Gourmo Abdel critique l’exclusivité de l’arabe dans les correspondances du ministère de la Culture et appelle à une politique linguistique consultative en Mauritanie.
L’avocat et dirigeant du parti Union des Forces du Progrès Lo Gourmo Abdoulassadi – Nouakchott / Dans un article critique qui ouvre le débat sur la politique linguistique en Mauritanie et ses répercussions sur le dialogue national et l’unité sociale, le politicien et le…

D'après les sources officielles, la Constitution pose un principe, mais n’en tire aucune conclusion précise. Elle ne dit rien sur les relations entre la langue officielle et les autres langues nationales, reconnues par le même article comme égales en dignité: le pulaar, le soninké et le wolof. Elle ne mentionne pas non plus le sort d’une langue utilisée officiellement dans l’administration depuis des décennies: le français.
Le français n’est pas simplement un usage de fait. De nombreux textes nationaux y font référence ou ont été adoptés et publiés en français: les textes relatifs à l’état civil, nos codes principaux et une grande partie du corpus législatif et réglementaire. La pratique administrative constante, soutenue par la loi elle‑même, constitue un véritable fondement juridique.
Tant qu’aucune loi spéciale n’est adoptée pour définir le régime des langues dans l’administration et abroger cet usage, il demeure en vigueur. Ce n’est pas une simple note ministérielle, acte de rang inférieur, qui peut y mettre fin. Le principe de hiérarchisation des normes juridiques n’accepte pas d’exception.
Ce que la pratique a consacré par la loi ne peut être annulé que par la loi. Cette loi suppose un débat parlementaire, donc une concertation nationale. C’est exactement ce qui a manqué à l’arrêté.
La portée de la mesure dépasse largement le cadre d’un seul ministère. Elle engage la politique linguistique de l’État tout entier. Pourquoi alors ne concernerait‑elle qu’un ministère?
Si elle s’inscrit dans la politique gouvernementale, pourquoi n’a‑t‑elle pas été prise à l’échelle de tous les secteurs, par l’autorité compétente? Si elle n’en fait pas partie, le ministre a‑t‑il agi de son propre chef? A‑t‑il reçu le feu vert du sommet?
Dans les deux cas, le gouvernement doit fournir des explications au public. **Un discours double qui mine la crédibilité de toute réforme** Des actes de ce type détruisent la crédibilité de tout effort sérieux de réforme dans le domaine de la cohésion sociale et de l’unité nationale. Comment croire aux discours de vie commune lorsqu’un membre du gouvernement, dès le premier jour de son mandat, adopte une mesure d’exclusion?
Le français est en réalité sujet à un double discours et à une double réalité. Officiellement, il est marginalisé et exclu. En pratique, il conserve une place importante dans le système éducatif.
Il reste décisif dans les examens et concours qui ouvrent l’accès aux postes les plus recherchés de la fonction publique. Ainsi, la langue prétendument exclue des correspondances administratives demeure la clé de la promotion sociale et professionnelle. Cette dualité se retrouve même dans les choix de l’élite dirigeante.
Elle pousse ses propres enfants à suivre des parcours d’études en français, notamment à l’étranger, tout en promouvant l’exclusion du français pour les autres et en le réservant à ses propres fils. Cette politique ne réduit pas les inégalités; elle les organise, au détriment de ceux qui n’ont pas les moyens d’échapper aux règles imposées. **Vers une véritable souveraineté linguistique** Il est temps d’arrêter de jouer avec l’avenir de nos enfants et de notre pays.
Il faut affronter la réalité. La Mauritanie n’a pas besoin d’une guerre des langues. Elle doit revendiquer sa pleine souveraineté linguistique.
Pour cela, elle doit rompre avec les manœuvres et l’exploitation des sentiments de certains et d’autres. Cette souveraineté passe par une politique linguistique consultative, issue du dialogue national, définie par la loi et adoptée au plus haut niveau. Cette politique doit consacrer l’arabe comme langue officielle de référence, comme le prépare la nouvelle loi sur l’éducation nationale.
Elle doit également officialiser le pulaar, le soninké et le wolof, afin que l’égalité de dignité des langues nationales ne reste pas un simple texte mais devienne une réalité juridique. Enfin, elle doit organiser de façon réaliste la place du français et garantir qu’aucun citoyen ou fonctionnaire public ne soit pénalisé du fait de la langue dans laquelle il a reçu sa formation. Le gouvernement ne peut rester silencieux et indifférent face à un arrêté qui porte atteinte, de façon explicite, à l’unité nationale, à moins de reconnaître qu’il en est l’auteur réel.
Dans ce cas, il doit en assumer la responsabilité publiquement et laisser chacun tirer ses propres conclusions. Lo Gormo Abdol, 20 octobre 2026.