Mohamed Fadel El Dah : encyclopédie du savoir, pionnier de la poésie moderne, sagacité de l’État, noblesse de l’homme / par Seyedna Aziz
Les titres ne sont pas tous égaux, et les hommes ne sont pas tous dignes de leurs traces ; certains voient leur réputation s’éteindre à la fin de leur mandat, leur souvenir s’effacer avec le recul de leur pouvoir, ne laissant derrière eux qu’une inscription dans le registre des fonctions et une trace dans les dossiers de l’administration ; d’autres, quant à eux, ...
Il ressort que le rassemblement des gens autour de Fadel, selon ce témoignage, n’est pas né d’un poste ou d’une autorité; aucun prisonnier n’a d’autorité sur son entourage si ce n’est par son intelligence, son caractère et sa présence. C’est ainsi que le récit acquiert sa valeur en dessinant le portrait d’un homme dont la culture était une source de convivialité et de dialogue, et non un moyen de se sentir supérieur aux autres. Le témoignage du docteur El Sayed Ould Abba révèle un autre aspect de sa personnalité.
Il le connaît depuis les années 1980 et le lien s’est renforcé au Caire, lorsque Fadel y était ambassadeur. Il raconte qu’il le rendait visite le soir pendant son séjour, le trouvant au cœur ouvert, généreux dans les conversations, très cultivé, loin de toute ostentation quant à son savoir ou son expérience. Ce témoignage met en lumière une qualité aussi importante que l’excellence intellectuelle: quand la connaissance mûrit, elle confère à son possesseur une ampleur d’âme, et non une restriction envers les gens; elle augmente sa capacité d’écoute, sans désir de monopoliser la parole.
Ainsi, tout érudit très cultivé n’est pas forcément agréable en société, et tout orateur convaincant n’est pas forcément humble dans son cercle. Mais la combinaison du savoir et de la courtoisie dans les échanges confère à la personnalité une attractivité qui dépasse les limites de la spécialité. El Sayed Ould Abba raconte que Fadel lui a parlé de sa première nuit au Caire, de l’émerveillement qu’il a ressenti devant l’immensité et la beauté de la ville.
L’histoire puise son sens dans l’image de celui qui se tient devant une grande métropole, ressent sa crainte, puis poursuit l’acquisition du savoir et de l’expérience jusqu’à devenir partie intégrante de son monde culturel et diplomatique. C’est un rappel que les grands esprits ne naissent pas déjà accomplis, et que l’expérience, quel que soit son âge, peut toujours les surprendre et les instruire. Parmi les anecdotes que cite M.
Ould Abba, Fadel a rédigé une réponse polie et solide à un article qui dénigrait la Mauritanie; la réponse a été publiée intégralement dans le quotidien Al‑Ahram, contrairement à la pratique habituelle pour ce type de correspondance. Ce fait montre, s’il en est une indication, la capacité à mettre la langue au service de l’argumentation, à défendre la dignité nationale sans déprécier, et à contrer les critiques sans sombrer dans les invectives. Défendre la patrie n’est pas un vacarme qui s’élève, mais une argumentation cohérente, une présentation claire des faits, un discours qui sait répondre à l’adversaire sans perdre le respect de soi.
Voilà ce qui caractérise le diplomate qui comprend que la parole peut être plus percutante que le spectacle, et que la solidité de l’argument préserve la place du pays dans les cercles culturels et médiatiques. Quant à Mohamed Moctar Ould Mohamed Fal, il rappelle dans son témoignage « Fadel Ould Dah, tel que je le connais » les étapes de leur relation, commencées à Bagdad lorsque Fadel était ambassadeur, puis renouvelées dans le cadre du prix de Chinguetti, et poursuivies lors de rencontres privées à Nouakchott. Son témoignage dresse le portrait d’un homme alliant patriotisme et culture, fermeté et souplesse, capable de passer des affaires publiques aux questions littéraires, artistiques et scientifiques sans prétention.
Il évoque également une situation où Ould Mohamed Fal a sollicité Fadel pour obtenir de l’aide concernant un visa de pèlerinage; Fadel est intervenu auprès de l’ambassadeur saoudien en Irak et l’a aidé à faciliter la démarche. Bien que cet épisode puisse sembler mineur au regard des postes et des réalisations publiques, il revêt une importance morale: il révèle la volonté de mettre son influence au service des gens dans les limites de ses responsabilités, ainsi qu’un intérêt qui ne se limite pas aux dossiers majeurs, mais qui s’attarde aux besoins et aux problèmes des individus. Il mentionne aussi ses réunions, qui laissaient place à des conversations informelles, aux discussions sur les arts et les sciences, ainsi qu’à la narration d’expériences politiques et culturelles.
Et l’image montre une personnalité qui ne se laisse pas enfermer par les protocoles au sein de l’institution, qui ne fait pas du poste un voile entre elle et le peuple; elle reste capable de convivialité, d’échange de connaissances et de rappel d’expériences avec un esprit mêlant sérieux et simplicité. Mohamed Ould Cheddou, dans ses témoignages et ses correspondances, fait revivre les aspects de l’amitié qui l’unissaient à Fadel, ainsi que la mémoire d’une génération où se sont entremêlées expérience nationale, culturelle et politique. Ces témoignages mettent en avant l’image de l’homme qui a porté le poids de la parole en temps difficile, qui a conservé son lien avec ses camarades et les questions qui animaient sa génération, même lorsque la maladie a limité sa mobilité et ses rencontres.
L’une des réponses les plus poignantes de leurs correspondances tardives est celle de Fadel à la prière de Mohamed Ould Cheddou pour sa guérison: il écrit le 18 novembre 2022 qu’il remercie Dieu pour sa santé, qu’il ne se plaint qu’à Lui, et que c’est une épreuve chronique qu’il affronte depuis des années, en citant le vers du regretté Hamam al‑Cheib: « et les maladies se sont unies contre moi ». Cette phrase témoigne d’une économie de mots, d’une clarté face à la situation et d’une foi qui ne nécessite aucun vacarme. Il n’y a ni plainte prétentieuse, ni revendication de bravoure, mais simplement une acceptation de ce qui s’est produit et une patience face à ce que l’homme ne peut pas changer.
C’est une image qui convient à un homme habitué à voir les choses évoluer, conscient que l’homme a des limites dans la gestion de son destin, et que certaines épreuves ne se surmontent qu’avec patience et confiance. Le témoignage de Mohamed Ould Cheddou indique également que Fadel continuait à lire les documents qu’il lui envoyait, même lorsque sa santé ne lui permettait plus de communiquer comme auparavant. Il n’est pas juste d’interpréter son silence à ce stade comme autre chose que ce que les faits montrent; ces correspondances prouvent qu’ils ont maintenu un lien qui a perduré au fil des années, fondé sur le respect et l’intérêt pour les affaires publiques.
Ces témoignages, malgré la diversité de leurs auteurs et de leurs contextes, dessinent les contours d’une personnalité qui allie force de présence et humilité, fermeté d’attitude et douceur de caractère, estime du savoir et refus de l’exhibition. Il s’agit d’une image qui progresse grâce aux preuves, sans exagération, et qui se renforce chaque fois que l’on peut rattacher ses qualités à des situations précises, plutôt que de se contenter de descriptions générales. Sixièmement: la diplomatie et l’art de représenter le pays.
La diplomatie, chez Mohamed Fadel Ould Dah, n’était pas simplement l’accomplissement de cérémonies ou une représentation officielle de l’État dans les forums internationaux; elle était l’extension de sa culture et de sa capacité à comprendre les peuples, à appréhender la diversité des environnements, et à formuler un discours qui préserve la stature du pays tout en exposant clairement et avec équilibre ses intérêts. Il a représenté la Mauritanie dans plusieurs capitales, dont Bagdad, Damas, Sanaa, Le Caire et Rabat, et a assumé, au cours de ces missions, des rôles dépassant le simple cadre protocolaire. Ainsi, le diplomate doté d’une culture étendue voit dans l’ambassade plus qu’un bureau administratif, dans la rencontre officielle plus qu’un simple échange de politesses, et dans les relations entre États un espace de rapprochement des intérêts et de construction de ponts de connaissance et de compréhension.
Au Caire, selon le témoignage du Dr Mohamed Al‑Hassan Ould Mohamed El‑Moustafa, Mohamed Fadel a œuvré à renouer les liens de la Mauritanie avec les milieux culturels et médiatiques égyptiens, a encouragé l’écriture sur le pays et a cherché à faire connaître sa littérature et ses intellectuels, à un moment où les contacts culturels nécessitaient un renouveau et une activation. Cette dimension du travail diplomatique mérite d’être soulignée; l’image du pays à l’étranger ne se construit pas uniquement par la politique, mais aussi grâce à la culture, à la littérature, aux médias et à la transmission aux autres de la connaissance de l’histoire, de la société et de la créativité de ses enfants. Un bon article ou une rencontre culturelle réussie laissent souvent une empreinte plus durable qu’une visite officielle passagère, dès lors qu’ils présentent le pays de façon pertinente et ouvrent une porte à la connaissance mutuelle et à la coopération.
Il est indiqué que Ould Mohamed El Mostafa raconte que Fadel tenait sa maison ouverte aux visiteurs, étudiants et intellectuels mauritaniens, sans aucune formalité ni contrainte à l’accueil, afin d’atténuer la solitude de l’étranger. Cette qualité, dans sa simplicité, révèle une compréhension humaine de la fonction diplomatique; le devoir du représentant officiel ne se limite pas à s’adresser à l’État hôte, il s’étend à entretenir le lien de ses compatriotes avec leur pays, à alléger leur sentiment d’éloignement et à leur faire sentir qu’ils disposent, même en terre d’exil, d’un soutien et d’un refuge. Ould Mohamed El Mostafa se souvient également de ses rencontres avec Fadel, de l’abondance de leurs discussions sur la culture et la littérature, et de la dignité de ses propos lors des manifestations culturelles, empreints d’un arabe solide.
Cela témoigne que l’homme n’a pas laissé sa culture à l’entrée de l’ambassade, mais l’a emportée dans son travail, en en faisant un moyen de faire connaître son pays, de bâtir des ponts de communication et de préserver la considération nationale. Sa carrière diplomatique a été honorée par le roi Mohamed VI, ce qui s’inscrit dans le registre des reconnaissances qu’il a reçues pour son service à l’État et sa représentation. Cependant, le plus important dans le domaine diplomatique n’est pas le nombre de décorations reçues, mais la contribution qu’il a apportée à l’image de sa patrie, les liens utiles qu’il a créés et la capacité qu’il a démontrée à concilier fierté nationale et bonne relation avec autrui.
Septièmement: la sagacité de l’État et la préservation des intérêts nationaux, où se mêlent pensée et politique dans la biographie de Mohamed Fadel Ould Dah, notamment dans le dossier de l’Organisation d’Investissement du fleuve Sénégal, organisme qui constitue un cadre de coopération régionale pour l’exploitation des ressources hydrauliques et énergétiques et la coordination des intérêts communs des pays du bassin. Les récits liés à ce dossier indiquent qu’il a contribué à affiner une position mauritanienne plus efficace dans le programme électrique associé au projet Manantali, ainsi qu’à défendre le droit du pays à profiter de l’énergie que le projet rend disponible. La question prend son importance du fait que les ressources communes ne se transforment pas en intérêts nationaux simplement parce qu’elles existent; il faut comprendre les accords, mener des négociations rigoureuses, évaluer les rapports de force et suivre la mise en œuvre, afin que le droit ne reste pas qu’une inscription sur du papier.
Dans ce contexte, on raconte la réunion des ministres de l’eau de l’organisation en février 1985, après la prise de pouvoir de Muawiya Ould Tayeh, et les débats qui y ont eu lieu sur la position de la Mauritanie concernant l’énergie produite par le fleuve. Le récit indique que Fadel a poussé à réexaminer la position qui ne réclamait pas de part mauritanienne d’électricité, affirmant que l’intérêt national exigeait une exploitation équitable des ressources communes. Ce chapitre résume que le bénéfice ultérieur des villes de l’intérieur en électricité était, en partie, lié à cette révision de la position négociée.
Cependant, attribuer une part précise à chaque responsable ou institution dans ce parcours historique nécessite de se référer aux documents, aux accords et aux témoignages des participants; l’équité impose de mettre en avant le rôle de Fadel tel que le confirment les preuves, sans réduire un processus régional complexe à l’effort d’une seule personne. C’est ici que la valeur d’un juriste se révèle lorsqu’il dépasse la simple interprétation des textes pour les mobiliser en faveur de la protection des intérêts publics. Le droit n’est pas une suite de formules figées, mais des droits, des obligations et des équilibres, et son impact ne se réalise pleinement que lorsqu’il se traduit en position de négociation, puis en gain concret au bénéfice de la population.
Fadel a exercé des fonctions ministérielles et de conseil, et a évolué dans les domaines du droit, des médias, de la politique et de la diplomatie, sans jamais rompre son lien avec le savoir juridique. Et voilà l’une des qualités de l’homme d’État qui allie compréhension du texte et esprit de la réalité, précision de l’action et vision à long terme, exigences de l’administration et perspective de l’intérêt national. Tous ceux qui savent bien parler ne sont pas forcément les meilleurs gestionnaires, et tous ceux qui connaissent l’administration ne possèdent pas forcément une culture large; de même, la seule ampleur du savoir ne garantit pas une bonne décision.
La compétence composite naît lorsque ces qualités se soutiennent mutuellement, et son détenteur sait passer du diagnostic au choix, du choix à l’exécution, de l’accomplissement à l’évaluation de son impact et de ses conséquences. VIII: le prix Chinguetti et le service de la connaissance. Sa nomination à la direction générale du prix Chinguetti a marqué une étape décisive dans son parcours, car il a trouvé dans cette institution un lieu où la littérature rencontre la science, la connaissance la reconnaissance, et l’effort individuel une mission nationale plus vaste.
Ceux qui ont connu son travail y attestent qu’il y a accordé une attention particulière, s’efforçant de mettre en valeur le produit lauréat et de faire de la cérémonie de remise un moment d’introduction à l’œuvre intellectuelle, et non simplement une simple annonce des noms des lauréats. Le docteur Mohamed El Hassan Ould Mohamed El Mostafa rappelle que les paroles de Fadel lors des cérémonies du prix débordaient d’une éloquence arabe solide, se transformant en panneaux résumés présentant les livres et leurs auteurs. Mohamed El Moctar Ould Mohamed Fal rappelle également l’impact de ses présentations des œuvres primées; ses introductions et éclairages captivaient le public et donnaient à l’événement une dimension culturelle dépassant le simple protocole de la cérémonie.
Cette performance n’était pas qu’une simple démonstration de capacité rédactionnelle; présenter un livre ou une recherche de façon satisfaisante exige de comprendre son sujet, d’en saisir la valeur et de distinguer son apport réel des éventuelles exagérations qui l’entourent. Ainsi, la qualité de la présentation révèle, d’une part, une lecture consciente, et, d’autre part, la capacité de résumer l’œuvre sans la trahir, en mettant en avant ses axes sans digression. Cette qualité s’inscrit dans une conception plus large du rôle de la culture dans la société.
L’honneur n’est pas une récompense passagère, ni une occasion d’échanger des compliments, mais bien une reconnaissance de la place de la raison, une incitation à la recherche et à la créativité, et la consolidation de la valeur du travail intellectuel dans la conscience collective. L’institution culturelle accomplit sa mission lorsqu’elle fait du savoir un objet d’estime, que la recherche devient un chemin vers la considération, et que la créativité fait partie du patrimoine national. Fadel est resté proche des écrivains et des chercheurs, suivant leurs affaires, veillant à rester en contact avec eux, et leur accordant de son temps et de son attention ce qui convient à leurs charges.
C’est ainsi qu’apparaît une autre facette de l’intellectuel responsable: il ne voit pas dans l’institution un obstacle entre lui et les détenteurs du savoir, mais un moyen de les servir, de mettre en valeur leurs réalisations et d’ouvrir la voie à leurs contributions à la vie intellectuelle. Neuvièmement: la loyauté et le respect de la différence figurent parmi les qualités les plus récurrentes dans les témoignages de mes contemporains à l’égard de Mohamed Fadel Ould Dah et de sa fidélité à ses amis, ainsi que dans la préservation du caractère sacré des relations humaines face aux querelles politiques. Le désaccord d’opinion ne nécessite pas l’effacement de l’amitié, et la divergence de positions ne justifie pas la rupture du pacte; de même, la rivalité politique, même intense, ne doit pas se transformer en hostilité envers la dignité humaine et son droit au respect.
Il a été rapporté dans des récits publiés que, au sujet de sa relation avec Mohamed El‑Moustapha Ould Badr‑Eddine, il est resté fidèle à cette amitié, en honorant son droit, malgré les divergences politiques qui existaient entre les deux hommes. Cette qualité ne tire pas sa valeur de l’élimination du désaccord ou de la minimisation de ses raisons, mais de la capacité à séparer ce que requiert la position politique de ce que dicte la noblesse humaine. Les hommes ne sont pas jugés lorsque les intérêts coïncident et que les opinions convergent, mais leur caractère se révèle lorsque les positions s’éloignent, que les évaluations diffèrent, et que la loyauté devient un fardeau.
Alors il devient clair qui utilise le différend comme prétexte pour abroger les droits, qui préserve la sacralité de l’amitié, la valeur du serment, la dignité de l’homme, même s’il le contredit dans l’opinion ou la voie. Et si la politique est un domaine où s’affrontent intérêts et idées, la société ne peut pas rester cohésive si chaque divergence se transforme en rupture, chaque conflit en inimitié, chaque désaccord d’évaluation en accusation d’intention. Dès lors, entretenir l’amitié tout en acceptant le désaccord n’est pas une faiblesse de position, mais la preuve d’une personnalité solide, d’une morale indépendante des fluctuations d’alignement.
Les témoignages évoquent également son amitié avec Salih Ould Moulay Ahmed, et le respect qui lui est resté même après son départ du prix de Chinguetti. Ce sens révèle une autre facette de la loyauté: que les liens humains ne soient pas conditionnés par les postes, que la relation ne se termine pas à la fin de la mission qui les a réunis, et que la fonction ne devienne pas le seul critère d’évaluation des personnes. La vie publique a souvent vu des relations changer avec les changements de postes: quand une personne monte, les autres s’en rapprochent, et quand son pouvoir décline, ils s’éloignent.
La vraie loyauté se manifeste lorsque le respect demeure après la disparition de l’avantage, que la communication persiste une fois le besoin écoulé, et que la dignité d’une personne subsiste au‑delà de ce que le poste lui accorde ou lui retire. Ainsi, la valeur de Fadel ne se limite pas à ce qu’il a accompli en droit, en politique et en diplomatie, mais s’étend à ce que les témoignages de ses camarades préservent: la courtoisie du désaccord et la sauvegarde du serment. C’est là une facette de la noblesse qui ne se mesure pas aux registres de fonctions, mais qui est conservée dans la mémoire des gens et transmise aux générations lorsqu’elles cherchent des exemples où fermeté et affection, position et équité peuvent coexister.
En fin de vie, la maladie, la perte et l’épreuve de l’homme se manifestent avec une intensité particulière. La maladie a alourdi le fardeau de Mohamed Fadel Ould Dah, réduisant sa capacité à se déplacer, à rencontrer les autres et à communiquer, mais elle n’a pas effacé les traces des liens qu’il a tissés au fil des années, ni son intérêt pour ce qui l’entourait. Ses correspondances tardives avec Mohamedn Ould Cheddou montrent qu’il restait présent dans les pensées, désireux de lire ce qui lui était envoyé, même si son état de santé l’empêchait de répondre à tout ce qui lui parvenait.
Dans sa réponse, datée du 18 novembre 2022, il a exposé une méthode d’affrontement de la maladie fondée sur la patience et l’acceptation, loin des plaintes ostentatoires ou de la recherche de sympathie. Il n’est pas juste de charger l’homme de douleurs supérieures à ce qu’il peut supporter, ni de transformer l’épreuve en matière d’exagération; il suffit de la mentionner à sa place, en préservant sa dignité et en révélant la fermeté d’esprit et la bonne tolérance qui peuvent en émerger. La perte de son fils Salah ad‑Din a été l’une des épreuves qui a laissé une empreinte profonde dans sa vie.
Ceux qui l’ont pleuré et consolés ont souligné sa patience et son recueillement, ainsi que le fait que son chagrin ne l’a pas fait sortir de la dignité qui le caractérisait. Le chagrin ne se mesure pas à l’apparence des paroles ou à la quantité d’émotions montrées aux autres; les douleurs les plus profondes peuvent se manifester le plus calmement, et les plus graves calamités peuvent se tenir le plus loin de tout exhibitionnisme. Évoquer cette épreuve ne vise pas à envahir l’intimité du deuil, mais à rappeler que même une personne occupant des fonctions élevées et dotée d’une grande culture reste avant tout un être humain, soumis aux aléas de la vie dans ce qui lui est le plus cher.
La connaissance n’immunise pas contre la souffrance, et le statut ne soulage pas son porteur du poids de la perte; c’est plutôt la façon dont l’individu porte son épreuve, préserve sa dignité et maintient son lien avec la vie et les autres qui révèle sa vraie valeur. Les témoignages de Mohamed El Moctar Ould Mohamed Fal et de Mohamedn Ould Cheddou conservent l’empreinte de la communication qui est restée vivante à travers leurs écrits, ainsi que les prières, les consolations et l’intérêt manifesté pour les questions culturelles. Et cela montre que les liens profonds ne s’éteignent pas nécessairement lorsque les rencontres se font plus rares, et que la parole écrite a le pouvoir de préserver l’amitié lorsque les circonstances empêchent le maintien du contact dans sa forme originelle.
Le départ de Fadel n’a pas seulement signifié la perte d’un ancien responsable, mais l’absence d’un homme où se sont réunies de multiples facettes: le droit et la littérature, la pensée et la politique, la diplomatie et l’action culturelle, avec des qualités humaines qui lui ont valu une place dans la mémoire de ses camarades et contemporains. Si les fonctions peuvent être comptabilisées, l’impact humain est bien plus vaste que ne le peuvent le faire les registres; il demeure dans le conseil d’Anas, dans une attitude de secours, dans une parole sincère, dans une amitié qui n’a pas été corrompue par la rivalité, dans le souvenir qu’un compagnon garde après le passage des années. C’est de ces traces que se compose la biographie vivante, plus durable que la traduction administrative et plus apte à transmettre le sens de l’homme aux générations futures.
Conclusion: lorsque la connaissance, l’État et la noblesse s’harmonisent, la valeur de Mohamed Fadel Ould Dah ne se mesure pas au nombre de postes qu’il a occupés, ni à la durée de ses années de service public, mais à la combinaison de qualités interdépendantes: un esprit juridique qui connaît la précision des textes, une intelligence politique qui saisit les équilibres de la réalité, un goût littéraire qui perçoit les secrets de l’arabe, une expérience diplomatique qui améliore la représentation du pays, et une humanité qui préserve le droit à la camaraderie et le respect de la différence. Il faisait partie de ces hommes que l’on ne peut épuiser par une seule description, ni enfermer dans une seule fonction; chaque aspect de leur parcours en ouvre un autre, et chaque témoignage de leurs contemporains enrichit davantage l’image, la rendant plus riche et plus claire. C’est là une caractéristique des personnalités complexes qui se forment au carrefour des connaissances et des expériences, alliant l’authenticité de la formation aux exigences de l’époque, ainsi que l’étendue de la pensée aux exigences du travail.
Ce n’est pas l’équité qui consiste à exalter sa biographie au‑delà de la critique, ni à lui attribuer des exploits non corroborés par les témoignages, mais à lui accorder la mesure qui lui revient selon la balance de la justice, à rassembler les attestations de ceux qui l’ont connu, à lire ses œuvres dans leurs contextes, et à distinguer ce qui est solidement établi de ce qui nécessite davantage de documentation. L’exagération ne glorifie pas les hommes, tout comme les querelles n’effacent pas leurs traces; c’est ce qui est confirmé de leurs actions, ce que les contemporains impartiaux ont attesté, et ce qui subsiste de leur influence dans la vie du peuple et les institutions du pays qui les élève. Il appartient à la mémoire nationale de sauver la trajectoire de personnages comme celui‑ci du désordre, de rassembler leurs traces écrites, de documenter leurs positions, et de recouper les récits qui les concernent, afin que rien de notre histoire digne de préservation ne se perde, et que les jugements éphémères ne s’approprient pas les faits et les témoignages.
Une biographie soigneusement documentée ne préserve pas seulement son auteur, elle conserve pour les générations l’image de son époque, les questions de ses hommes, et leurs modes de pensée et d’action. Mohamed Fadel Ould Dah demeure, par son érudition encyclopédique, son rôle pionnier dans la poésie moderne, sa sagacité étatique et la noblesse de son caractère, une figure phare de sa génération, une personnalité dont l’influence dépasse les fonctions pour embrasser un impact culturel, national et humain. Cette stature ne se crée pas par un titre, ni ne s’épuise par une fonction, mais se consolide par le savoir utile que l’on laisse, la position respectable que l’on adopte, et la bonne réputation que l’on cultive.
Que Dieu ait pitié de Mohamed Fadel Ould Dah, et que ce qui subsiste de sa vie continue d’enrichir la mémoire nationale, méritant d’être transmis aux générations avec équité et considération. Par: Sidi Aziz