La femme libyenne entre le droit à la participation et la bataille législative : pourquoi ses droits deviennent-ils un champ de controverse ? Par Salaha Al‑Sharif, militante civique et membre du dialogue structuré du parcours sécuritaire.
La femme libyenne n’est pas une invitée sur la scène politique, ni un élément accessoire de l’histoire de la patrie, ni une cause qui peut être remise à plus tard jusqu’à ce que toutes les parties s’accordent sur sa vision, son rôle et sa place. Elle est une partie authentique de la société libyenne, et une partenaire dans …

Il ressort que il s’agit d’un cadre international qui fixe des principes et des objectifs, tandis que la réponse nationale nécessite l’élaboration de politiques et de mécanismes d’exécution adaptés aux conditions de chaque État, à ses institutions et à ses priorités. Ainsi, la question n’est pas de savoir si l’on doit adopter la résolution telle quelle, sans débat, mais comment exploiter ses principes pour élaborer un plan national libyen, élaboré avec la participation des femmes libyennes et des hommes, tenant compte du contexte politique, social et culturel, et en harmonie avec les références constitutionnelles et religieuses du pays. Un plan national ne doit pas être un simple document rédigé pour satisfaire la communauté internationale, ni un projet imposé de l’extérieur.
Il doit être un processus véritablement national, qui commence par l’identification des besoins des femmes dans les différentes régions, qui écoute les institutions officielles, la société civile, les leaders sociaux et les autorités religieuses, qui fixe des objectifs mesurables, des responsabilités claires et des mécanismes de suivi et d’évaluation. Si certaines craintes portent sur des concepts, des terminologies ou des modalités d’application, la voie appropriée consiste à les clarifier, les débattre et adapter ce qui peut l’être au contexte national, plutôt que de rejeter l’ensemble de la résolution avant même d’en examiner le contenu et les objectifs. Pourquoi le débat sur une résolution internationale de plus de vingt‑cinq ans se transforme‑t‑il en polarisation, au lieu d’être une occasion de discussion nationale sur le rôle des femmes dans la prévention des conflits, la réconciliation et la construction de la paix?
La rédaction d’un plan national ne doit pas être plus difficile que le lancement de campagnes de peur mutuelle; au contraire, le plan peut devenir un espace pour mettre en avant la spécificité libyenne plutôt que de l’ignorer. Lorsque les questions relatives aux femmes deviennent un terrain de polarisation, tout citoyen libyen a le droit de débattre des législations et des politiques publiques, et les institutions religieuses et sociales ont le droit de présenter leurs points de vue et leurs observations, tout comme les défenseurs des droits des femmes ont le droit d’exiger protection et participation. Le problème surgit lorsque le jugement préalable remplace le dialogue, transformant la question en une bataille d’identités, où chaque proposition liée aux femmes est perçue comme une menace pour la société ou une atteinte à la religion.
La vraie interrogation est: pourquoi certaines questions concernant les femmes deviennent‑elles rapidement le centre de la polarisation, même lorsqu’il s’agit de protéger contre la violence, d’élargir la participation à la prise de décision, ou de créer des mécanismes nationaux de paix? Les objections ne peuvent pas toutes être attribuées à une seule motivation, et il ne faut pas ignorer que certaines inquiétudes sont réellement liées à des articles législatifs précis, à des expériences passées ou à un manque de confiance dans les institutions. C’est précisément ce qui rend le dialogue indispensable, et non superflu.
Une société qui a confiance en sa capacité à débattre de sujets sensibles n’a pas besoin de museler les questions, mais de fournir des réponses claires. Une institution qui croit en la solidité de sa position peut la défendre par l’argumentation, le texte juridique et les preuves, plutôt que de laisser place aux rumeurs et aux interprétations contradictoires. Protéger les femmes ne signifie pas abolir la famille, la participation politique ne signifie pas confisquer le rôle des hommes, et la lutte contre la violence ne signifie pas adopter chaque disposition proposée sans examen.
De même, le respect de la charia ne doit pas être utilisé comme prétexte pour ignorer toute revendication juridique, tout comme les droits des femmes ne doivent pas servir à exclure le dialogue religieux et social légitime. Ce qui est nécessaire, c’est un dialogue national, pas une bataille à somme nulle. La responsabilité d’atteindre des solutions concrètes incombe à toutes les parties.
L’Assemblée nationale doit clarifier le stade actuel du projet de loi, permettre un examen transparent de ses articles, écouter les observations spécialisées, tout en veillant à ce que le dossier de protection juridique ne reste pas en suspens sans perspective claire. Les juristes, les activistes et les organisations de la société civile doivent proposer des suggestions précises, expliquer les objectifs et les impacts attendus des articles contestés, et travailler à créer des espaces de coopération avec les institutions religieuses et sociales, sans abandonner l’essence de la revendication: protection et justice. Le débat doit également s’élargir pour inclure les femmes des villes, des villages, du Sud, de l’Est, de l’Ouest, les jeunes, les femmes handicapées, les survivantes de violences, ainsi que les spécialistes du droit, de la sociologie et de la charia.
Aucun texte législatif durable ne peut être élaboré sans écouter les groupes concernés et sans comprendre leurs besoins et leurs expériences diversifiés. Concernant la résolution 1325, il faut lancer un processus de consultation nationale pour préparer un plan libyen pour les femmes, la paix et la sécurité, qui définisse des priorités claires: participation des femmes aux processus de réconciliation, renforcement de leur présence dans les institutions politiques, protection contre les menaces et la violence lors de l’exercice de leurs fonctions publiques, et soutien à leur contribution à la prévention des conflits et à la construction de la paix. Ce plan doit être révisable, fondé sur les besoins de la société, soumis à un contrôle national, et ne pas se limiter à une réponse formelle aux engagements internationaux.
**En conclusion:** la protection des femmes est une responsabilité nationale. L’avenir des femmes libyennes ne doit pas rester tributaire des querelles, ni leurs droits devenir un dossier ouvert uniquement lorsque la conjoncture politique le permet, pour être refermé dès le premier désaccord social. La femme qui participe à la construction de la paix mérite d’être partenaire dans la prise de décision, la femme qui subit la violence mérite une protection juridique efficace, et la femme qui exprime un point de vue différent mérite que son opinion soit débattue avec des arguments, et non exclue en raison de son identité ou de son engagement.
Nous ne sommes pas face à un choix entre la charia et les femmes, ni entre l’identité libyenne et l’ouverture aux expériences internationales. Nous sommes devant la responsabilité de rechercher une formule nationale équitable, qui protège l’être humain, respecte les références religieuses et sociales, et donne aux institutions législatives la possibilité d’accomplir leur rôle. La véritable question n’est pas: pourquoi les femmes libyennes réclament‑elles participation et protection?
mais: pourquoi ne pas transformer cette demande en un consensus national mature? Pourquoi le désaccord autour de la loi sur les violences faites aux femmes et de la résolution 1325 ne deviendrait‑il pas une opportunité de produire des législations et des politiques plus claires et mieux adaptées à la société libyenne? La force d’un État ne se mesure pas à sa capacité à reporter les dossiers controversés, mais à sa capacité à les gérer avec sagesse et justice.
La femme libyenne ne demande pas d’être au-dessus de la société, mais d’en faire partie activement, sans être privée de participation, sans être laissée sans protection, et sans voir sa cause réduite à un débat sans fin. Des droits débattus de façon rationnelle peuvent être développés, des différends gérés par le dialogue peuvent être surmontés; les questions reléguées à la polarisation, en revanche, restent en suspens, tandis que la société entière paie le prix du report.