Mauritanie et le dossier « Lkweira » : lecture des dimensions de la dernière déclaration gouvernementale / Ahmed Mohamed Hamada
Lors de sa première conférence de presse en tant que porte-parole officiel du gouvernement, le ministre de la Culture, des Arts, des Communications et des Relations avec le Parlement, Mohamed Babana, a présenté des précisions sur la position de Nouakchott concernant la délimitation de la zone de « Lakouira », réaffirmant l’engagement du gouvernement à poursuivre la solution…
D'après les sources officielles, lors de sa première conférence de presse en tant que porte-parole officiel du gouvernement, le ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, Mohamed Babana, a présenté des précisions sur la position de Nouakchott concernant la question du démarquage de la zone de « Lakouira », réaffirmant l’attachement du gouvernement à une solution pacifique et consensuelle sous l’égide des Nations unies. Cependant, cette déclaration, bien que formulée avec prudence, comporte des implications plus profondes qu’il n’y paraît au premier abord et révèle une lecture stratégique mauritanienne fine d’un dossier frontalier très sensible. Le ministre a tenu à réfuter toute rumeur de « concessions » exigées de la Mauritanie, insistant sur le fait qu’« il ne faut pas charger la question d’autre chose », et appelant à ne pas interpréter les propos dans les forums médiatiques ou les journaux « sans qu’il y ait du nouveau dans le dossier ».
Ce déni n’est pas simplement une réponse à des rumeurs, mais un double message: rassurer la population intérieure que la souveraineté et les principes nationaux ne sont pas négociables, et envoyer à l’extérieur le signal que Nouakchott ne bouge pas sous la pression et que toute discussion sur des concessions serait prématurée. Le porte-parole du gouvernement a expliqué que l’objectif de la question du démarquage des frontières est de « prévenir toute ambiguïté pouvant entraîner des conséquences sécuritaires, juridiques ou économiques ». Cette phrase résume l’essence de la position mauritanienne: Nouakchott ne revendique pas de nouvelle souveraineté sur « Lakouira », ayant déjà clarifié sa position historique en se retirant du conflit, mais elle exige que toute future résolution repose sur une base frontalière claire et documentée avec elle.
La zone de « Lakouira » se situe à quelques kilomètres seulement de Nouadhibou, la capitale économique et le principal point d’accès maritime du pays, ce qui fait que toute incertitude sur son statut constitue une menace directe à la sécurité nationale mauritanienne. Cette déclaration ne s’inscrit pas dans le vide. Récemment, des signaux sont venus du côté marocain, évoquant un « Maroc de Tanger à Lakouira », et une carte incluant la zone parmi les territoires marocains a été remise lors d’une rencontre militaire.
Ces allusions, même lues avec prudence à Nouakchott, incitent à une anticipation diplomatique. C’est ainsi que la Mauritanie a agi dans les couloirs des Nations unies, où le rapport du représentant personnel du Secrétaire général à la Sahara occidental, Stephan de Meestura, a confirmé la nécessité pour la Mauritanie de créer une commission visant à clarifier les frontières internationales définitives et permanentes du territoire contesté de manière consensuelle. Le point crucial de cette initiative est son timing.
Alors que les négociations sur le Sahara occidental passent de l’étape des intentions politiques à celle des arrangements régionaux, Nouakchott cherche à lier ses intérêts frontaliers à un mécanisme multilatéral, afin d’empêcher les parties d’aboutir à un accord final qui reléguerait la question de « Lakouira » à un simple sous‑produit du règlement. Ainsi, la Mauritanie place ses intérêts sécuritaires au cœur de tout futur arrangement, plutôt que d’attendre les résultats des pourparlers. En somme, la déclaration du ministre Mohamed Babana constitue avant tout une défense juridique couvrant une stratégie plus large.
La Mauritanie ne veut ni provoquer ses voisins ni rouvrir le différend de souveraineté, mais elle trace en même temps une ligne rouge claire: toute résolution du Sahara occidental doit respecter la sécurité frontalière de la zone de Nouadhibou et se faire de façon consensuelle, sans imposition unilatérale des faits. Entre neutralité positive et préservation des intérêts vitaux, Nouakchott continue de gérer ce dossier hautement sensible avec un discours calculé, apparence calme mais contenu ferme.