L’écrivain égyptien éminent Ahmed Najm écrit : « Qui façonne la conscience des Égyptiens ? ».
Ahmed Najim / écrivain égyptien / source : l’auteur / dans l’un des chapitres de son livre « People and History », dont mon cher ami le professeur Ahmed Joudah Souleiman, professeur de biochimie médicale à la faculté de médecine de l’Université de Zagazig, m’a offert un exemplaire, …

Selon les dernières informations, jamal El‑Cherif lisait le manifeste de la révolution, tandis que l’article du grand journaliste Mohamed Hassanein Heikal dans Al‑Ahram, intitulé « Franchement », ou l’article‑idée du grand journaliste Mustafa Amin, formaient un ensemble de conscience éclairée et utile. La conscience est devenue centrale. Elle était produite dans le bâtiment de la radio‑télévision à Maspero, dans le bâtiment d’Al‑Ahram sur la rue El‑Jalaa, ou dans les bureaux de la presse sur la rue Al‑Sahafa, puis distribuée à tous les villages.
L’Égyptien ne se rend plus au maouloud pour entendre l’histoire, il s’assoit devant le grand poste à bois pour l’écouter ou le voir à la télévision. Même les lieux de fabrication de la conscience ont changé. Comme le dit le Dr Attaf Gouda dans le café Groubi, le café Groubi, au centre-ville, n’était pas seulement une pâtisserie, c’était le Facebook de l’époque.
Y siégeait Mostafa El‑Nahas, qui lançait d’une parole un article au journal Al‑Masri, qui devenait l’opinion publique le lendemain. Un cercle très restreint, de 10 à 20 personnes, créait la conscience de 20 millions d’Égyptiens. Les institutions religieuses et éducatives – mosquées, églises, universités, écoles – jouaient aussi ce rôle.
Le cheikh El‑Sharawy, dans les années 1980, lorsqu’il commentait le Coran chaque vendredi, créait une conscience religieuse et sociale plus puissante que toutes les ministères de la communication réunies. La différence entre l’ère du cercle et celle du podium, c’est que le narrateur ancien appartenait au peuple, tandis que le nouvel animateur appartenait à l’État. Le peuple débattait avec le narrateur, mais il n’était plus possible de débattre avec l’animateur, on se contentait de l’écouter.
Aujourd’hui, le narrateur sincère est mort. Qui crée la conscience de nos enfants maintenant? Ce n’est plus le grand écrivain Mohamed Hassanein Heikal, ni Mustafa Amin, ni Ahmed Saïd, ni même l’oncle Abnoudi.
Aujourd’hui, la conscience est façonnée par des blogueurs et des célébrités qui apparaissent en tenue féminine ou par un jeune qui explique l’histoire en 60 secondes en dansant dans un centre commercial. Nous sommes passés de trois conteurs du Haut‑Égypte, à trois animateurs à Maspero, à 30 millions de créateurs de contenu sur TikTok. L’histoire de Kalib et du Zair Sâlem, qui était racontée pendant 50 nuits au rebab, se résume aujourd’hui à une vidéo intitulée « Zair Sâlem et la vengeance pour son frère », un contenu ridicule de 45 secondes qui a généré 4 millions de vues, dont la moitié était totalement erronée, voire mensongère.
Le personnage d’Abou Zayd Hilali, le chevalier philosophe qui incarnait la justice sociale, est devenu un mème moqueur sur Facebook: Abou Zayd fuyant la facture d’électricité, « donne‑moi du rire ». Même la politique du passé, pour comprendre le traité de Camp‑David, on lisait trois livres. Aujourd’hui, on peut la saisir en 30 secondes grâce à un blogueur qui dit que Sadat a vendu la cause, sans même savoir où se situe Camp‑David sur la carte.
Quel est le problème? Le problème ne vient pas du blogueur lui‑même, mais du cadre qui le régit. Le narrateur ancien était soumis à une règle morale: s’il mentait, le peuple le rejetait.
L’animateur ancien était soumis à une règle nationale: s’il mentait, l’État le punissait. Le blogueur d’aujourd’hui, lui, n’est régi que par l’algorithme humoristique. L’algorithme ne veut pas la vérité, il veut l’attention.
Il ne veut pas la profondeur, il veut le cri. Il ne veut pas l’histoire, il veut la tendance. Ainsi, le succès ne revient pas à celui qui est le plus érudit, mais à celui qui suscite le plus de colère, de rire ou de larmes en 30 secondes.
Le danger des nouveaux créateurs de conscience sur TikTok se résume en plusieurs points: la rapidité tue la vérité. Le narrateur d’autrefois prenait une nuit entière pour raconter une bataille, vérifiant chaque vers, insistant sur des traditions et des valeurs nobles. Un créateur TikTok raconte toute la vie de Mohamed Ali en 45 secondes pour surfer sur la tendance.
Le résultat est une information condensée, tronquée, souvent erronée. Les gens croient parce que la vidéo est rapide et convaincante. Je me souviens d’une vidéo qui circulait, affirmant que les pharaons étaient des extraterrestres; elle a obtenu 8 millions de vues, tandis que la vidéo du Dr Zahi Hawass qui corrigeait l’erreur n’a eu que 80 000 vues.
Pourquoi? Parce que la fiction est plus rapide que la vérité. Certains ne cherchent plus la vérité.
Le danger, c’est l’absence de référence et de responsabilité pour les créateurs de mensonges, d’illusions et de débauche. Autrefois, si le narrateur mentait, les grands du pays l’arrêtaient. Si un journaliste publiait une information erronée, le rédacteur en chef ou le conseil supérieur de la presse le sanctionnait.
Aujourd’hui, si un blogueur affirme que la révolution de 1919 était une conspiration, personne ne le sanctionne; au contraire, l’algorithme le récompense parce qu’il crée le débat. La conscience est maintenant émotionnelle, pas rationnelle. L’algorithme aime ce qui vous fait pleurer, rire ou enrager, pas ce qui vous fait comprendre.
Les nouveaux créateurs de conscience utilisent donc le cri, la musique triste, des titres du type « Ils ont déclenché une catastrophe ». Certains forment leur opinion à partir de leurs émotions, pas de leur raison. La cohésion identitaire se fragmente: autrefois, tous les Égyptiens entendaient la même saga hilalienne, partageaient la même référence.
Aujourd’hui, chacun a son propre TikTok. Certains voient l’histoire de l’Égypte uniquement sous l’angle pharaonique, d’autres sous l’angle islamique, d’autres sous l’angle militaire. Il n’y a plus une seule histoire qui nous rassemble, mais plusieurs récits qui nous divisent, imitant des contenus de blogueurs vulgaires.
Le plus inquiétant, c’est la vente de l’illusion comme conscience. Autrefois, l’élite vendait l’illusion dans un salon fermé; aujourd’hui, l’illusion est livrée à domicile. Un blogueur apparaît et dit « Investissez dans cette cryptomonnaie, vous deviendrez millionnaire », ou « L’histoire annonce que nous finirons l’an prochain ».
Il ne connaît ni l’économie, ni l’histoire, mais sait créer une vidéo satirique que les gens croient parce qu’ils cherchent une solution rapide. Le danger de TikTok ne réside pas seulement dans la diffusion de modèles de personnes futiles, mais dans le fait qu’il crée la futilité comme un monde, et le monde devient ennuyeux. Certains apprennent l’histoire d’un acteur, pas d’un chercheur.
Le pire, c’est quand on entend parler d’un enseignant censé être le modèle de conscience pour les élèves, qui les insulte avec les termes les plus grossiers, au lieu de les guider avec des valeurs nobles qui forment une conscience sincère, ou d’une enseignante qui frappe ses élèves avec un « slap ». Comment redresser la conscience et le comportement de ces élèves? Cette génération est une responsabilité qui repose sur nous tous, chacun à son niveau.
Nous sommes passés du narrateur intègre qui transmettait les valeurs, au comédien futile, à l’algorithme vorace. L’algorithme humoristique est simplement le cuisinier invisible, un programme qui vous suit sur Facebook et TikTok, détecte ce que vous aimez regarder, puis vous propose du contenu qui vous retient le plus longtemps possible sur la plateforme. Pouvons‑nous réinventer le narrateur?
La solution n’est pas de maudire TikTok ou de le bannir. La solution est de l’utiliser correctement, comme on utilise un couteau: le sortir pour les usages utiles, pas pour trancher le corps du conjoint. Nous avons besoin d’un nouveau narrateur.
Un narrateur qui porte un t‑shirt au lieu d’un djellaba, qui tient un smartphone au lieu d’un rebab, mais qui garde la même honnêteté. Un jeune cultivé qui sait qu’Abou Zayd Hilali n’est pas qu’une histoire, mais un symbole de résistance à l’injustice, et qui peut la raconter en une minute avec sincérité, en concurrence avec une vidéo de danse bon marché. Nous devons améliorer la fabrication du projet de conscience pour créer ce nouveau narrateur.
Nous n’écrivons pas une histoire académique sèche, nous essayons de redonner le récit aux gens, de rendre le groupe Groubi, la saga hilalienne et l’oncle Abnoudi compréhensibles pour la génération TikTok, en diffusant les valeurs éducatives et les bonnes traditions sociales. Aujourd’hui, il faut se demander: qui crée la conscience de nos enfants? Le laisserons‑nous à l’algorithme humoristique, ou créerons‑nous notre propre algorithme, qui raconte notre histoire avec notre voix, sincère?
L’histoire ne nous pardonnera pas si nous corrompons les esprits et la conscience de notre jeunesse, mais la solution sûre, à mon avis, est de revenir à la famille: le grand‑père conteur, le père narrateur, la mère amie. Le narrateur était une histoire avant le coucher.