L’avocat Al‑Salek, fils de son père, écrit : la troisième mission … entre la légitimité du texte et les exigences de la stabilité de l’État !!
Al‑Salek Ould Abah, avocat agréé auprès des tribunaux mauritaniens dans certains centres et circonscriptions politiques, voit s’intensifier un discours qui porte le slogan du respect de la Constitution et de sa place dans un État de droit et de démocratie, et qui l’associe à un avertissement contre la reprise des élections…

D'après les sources officielles, la Mauritanie, en raison de la fragilité de certains de ses équilibres internes et de l’instabilité de son environnement régional, ne peut considérer le transfert du pouvoir comme une simple formalité dépourvue de risques nationaux. La lutte pour la présidence peut se transformer en un combat pour les centres d’influence et les orientations idéologiques, dont le coût dépasse celui d’un différend que l’on souhaite régler par les urnes. Cette argumentation ne signifie pas rejeter les élections, mais refuser de les considérer comme une garantie autonome, sans tenir compte de la capacité de l’État à absorber leurs conséquences.
4. **Candidat du régime: continuité politique ou reconstruction des centres d’influence?** La mise en avant d’une personnalité issue du régime ne garantit pas la continuité de sa ligne. Le transfert du pouvoir déplace le centre de décision vers le nouveau président, qui acquiert la capacité de réorganiser les alliances, les centres d’influence et les priorités.
C’est une règle d’analyse du pouvoir: la relation qui précède la prise de fonction n’est pas identique à celle qui s’établit après. Le lien de parenté, les affinités religieuses ou les intérêts communs ne constituent aucune garantie de continuité du consensus politique. L’accession à la présidence modifie les équilibres, rendant l’indépendance de la décision présidentielle et le conflit d’intérêts des facteurs décisifs, même si les liens antérieurs étaient forts.
Ainsi, supposer que la loyauté politique persistera après le transfert du centre de décision n’est pas un fondement solide pour le choix. De même, l’appartenance à un même parti ou à un même système ne assure pas l’unité des intérêts après le changement de pouvoir. Par conséquent, proposer un candidat de remplacement ne garantit ni la continuité des politiques ni la protection de la direction sortante contre la perte d’influence.
Un choix avisé doit intégrer les risques inhérents à la transition elle‑même, et non se contenter de la confiance personnelle, de la similarité politique ou de la conformité formelle des procédures. 5. **La continuité comme option de protection de la stabilité de l’État** À mon avis, le maintien du président Ghazouani représente, dans le contexte mauritanien actuel, l’option la plus probable et la plus prudente pour assurer la stabilité, comparé à un transfert aux conséquences incertaines.
Le président en exercice est connu des institutions, des forces internes et des partenaires extérieurs; des années de mandat ont permis d’acquérir une expérience pratique de son mode de gouvernance, tandis que le candidat de remplacement reste inconnu quant à ses orientations futures, quelles que soient ses attaches au régime en place. Cette argumentation ne repose pas sur l’idée d’une impunité du président ou d’une absence totale d’erreurs, mais sur une pondération des risques. La décision nationale ne se fonde pas sur la recherche d’une personne sans défauts, mais sur le choix d’une trajectoire jugée capable de garantir la continuité de l’État et de limiter les probabilités de trouble.
Dans un pays où les conditions exigent le renforcement des institutions et la protection des équilibres sociaux, la préservation de la stabilité devient une priorité politique majeure, et non un simple slogan utilisé pour justifier le maintien au pouvoir. Cette évaluation politique n’annule pas l’examen du cadre juridique de chaque option, ni ne fait de la stabilité un prétexte suffisant pour outrepasser les contraintes constitutionnelles en vigueur; elle impose de débattre séparément de l’intérêt national et du cadre juridique, chacun dans son domaine, sans les confondre. 6.
**Position occidentale et intérêt national** Affirmer que les pays occidentaux s’opposeront à la réélection de Ghazouani ne repose pas sur un fondement solide, à moins d’être soutenu par des positions officielles ou des indicateurs fiables. Les pays occidentaux ne constituent pas un bloc monolithique, et leurs politiques extérieures tiennent compte d’une interaction entre considérations de sécurité, de stabilité, d’intérêts économiques et stratégiques, et d’enjeux juridiques et politiques. Ils ont accumulé une expérience de leurs relations avec le président Ghazouani au cours de ses années de mandat, ce qui entre dans leurs calculs, sans pour autant déterminer de façon définitive leur position face à un éventuel changement constitutionnel.
Ainsi, invoquer une position occidentale supposée comme excuse pour clore le débat interne constitue une erreur d’appréciation. Le premier critère reste l’intérêt national mauritanien, en tenant compte des engagements internationaux et des répercussions extérieures des décisions souveraines. **Conclusion:** le critère de choix est l’intérêt de l’État.
La question du troisième mandat ne se tranche pas par des accusations de trahison, ni en supposant que chaque transition démocratique assure la stabilité, ni en considérant la continuité du leadership comme une garantie absolue contre tout danger. Elle se résout par une comparaison sérieuse des alternatives et l’évaluation de leurs impacts sur le pays, la société et les institutions de gouvernance. Ma position est claire: la fragilité des équilibres mauritaniens et l’instabilité de l’environnement régional rendent la continuité de Ghazouani, à mon sens, l’option la plus prudente face à un transfert politique aux conséquences imprévisibles, jusqu’à ce que les institutions nationales atteignent un degré de solidité et de stabilité permettant un passage du pouvoir sans mettre en péril la pérennité de l’État.
Je ne considère pas l’appel à sa continuité comme une trahison de la patrie, tout comme je ne qualifie pas l’opposition à cette continuité de trahison. Cependant, je rejette l’idée d’un monopole sur la notion de nationalité ou de démocratie, et je refuse de transformer le débat sur l’avenir de la présidence en un jugement moral des opinions dissidentes. La priorité n’est pas de triompher d’un slogan constitutionnel ou politique détaché de ses conséquences, mais de protéger l’État, de préserver la cohésion sociale et d’assurer la continuité des institutions.
La démocratie est un moyen d’organiser le pouvoir, la Constitution un cadre de légitimité, et la finalité suprême la survie de l’État, sa stabilité et le service des intérêts de son peuple.