Société·

Les félicitations et les condoléances… / Abdelrahman al‑Maqri

Récemment, on a observé de façon flagrante les rassemblements chez les gens, que ce soit pour présenter des condoléances à un défunt, féliciter pour un poste ou apporter du soutien lors d’une libération ; tout cela est louable et s’inscrit dans le cadre de la communication communautaire, de la solidarité, de l’estime et du rétablissement des personnes à leurs places. L…

M
MourassilounTraduit de l'arabe
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Il ressort que le plus inquiétant est que ce comportement, lorsqu’il se répète et devient une norme, impose aux gens des charges qui n’étaient pas à la base de la coutume; alors que la condoléance devait être une porte d’allègement pour les proches du défunt, elle devient une occasion d’épuiser les condoléants eux‑mêmes, de consommer leur temps et leur argent, et de faire sentir aux retardataires qu’ils sont négligents, même s’ils ont des excuses ou si leur relation avec le défunt ne justifie pas tout cela. On ne peut ignorer le rôle de la facilité de diffusion et de prise de vue dans l’amplification de ce phénomène, ni l’absence d’un cadre réglementaire clair pour les plateformes de réseaux sociaux, qui engendre le chaos dans le partage d’images et de scènes, même si le cœur du problème ne réside pas dans la technologie elle‑même, mais dans la manière dont nous l’utilisons, et dans une culture sociale qui mesure certains devoirs à l’aune de leur visibilité et de leur diffusion. *Félicitations et condoléances* Le deuxième phénomène concerne les félicitations aux ministres et aux responsables nommés; c’est le plus récent, et peut‑être le plus répandu que son « sœur ».

Jusqu’à récemment, cela se limitait surtout aux connaissances, collègues et alliances politiques, et à ceux qui partageaient un lien direct ou un intérêt commun, mais, malheureusement, cela s’est élargi à tout le monde, au point que l’opposant félicite le politicien favori qui ne suit pas son propre chemin, ni ne s’appuie sur son propre parti. J’inscris ici que les divergences politiques n’empêchent pas l’appréciation humaine, ni n’imposent la rupture ou l’éloignement. Ce qui mérite réflexion, c’est que la félicitation a commencé à se transformer, dans de nombreux cas, d’une expression volontaire d’amitié ou de reconnaissance en un devoir social imposé, qu’il est difficile d’ignorer sans s’exposer à des interprétations; si l’on félicite, on le considère comme flatteur ou servile; si l’on ne félicite pas, son silence est jugé comme une position, parfois classée comme jalousie, inimitié ou désapprobation de la nomination de telle ou telle personne.

L’embarras a atteint son paroxysme, au point que l’on exige de prouver sa bonne foi à chaque occasion, même si l’on n’est pas concerné à l’origine. Il ne suffit plus d’avoir ses positions politiques et ses convictions personnelles; il faut expliquer, par action ou par abstention, son rapport à chaque nomination, chaque promotion, chaque départ de fonction. Le même principe s’applique à la compassion lorsqu’un responsable est relevé de ses fonctions ou part à la retraite; l’absence de message de condoléance, de visite à domicile ou de post peut être perçue comme de la moquerie, tandis que la félicitation à une nomination peut être lue comme une déclaration d’allégeance absolue.

Ainsi, les mots qui devraient être spontanés, laissés à la sincérité de leurs auteurs, deviennent de petites déclarations politiques, dont on scrute le timing, la formulation et les auteurs à la recherche d’indications non dénuées de calcul. Le problème, donc, ne réside pas dans la condoléance, la félicitation ou la compassion; ce sont toutes des vertus de la vie en société, des manifestations de solidarité et de reconnaissance indispensables. Le grief porte sur la transformation de la coutume en obligation, du devoir moral en pression sociale, de la position personnelle en matière de classification, et sur le fait que l’individu devient prisonnier de ce que les autres attendent de lui, plutôt que de ce que son sentiment et sa conviction lui dictent.

Il ne s’agit pas de s’opposer à nos normes sociales, de mépriser la place des gens, ou de fermer nos portes aux condoléants et aux félicitants; ce n’est pas le but du texte. Il s’agit plutôt de rétablir le sens originel de ces pratiques, de les libérer de l’excès imposé par les réseaux sociaux, et de la culture de la visibilité qui pousse certains à prouver qu’ils ont accompli le devoir plus qu’ils ne se sont réellement occupés de le faire. Tous ceux qui assistent à un deuil ne sont pas forcément hypocrites, tous ceux qui publient une photo ne sont pas forcément vaniteux, tous ceux qui félicitent un responsable ne sont pas forcément intéressés; les intentions restent diverses, et il n’est pas juste de réduire les gens à une seule motivation.

Mais il est légitime de s’interroger sur la coutume lorsqu’elle devient lourde, sur la politesse lorsqu’elle se change en contrainte, sur l’image lorsqu’elle prime sur le sens, sur la présence lorsqu’elle l’emporte sur le sentiment qu’elle devait exprimer. Les gens ont leurs chagrins qui n’ont pas besoin de caméras, leurs joies qui ne requièrent pas de foules, leurs relations qui ne doivent pas être testées à chaque fois par un post, un commentaire ou une photo. Il n’est pas juste de leur imposer, au‑delà de leurs propres charges, le fardeau de prouver l’amour, d’exiger la preuve de fidélité, ou de les juger sur un silence qui peut être plus sincère que bien des paroles.

Nous avons besoin d’un peu de modération: présenter nos condoléances quand nous ressentons réellement le besoin de soutenir, féliciter quand la félicitation a du sens, laisser les gens la liberté d’exprimer ou de se taire, sans transformer l’un ou l’autre en critère de condamnation ou de recommandation. Toutes les occasions ne sont pas des tests de relations, aucune absence n’est forcément une inimitié, aucune présence n’est forcément de l’amour, aucun silence n’est forcément de la moquerie. En fin de compte, il ne faut pas oublier que la condoléance est d’abord une compassion avant d’être une présence, que la félicitation est d’abord une reconnaissance avant d’être une courtoisie, que la compassion est d’abord un acte humain avant d’être un post.

Tout le reste relève du bruit des coutumes qui gonflent, du poids de la politesse qui écrase les gens, des démonstrations d’une époque où la caméra, parfois, préfère enregistrer le moment plutôt que de le vivre pleinement. Si nous nous jugeons équitablement, nous devons apprendre à accomplir nos devoirs sociaux sans les exhiber, à préserver la dignité des gens sans conditionner nos positions aux attentes d’autrui, à laisser la condoléance garder le caractère sacré du deuil, la félicitation la spontanéité de la joie, la compassion la sincérité du sentiment: certaines obligations se suffisent d’être accomplies, sans qu’il soit nécessaire d’en faire la publicité; certaines positions restent dans le cœur de leurs auteurs, et leur valeur ne diminue pas par le manque de témoins.

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