Monolinguisme ou unicité des critères ? Le paradoxe de la sélectivité dans l’évaluation du ministre de la Culture / Ahmed Ould Douh
La description du nouveau ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, Mohamed Ould Babane, comme « monolingue » a suscité la controverse parmi certains observateurs de l’opinion publique, comme si la maîtrise de plusieurs langues était une condition indispensable pour assumer une responsabilité ou une preuve décisive…

D'après les sources officielles, la véritable contradiction réside dans la dualité des critères: on ne critique pas de la même façon un responsable qui ne maîtrise que le français et utilise à peine l’arabe, alors que le monolinguisme devient un reproche lorsqu’il s’agit d’un locuteur d’arabe. Une question légitime se pose alors: cette vision sélective de la langue ne reflète-t‑elle pas une forme de mépris envers la place de l’arabe et le principe d’égalité entre les citoyens? L’arabe est langue officielle en Mauritanie, conformément à la Constitution, aux côtés des autres langues nationales.
Ce n’est pas une langue marginale ou un simple outil de communication, mais une composante de l’identité constitutionnelle et culturelle du pays. Cela ne diminue en rien l’importance du français ou d’autres langues; la maîtrise des langues étrangères constitue un atout cognitif et professionnel, ainsi qu’un moyen d’élargir les horizons de communication et de profiter des expériences d’autrui. Or, le monde actuel offre des moyens avancés de traduction et de communication, et la connaissance d’une seule langue n’est plus un obstacle absolu à la coopération internationale ou au progrès scientifique et économique.
Le progrès ne se mesure pas au nombre de langues parlées par une personne, mais à sa capacité à produire du savoir, à bien utiliser les ressources, à développer les institutions et à obtenir des résultats. Il est de notre droit d’exiger du nouveau ministre de la Culture, ainsi que des autres responsables, compétence, intégrité et capacité à accomplir leurs missions, et il est également de notre droit de débattre sérieusement des politiques linguistiques et éducatives. Mais il n’est pas équitable de transformer la langue en arme de critique ou en critère sélectif pour juger les individus.
Le problème ne réside pas dans le monolinguisme, mais dans l’uniformité des critères. Il faut que la compétence soit le critère, que l’arabe conserve sa place constitutionnelle et pratique, et que les autres langues soient considérées comme des ponts de communication et d’ouverture, et non comme des outils de discrimination entre les citoyens ou de dévalorisation de leurs capacités.