Trump, les élections et les trois fronts / Yasra Adel
Yasra Adel / écrivaine et journaliste des Émirats n’est pas plus inquiète du pouvoir que ceux qui le possèdent et craignent qu’il ne se restreigne entre leurs mains. La perte, pour celui qui attend le gouvernement, est une privation d’opportunité ; pour celui qui y est habitué, c’est une réduction de capacité et un détournement d’influence. Et peut‑être…

D'après les sources officielles, cette action est intervenue quelques jours après que Trump l’ait attaquée, elle‑même que son pays d’origine. Omar nie les accusations, et le ministère de la Justice affirme la légalité de ses procédures. Le danger ne réside pas dans l’enquête elle‑même – il n’existe pas d’immunité électorale contre les poursuites pénales – mais dans son timing et dans les limites de son indépendance.
Le « sixty‑day rule » suivi par le ministère de la Justice n’est pas une loi interdisant les perquisitions, mais une garantie de protection des élections contre toute suspicion d’influence judiciaire. Étant donné que le siège d’Ilhan Omar est relativement sûr, la question demeure: quel gain électoral y a‑t‑il à la cibler verbalement? Il ne s’agit peut‑être pas de la renverser, mais de la transformer en symbole qui suscite des craintes chez les électeurs d’autres circonscriptions.
**Scène 3:** Le test le plus lourd pour Trump à l’intérieur du pays est désormais créé par une guerre à l’étranger. Les urnes américaines ne peuvent plus se séparer de ce qui se passe en Iran, la guerre qu’il a voulue étant devenue un fardeau politique de longue durée, érodant la popularité du président et la crédibilité de ses promesses. Paradoxalement, Trump, qui était allé à la guerre pour soumettre son adversaire, craint désormais que les résultats de ce conflit ne soumettent son parti à la volonté des électeurs.
La guerre, promise comme résolue en quelques semaines, entre dans son huitième mois; son taux d’approbation est tombé à 32 %, tandis qu’environ 65 % des Américains s’y opposent. Entre deux urnes électorales – l’une israélienne, l’autre américaine – la guerre semble suspendue. Une semaine plus tard, les calculs de Netanyahu pourraient changer, tandis que Trump reste prisonnier de son propre mandat.
La Constitution américaine, difficile à manier, ajoute de la complexité même après la fin des élections: la défaite des Républicains ne contraindra pas immédiatement Trump, le nouveau Congrès ne prendra ses pouvoirs qu’à partir du 3 janvier, laissant deux mois à la majorité sortante pendant lesquels le président pourra poursuivre négociations ou escalades dans le cadre de ses prérogatives actuelles, avant de faire face à un contrôle plus strict si la majorité passe aux Démocrates. Son dilemme est donc le suivant: accélérer un accord qui préserve son image de vainqueur, ou reporter la décision à l’après‑élection, libéré des calculs électoraux. Dans la guerre comme en politique, le président peut choisir le moment de sa décision, mais il ne peut pas écrire seul ses résultats.
De la Géorgie à Ilhan Omar, jusqu’à Téhéran: trois arènes aux outils différents, unies par le conflit du président avec les limites de son pouvoir, des voix qu’il ne garantit pas, des institutions qu’il ne doit pas posséder, et une guerre dont il ne peut pas dicter les issues. Le véritable problème de Trump n’est pas de perdre les élections tout en étant président, mais de rester président après que son autorité en ait perdu une partie. La Constitution américaine n’a pas été rédigée uniquement pour déterminer quand le dirigeant doit partir, mais pour empêcher qu’il ne devienne la propriété de l’État.
Entre une urne qui revoit son mandat et un président qui veut l’étendre, la démocratie fait face à son plus ancien examen: garder le pouvoir entre les mains de celui qui gouverne, sans que le pays ne devienne la propriété de celui qui détient le pouvoir. Source: l’auteure + Gulf News.