Société·

Dr. Al‑Salek, fils de son père, écrit : « Arabisation de l’administration mauritanienne… des racines de l’histoire à la volonté politique ».

« De la langue du débat à la Constitution de la République… la politique extérieure et intérieure sur la voie n’est pas une question de langue arabe en Mauritanie, un simple différend linguistique, mais une question d’identité, de souveraineté et d’indépendance culturelle. C’est l’histoire d’une langue qui a précédé l’État moderne de plusieurs siècles… ».

AW
Al WiamTraduit de l'arabe
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D'après les sources officielles, c’est l’histoire d’une langue qui a précédé l’État moderne de plusieurs siècles, qui est restée présente dans la société pendant la colonisation, puis qui, après l’indépendance, a engagé une longue lutte avec un héritage administratif, avant que la Constitution n’en fixe la légitimité, tandis que la mise en œuvre reste en deçà du texte. **Premièrement: l’arabe avant et pendant la colonisation** Avant la colonisation française, l’arabe était la langue du savoir, du fiqh, de la justice religieuse, de la rédaction et de la correspondance scientifique dans ces pays. Les « محاظر » ont transmis cet héritage de génération en génération d’érudits, faisant de l’arabe un pilier essentiel de la formation de la société mauritanienne et de son identité culturelle et religieuse.

La colonisation française a introduit un système administratif et éducatif qui a fait du français la langue de l’administration moderne, tandis que l’arabe a continué d’être utilisé dans les « محاظر », la vie religieuse et culturelle. Ainsi est née la contradiction héritée par l’État indépendant: d’un côté la langue et le patrimoine de la société, de l’autre la langue de l’administration coloniale. **Deuxièmement: l’indépendance et les crises linguistiques** L’indépendance n’a pas mis fin à ce double système; la question de la langue est devenue l’un des enjeux majeurs de la construction de l’État.

Le débat sur l’enseignement et l’arabisation a atteint un tournant critique en 1966, lorsque la question linguistique s’est mêlée aux tensions sociales et politiques. À la fin des années 1970, les affrontements sur les orientations de l’arabisation et de l’éducation se sont intensifiés, aboutissant à des épisodes sanglants. Ces étapes ont montré le coût de laisser la question de la langue à la merci des rivalités et la nécessité de la trancher dans le cadre d’une politique d’État claire, non pas par la logique de la domination ou de l’exclusion.

L’arabe n’était pas une langue importée que l’on pouvait promouvoir comme un projet ponctuel; il faisait partie intégrante de l’histoire du pays, et l’arabisation était, en son cœur, une exigence de rétablir l’harmonie entre l’identité de l’État et sa pratique. **Troisièmement: la Constitution de 1991** Un cadre juridique a été posé, mais son application a tardé. Le référendum du 12 juillet 1991 a adopté la Constitution, publiée le 20 juillet de la même année.

L’article 6 stipule que la langue officielle de l’État est l’arabe. La question est donc réglée d’un point de vue constitutionnel. Cependant, l’administration n’a pas appliqué ce principe avec la même intensité; le français reste largement utilisé dans de nombreux secteurs, correspondances et documents officiels.

Le paradoxe est donc le suivant: une Constitution qui désigne la langue officielle, et une administration qui demeure, à certains égards, prisonnière d’un héritage linguistique. Il ne s’agit plus de rouvrir le débat constitutionnel, mais de mettre en œuvre la disposition, en faisant de l’arabe une langue de travail institutionnelle et non plus seulement un texte de loi. **Quatrièmement: Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et l’arabisation de l’institution militaire (2014)** En août 2014, alors que le général Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani était chef d’état‑major des armées sous le président Mohamed Ould Abdel Aziz, une décision a été prise d’arabiser les correspondances et les décisions au sein des unités militaires, entre les états‑majeurs et leurs sous‑unités, tout en maintenant les échanges extérieurs en fonction des exigences de communication avec les partenaires concernés.

Cette décision n’était pas un simple geste linguistique; elle marquait une orientation vers l’adoption de l’arabe dans le travail administratif d’une institution souveraine. Elle a concerné les documents administratifs et les fiches de paie des militaires, comme l’ont rapporté les médias mauritaniens de l’époque. Cette précédente montre que l’arabisation du travail administratif est possible lorsqu’il existe une volonté institutionnelle, et qu’elle ne s’oppose pas à l’ouverture à l’extérieur ou à l’usage de langues étrangères lorsque le besoin l’exige.

Aujourd’hui, le ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, Mohamed Ould Babane, a diffusé un arrêté imposant l’usage de l’arabe dans les correspondances, mémos, rapports et documents adressés à son cabinet. Cette mesure revêt une portée politique: elle s’inscrit dans la continuité de l’initiative de Ghazouani au sein de l’armée, et le général, alors président, offre ainsi une opportunité de s’appuyer sur ce précédent. Les deux mesures, prises séparément, ne prouvent pas l’existence d’un plan gouvernemental global, mais elles constituent une base pratique pour élargir la trajectoire.

**Cinquièmement: les ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur** Si l’institution militaire a franchi le pas de l’arabisation sous Ghazouani, et si le ministère de la Culture a déjà adopté l’arabe dans ses propres correspondances, il est naturel que la demande se tourne vers les ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur. Le ministère des Affaires étrangères peut adopter l’arabe dans ses travaux internes et ses documents nationaux, tout en continuant d’utiliser les langues étrangères lorsque les relations diplomatiques l’exigent. L’ouverture au monde ne nécessite pas l’abandon de la langue officielle de l’État.

Quant au ministère de l’Intérieur, qui supervise l’administration régionale et locale et est en contact direct avec les citoyens, l’arabisation de ses activités et de ses correspondances rendra l’arabe plus présent dans la pratique quotidienne de l’État. Ainsi, la diffusion d’arrêtés similaires par les deux ministères constituerait une étape concrète pour élargir le champ de l’arabisation, en préparation d’une généralisation à l’ensemble des secteurs selon un plan clair, garantissant sa continuité et fournissant aux agents les outils linguistiques et techniques nécessaires. **Conclusion: du cadre constitutionnel à la pratique** Le parcours de l’arabe en Mauritanie s’étend des « محاظر » et des institutions savantes d’avant la colonisation, à la réalité de l’administration française pendant la colonisation, puis aux crises post‑indépendance, jusqu’à la décision constitutionnelle de 1991.

Plus de trois décennies après, la question centrale reste le passage du texte à l’exécution. Ce qui se passe aujourd’hui offre au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani l’opportunité de s’appuyer sur l’expérience de l’arabisation de l’institution militaire en 2014 et sur l’initiative actuelle du ministre de la Culture, afin de transformer des mesures isolées en une politique administrative stable, en commençant par généraliser l’expérience aux ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur, puis à l’ensemble des institutions de l’État. L’arabe n’est pas un invité dans l’administration mauritanienne, ni une exigence en attente d’un nouveau consensus; c’est la langue officielle dont la Constitution a confirmé le statut.

Il faut aujourd’hui une volonté politique pour que cette décision devienne une réalité quotidienne, et combler le fossé entre l’identité juridique de l’État et la pratique de ses institutions. Il est temps que la question ne soit plus: « Quand l’administration sera‑t‑elle arabisée? », mais: « Comment réaliser l’arabisation, à quelles étapes, et dans quels délais?

».

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