marxistes, déterminent les valeurs, les normes morales et la structure de la stratification sociale. Il ne suffit pas non plus d’affirmer que l’économie mauritanienne repose exclusivement sur le secteur primaire. Avant la création de l’État, la société mauritanienne ne connaissait que l’élevage, l’agriculture pluviale et non pluviale, ainsi que les pratiques de chasse traditionnelles des communautés « Imraken » et « Anjako », activités profondément ancrées dans le cadre culturel.
Modifier ces pratiques et les remplacer par d’autres nécessitait une formation spécifique et une stratégie rigoureuse. Depuis sa création, l’État a marginalisé les structures économiques traditionnelles, historiquement intégrées à la culture et au mode de vie social, au profit du secteur secondaire. Cette orientation a conduit à une politique de diversification industrielle, plaçant le secteur secondaire au centre de la vision étatique, au détriment du secteur primaire.
Cette transition a généré une confusion persistante dans le processus sociétal jusqu’à aujourd’hui. La situation s’est aggravée avec l’accord conclu avec la Banque mondiale, qui a conduit la Mauritanie, à partir de 1985, à appliquer les principes de l’économie libérale: privatisation massive d’institutions économiques, abandon par l’État des recettes et des exportations, laissant la population à la merci de commerçants avides, sous une forme exacerbée de libéralisme économique inspirée de la « main invisible » de Smith, censée réguler le marché de façon autonome. Les crises du pouvoir en Mauritanie ne découlent pas uniquement de leurs propres mécanismes internes, mais aussi du contexte qui les entoure et qui les perpétue malgré le renouvellement des dirigeants.
Elles restent incapables de répondre aux besoins de la population et d’éliminer le fossé qui les sépare. Le facteur économique n’est pas le seul à empêcher l’émergence d’une autorité cohérente; le facteur culturel joue également un rôle majeur. Le modèle traditionnel (la « mahzarah ») et le modèle moderniste (l’« école ») coexistent, créant des tensions et des contradictions entre une identité culturelle propre à la société et les tentatives de réforme et de modernisation.
Cette dualité a alimenté la crise du pouvoir et a déformé la formation d’une élite au sein de la société. À l’aube d’un dialogue politique, quel que soit le souhait de la majorité au pouvoir, il demeure indispensable de débattre des questions fondamentales dans l’intérêt général, et non de se concentrer uniquement sur des mesures qui servent le pouvoir à court terme. La crise dépasse toute solution superficielle; elle nécessite une refonte des fondements afin d’adopter une orientation compatible avec la réalité sociale, permettant à l’État de maîtriser ses ressources, son économie et ses prix, et de créer un modèle de développement adapté aux aspirations du pays ainsi qu’une gouvernance appropriée.
Il ne s’agit pas d’appeler à un régime totalitaire, mais simplement d’inviter à réfléchir avec un regard national et à créer un noyau de pensée stratégique qui encadre le pouvoir et ses orientations.