Société·

Le gaz mauritanien : un bond dans les chiffres et une énigme sur la part / Ahmed Mohamed Hamada

Les chiffres du troisième trimestre 2026 semblent rassurants à première vue : les exportations de la Mauritanie de gaz naturel liquéfié ont augmenté de 16 % en glissement annuel pour atteindre 603 000 tonnes, et le total des neuf premiers mois s’élève à environ 1,97 million de tonnes, avec une croissance supérieure…

T
TefassilTraduit de l'arabe
Lire sur Tefassil
Photo Tefassil

Selon les dernières informations, ce que l’on sait, c’est que la part de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) est petite, autour de 7 % selon les rapports, le reste revenant aux deux partenaires étrangers. La Banque mondiale estime que les recettes du projet fourniront à moyen terme un supplément budgétaire d’environ 0,8 % du PIB, un chiffre modeste pour ceux qui parlent d’une « économie gazière ». Le problème se complique du fait que la SNH porte le fardeau de l’endettement pour financer sa participation; des estimations de la presse locale indiquent que le bénéfice net de la société en 2026 pourrait ne pas dépasser 7 millions de dollars dans le meilleur des scénarios, contre une dette de 518 millions de dollars.

Il s’agit d’estimations, pas de données officielles, et c’est précisément là le cœur du problème: l’opacité remplace les chiffres. Dans ce contexte, la deuxième phase apparaît comme un véritable tournant. Les premiers plans prévoyaient de doubler la capacité à 5 millions de tonnes annuelles, puis ils ont été redessinés pour réduire les coûts en s’appuyant sur l’infrastructure de la première phase.

Des rapports récents indiquent que les partenaires étudient une extension entre 2,5 et 3 millions de tonnes, avec une décision attendue en 2026, mais je n’ai trouvé aucune annonce officielle confirmant un investissement définitif. La destination est claire: la deuxième phase vise le marché européen. Cela ouvre à la Mauritanie la possibilité de passer d’un vendeur ponctuel à un fournisseur régulier pour l’Europe, mais l’opportunité comporte aussi un risque: une nouvelle extension signée sous des conditions financières floues pourrait multiplier les volumes sans augmenter la part du citoyen.

Pour éviter cela, il faut d’abord publier des chiffres transparents et réguliers sur les expéditions, les recettes et la part de l’État; le projet est sous le regard de la communauté internationale et il n’y a aucune justification à l’opacité. Ensuite, il faut instaurer une règle financière séparant les recettes ponctuelles liées aux prix de crise des recettes structurelles, avec un fonds souverain capable d’absorber les fluctuations du marché. Troisièmement, les conditions de la deuxième phase – part de l’État, charge de la dette de la SNH, part du contenu local – doivent être débattues publiquement avant la signature, et non après.

Enfin, il faut diversifier les acheteurs via des contrats à long terme plutôt que de dépendre de deux marchés volatils. Le gaz est une bénédiction s’il est bien géré, et c’est ce qui rend la question des chiffres, des conditions et de la part de l’État une question nationale, pas technique. Des records d’exportation ne valent rien s’ils ne se traduisent pas en écoles, hôpitaux et emplois.

La Mauritanie possède aujourd’hui une occasion rare d’éviter la « malédiction des ressources », à condition de commencer par la transparence.

PartagerWhatsAppFacebookX
Sur le même sujet