Le commandant Mohamed Fal Ould Raïs… quand le commandement devient calme, il forge la force.
Dans les grandes institutions, la valeur des dirigeants ne se mesure pas à l’ampleur du bruit qui accompagne leur présence, ni à la fréquence de leurs apparitions sur la scène publique, mais à l’impact qu’ils laissent sur la structure de l’institution, à ce qu’ils ajoutent à sa capacité d’accomplir sa mission, et à ce qu’ils consolident…

Il ressort que c’est un point essentiel pour comprendre son projet de commandement: la modernisation militaire, selon lui, ne commence pas à l’arme et ne s’arrête pas à l’arme; elle débute avec l’homme qui utilise l’arme. Investir dans l’homme fait partie de la force militaire L’un des indicateurs les plus révélateurs de cette vision est son intérêt pour la formation. L’institution militaire moderne ne peut suivre le rythme accéléré des évolutions technologiques, des communications, du renseignement et de la logistique sans un investissement continu dans le capital humain.
Ainsi, l’attention portée aux centres de formation et aux écoles militaires n’est pas une activité secondaire du système de défense, mais un investissement direct dans l’avenir des forces armées. Dans ce contexte, le lycée militaire de Nouakchott a affiché, ces dernières années, des résultats académiques remarquables. En 2026, la direction du lycée a annoncé la modernisation des infrastructures et la fourniture de ressources pédagogiques, en lien avec le soutien reçu de la direction de l’état-major général des armées.
Le taux de réussite au baccalauréat pour l’année scolaire 2025‑2026 a atteint 95,45 %, et le taux de réussite aux examens de fin de cycle préparatoire a atteint 98 %. De même, l’intérêt de la direction de l’état-major pour les établissements de formation militaire spécialisés, comme l’école militaire des auxiliaires de santé, confirme que la construction de la force ne peut se séparer du développement de la compétence professionnelle au sein des différentes composantes de l’institution. La force militaire dans un environnement régional changeant On ne peut analyser la performance d’un commandement militaire mauritanien sans tenir compte du contexte géopolitique qui entoure le pays.
La Mauritanie se situe dans un espace régional très sensible, où se croisent les défis du terrorisme, de la criminalité transfrontalière, des migrations irrégulières et des tensions politiques et sécuritaires dans la zone du Sahel, sans oublier l’étendue du territoire que l’État doit sécuriser. Dans un tel environnement, la disponibilité militaire et la coopération régionale et internationale deviennent des composantes essentielles de la sécurité nationale. Sous le mandat du général Ould Raïs, l’activité de coopération militaire s’est élargie avec plusieurs pays: l’état-major général a reçu, au cours de la période écoulée, des délégations militaires de diverses nations, et la coopération a été renforcée avec le Sénégal, le Maroc, les États‑Unis, la France et d’autres.
En août 2026, les réunions de travail mauritaniennes‑sénégalaises ont abouti à la signature d’un protocole de coopération militaire entre les deux parties. Ce type de diplomatie militaire ne doit pas être considéré comme un simple exercice protocolaire; la coopération militaire contemporaine fait partie du renforcement des capacités, de l’échange d’expertises, de la formation, du développement de la disponibilité et du renforcement de la capacité des États à faire face aux défis communs. Entre rigueur et humanité Peut‑être que la principale caractéristique de l’expérience du général Ould Raïs réside dans sa tentative de concilier deux éléments qui semblent d’emblée contradictoires: la rigueur militaire et la dimension humaine.
La rigueur, dans son sens, n’est pas brutalité, et l’humanité n’est pas laxisme. Selon lui, un commandement efficace repose sur des règles claires: la compétence est récompensée, l’erreur est corrigée, la violation est sanctionnée, les droits sont protégés. Il a affirmé à plusieurs reprises que la sanction et la récompense doivent être appliquées avec justice, que la reconnaissance de la compétence fait partie de la discipline, et que le chef doit rehausser le moral de ses subordonnés et les respecter.
Cette équation fait de la douceur de caractère une valeur de leadership, et non une simple qualité personnelle. Un chef capable d’équité devient plus apte à instaurer la confiance; un chef qui construit la confiance devient plus capable d’imposer la discipline, et une discipline fondée sur la confiance est plus durable qu’une discipline fondée sur la peur. Quant au bruit… il ne constitue pas une évaluation professionnelle.
Il est naturel que les hautes fonctions suscitent des évaluations divergentes et donnent lieu à des lectures politiques et médiatiques variées. Mais l’évaluation d’un chef d’une institution militaire de l’envergure de l’état‑major général doit se fonder sur des critères professionnels clairs: son parcours, ses décisions, sa capacité à gérer l’institution, le niveau de disponibilité, le développement des ressources humaines, l’amélioration des systèmes de travail, la préservation de l’équipement et la cohésion de l’institution. Les rumeurs, les interprétations personnelles et les campagnes médiatiques ne peuvent constituer une base sérieuse pour juger l’expérience d’un chef militaire.
De ce point de vue, la meilleure réponse aux critiques n’est pas d’entrer dans le débat, mais de laisser l’institution et ses faits parler d’eux‑mêmes. Le long parcours professionnel ne s’efface pas avec un commentaire, la réputation professionnelle ne se construit pas avec un article, et le véritable accomplissement ne nécessite pas de grand bruit. L’homme de l’institution avant l’homme du poste C’est peut‑être la description la plus proche du profil du général Mohamed Fal Ould Raïs: « un homme de l’institution avant d’être un homme de poste.
» Le poste militaire, quel que soit son rang, reste temporaire, tandis que l’institution perdure. Un chef qui pense en termes de poste cherche à consolider son image; un chef qui pense en termes d’institution cherche à consolider les règles de travail, à élever la compétence, à développer les capacités et à préparer ceux qui porteront la responsabilité après lui. À travers ses discours et sa pratique, cette philosophie apparaît clairement dans l’approche du général Ould Raïs: une armée disciplinée, juste envers ses membres, investissant dans leur formation, soucieuse de son matériel, ouverte à la coopération militaire et attachée à sa mission fondamentale de défense du pays.
Ainsi, la valeur d’un homme ne doit pas se réduire au nombre d’années passées à la tête de l’état‑major, ni à l’ampleur des louanges qui lui sont adressées, mais à sa contribution à rendre l’institution plus professionnelle, plus cohérente, plus prête, et plus capable de faire face à l’avenir. Si le leadership militaire dépasse la simple émission d’ordres, son essence réside dans la capacité à transformer une vision en institution, la discipline en culture, la compétence en performance, et la force en protection. Dans ce sens précis, l’expérience du général Mohamed Fal Ould Raïs mérite d’être lue au‑delà du vacarme des positions éphémères; car l’homme qui, selon son parcours et ses discours, a choisi de faire du calme, de la discipline et de l’équité des outils de commandement, a offert un modèle différent de la force: une force qui n’a pas besoin de se montrer, car elle sait que sa vraie valeur se mesure à ce qu’elle protège, à ce qu’elle construit et à ce qu’elle laisse derrière elle.
Abdallah Lbat, 2026‑10‑19.