Le positionnement mauritanien vis-à-vis de Kouira : étude académique analytique des dimensions géostratégiques et juridiques par le professeur Abdullah Ould Bashir
Introduction détaillée : le détroit de la péninsule de la Kouira constitue l’un des points géopolitiques les plus complexes, sensibles et importants de l’espace du Maghreb, en raison de sa situation unique s’étendant le long de la côte atlantique et jouxtant directement la ville de Nouadhibou, le principal axe…

D'après les sources officielles, introduction détaillée: la péninsule de la Kouyère constitue l’un des points géopolitiques les plus complexes, sensibles et importants de l’espace du Maghreb, en raison de sa position unique s’étendant le long de la côte atlantique et jouxtant directement la ville de Nouadhibou, l’artère économique et stratégique de la Mauritanie. Le parcours des arrangements frontaliers, politiques et sécuritaires dans cette zone a traversé des étapes historiques décisives: il a débuté avec la signature de l’accord tripartite de Madrid entre l’Espagne, la Mauritanie et le Maroc le 14 novembre 1975, puis a été suivi par l’accord de Rabat du 14 avril 1976, qui a attribué à Nouakchott la souveraineté sur le tiers sud (région de Tiris Zemmour). Un tournant historique et radical s’est produit avec l’accord de paix signé à Alger entre la Mauritanie et le Front Polisario le 10 août 1979, dans lequel la Mauritanie a annoncé son retrait unilatéral, complet et définitif du conflit territorial sur le territoire du Vallée d’Or.
À la suite de ce retrait, un mode de gestion opérationnelle et fonctionnelle temporaire de la Kouyère s’est cristallisé sous la responsabilité de l’armée mauritanienne, en réponse à la nécessité urgente de prévenir tout vide sécuritaire frontalier et de protéger les côtes ainsi que les ressources nationales dans cette zone, qui reste inhabitée et totalement fermée par terre, air et mer. Cette formule, précise et encadrée par les règles de la mission des Nations Unies (MINURSO), vise à garantir la sécurité régionale et à lutter contre les menaces transfrontalières sans empiéter sur la compétence juridique de l’ONU. Malgré les débats et interprétations médiatiques récurrents – le plus récent étant le traitement journalistique du magazine *Jeune Afrique* en octobre 2026, à la lumière du rapport du Secrétaire général des Nations Unies n° S/2026/781 – l’essence de l’approche mauritanienne demeure ancrée dans la réflexion stratégique, le respect strict de la légalité internationale et la prédominance d’une diplomatie calme au détriment de toute escalade artificielle.
**Premièrement: raisons de l’étude et contexte** Les raisons de cette étude découlent du besoin académique et professionnel pressant de séparer le débat médiatique de la réalité juridique et géopolitique concrète, notamment à la lumière des transformations régionales rapides de 2026 et des exigences de la délimitation technique des zones maritimes afin d’éviter toute ambiguïté géographique. **Deuxièmement: importance et objectifs** L’importance de la recherche réside dans le fait qu’elle propose une lecture équilibrée et neutre, respectueuse du droit international, mettant en avant le rôle de la Mauritanie comme facteur d’équilibre stratégique favorisant la paix et la sécurité. L’étude vise à fournir une analyse conforme aux approches onusiennes pour consolider la stabilité régionale et de bonnes relations de voisinage.
**Troisièmement: questions de recherche et problématique principale** La problématique porte sur la manière de concilier les exigences de la sécurité nationale mauritanienne et la protection des zones vitales, d’une part, avec les contraintes du cadre juridique international (notamment les conventions du droit de la mer et le mandat de la mission MINURSO) et les aspirations des parties concernées par le dossier du Sahara concernant la péninsule de la Kouyère, afin de garantir la stabilité régionale et d’éloigner le pays de toute tension souveraine ou escalade régionale. Les questions soulevées sont: 1. **Dimensions juridiques et techniques des frontières**: quelle est la nature juridique et technique de la démarche mauritanienne visant à clarifier et sécuriser les frontières à la lumière du droit international et du droit de la mer?
2. **Diplomatie préventive et gestion de crise**: comment la position diplomatique mauritanienne, fondée sur la doctrine de « diplomatie préventive et neutralité positive », contribue‑telle à la gestion des crises régionales silencieuses et à prévenir toute escalade artificielle? 3.
**Sécurité du développement et économique**: quel est l’impact de la stabilité sécuritaire et économique dans la région de la Kouyère et son environnement immédiat sur la protection de la croissance de l’économie nationale mauritanienne et la sécurisation de ses axes vitaux (Nouadhibou, secteur de la pêche et de la navigation)? Le sujet sera abordé à travers les deux parties suivantes: ### Première partie: déterminants juridiques, politiques et diplomatiques de la position mauritanienne **Exigence 1: cadre juridique et technique du tracé des frontières** Sur le plan du droit international, la Mauritanie a constamment cherché à formuler des positions claires, diplomatiquement transparentes et conformes aux principes du droit international général et à la délimitation technique des zones maritimes. Dans ce contexte, le ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, porte‑parole du gouvernement, **Mohamed Ould Babane**, a réaffirmé, lors du point de presse hebdomadaire suivant la réunion du Conseil des ministres (mercredi 21 octobre 2026), la position initiale et constante de la Mauritanie, niant toute revendication territoriale ou souveraine expansive sur la péninsule de la Kouyère.
Le ministre a souligné que les récentes manœuvres s’inscrivent exclusivement dans un cadre purement technique visant à clarifier les frontières et à éviter toute ambiguïté sécuritaire ou juridique éventuelle. Cette demande technique, récemment adressée aux Nations Unies, s’inscrit dans la volonté de la Mauritanie de préciser avec exactitude ses zones maritimes et ses lignes de base (Baselines), en conformité avec les dispositions de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) de 1982 et ses annexes techniques. L’objectif est exclusivement de « clarifier et tracer les frontières internationales et maritimes définitives, en concertation et consultation mutuelles », afin d’assurer la sécurité de la navigation, la continuité des investissements et d’éviter tout chevauchement ou flou géographique dans les eaux territoriales adjacentes.
**Exigence 2: position politique et doctrine de neutralité positive et légitimité internationale** La diplomatie mauritanienne adopte une doctrine politique indépendante fondée sur la « neutralité positive et constructive », reposant essentiellement sur la légitimité internationale et les résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations Unies. Du point de vue purement juridique, le dossier du Sahara demeure inscrit dans les salles de l’ONU sous la catégorie relevant du processus de décolonisation. Sur cette base, Nouakchott maintient une distance équilibrée et respectueuse avec toutes les parties, renforçant ainsi sa crédibilité internationale en tant qu’acteur de médiation fiable, soutenant les efforts de l’ONU et du représentant personnel du Secrétaire général pour résoudre le dossier par des moyens pacifiques, justes et durables satisfaisant toutes les parties.
**Exigence 3: facteur diplomatique et gestion de crise** Sur le plan diplomatique, cette orientation constitue le troisième pilier de la position mauritanienne; Nouakchott utilise des canaux de communication calmes et ouverts avec Rabat, Alger et le Front Polisario, incarnant les principes de la « diplomatie préventive ». Cette stratégie vise à contenir toute désinformation médiatique ou interprétation extérieure malveillante cherchant à détourner les demandes techniques mauritaniennes de clarification des frontières de leur contexte naturel. Le respect d’une diplomatie calme garantit également que les relations bilatérales restent à l’écart des politiques d’alignement ou de polarisation régionale, réaffirmant ainsi la capacité de la diplomatie mauritanienne à gérer les dossiers frontaliers avec sagesse et responsabilité partagée, renforçant la sécurité et la stabilité régionales sans glisser vers des tensions politiques.
### Deuxième partie: dimensions sécuritaires, économiques et essence de l’équation stratégique **Exigence 1: posture sécuritaire et prévention du vide régional** L’aspect sécuritaire constitue le moteur principal de la gestion mauritanienne sur le terrain. Étant donné la proximité géographique étroite (15 km seulement) entre la Kouyère et la ville économique de Nouadhibou, l’instauration d’une zone de sécurité et de défense stricte s’inscrit au cœur de la protection de la profondeur nationale et de la prévention de toute « zone grise » échappant au contrôle juridique. La présence mauritanienne, sous forme de gestion temporaire sur le terrain – dans le cadre de la coordination technique et du respect intégral du mandat de la mission MINURSO – assure la sécurisation des côtes, la lutte contre l’immigration clandestine, le trafic et l’éventuelle infiltration de groupes armés actifs le long du littoral et du désert.
**Exigence 2: posture économique et protection des chaînes d’approvisionnement** Sur le plan économique, la zone de Nouadhibou voisine constitue le pilier vital de l’économie mauritanienne: elle abrite le port d’exportation du minerai de fer, les ports de pêche maritime et la zone franche. Dès lors, la sécurisation totale du front maritime entourant la Kouyère représente une nécessité stratégique majeure afin d’éviter toute interruption commerciale, de protéger les chaînes d’approvisionnement essentielles – notamment la ligne ferroviaire transportant le minerai de fer de la société SNIM – ainsi que d’assurer les exportations minières, de créer un environnement sûr et attractif pour les projets d’investissement et de développement qui soutiennent la stabilité et le bien‑être économique des populations de la région atlantique. **Exigence 3: essence de l’équation difficile et bon voisinage stratégique** La géopolitique impose une équation intégrée reposant sur le respect du bon voisinage et des intérêts communs de toutes les parties.
La stabilité des frontières et la sécurisation des passages commerciaux internationaux – le plus important étant le poste frontière de Kerkerat – constituent une artère vitale pour l’économie régionale et internationale vers les marchés africains. Ainsi, la formule « acceptation du rôle sécuritaire et de la gestion temporaire de la Kouyère » garantit à toutes les parties la préservation des acquis diplomatiques, la stabilité de la zone et évite tout affrontement potentiel entre puissances régionales, faisant du dialogue et du consensus sous l’égide onusienne l’unique option durable pour tous. ### Recommandations 1.
**Soutenir les efforts des Nations Unies**: appuyer les initiatives de l’ONU et de la mission MINURSO pour le tracé et la clarification des frontières techniques et maritimes – y compris les lignes de base (Baselines) – avec une précision maximale conformément aux dispositions de la Convention du droit de la mer (UNCLOS). 2. **Activer la diplomatie préventive**: renforcer les canaux de communication et les rencontres techniques conjointes afin d’assurer une coordination sécuritaire et frontalière fluide, et prévenir tout vide régional éventuel.
3. **Transformer les zones de contact en opportunités de développement**: encourager le dialogue régional inclusif pour faire des zones frontalières des ponts de développement durable et créer un pôle économique interactif dont tous les acteurs bénéficient. 4.
**Maintenir la diplomatie calme**: s’appuyer en permanence sur les canaux officiels et sereins pour neutraliser toute désinformation médiatique, garantissant ainsi la continuité des chaînes d’approvisionnement internationales et la liberté de circulation commerciale régionale. ### Conclusion En résumé, la gestion par la Mauritanie du dossier de la Kouyère repose sur une vision stratégique équilibrée, tenant compte des exigences du bon voisinage, et consolidant la conviction des acteurs régionaux quant à la supériorité des solutions diplomatiques et juridiques. **Sources** **1.
Accords et traités internationaux et régionaux** - Accord de principe sur le Sahara occidental (Espagne – Maroc – Mauritanie), 14 novembre 1975. - Convention de frontières internationales entre la République islamique de Mauritanie et le Royaume du Maroc, Rabat, 14 avril 1976. - Accord mauritanien‑saharawi, Alger, 10 août 1979.
- Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS), adoptée à Montevideo le 10 décembre 1982. **2. Documents et rapports officiels onusiens** - Nations Unies, Conseil de sécurité.
Rapport du Secrétaire général Antonio Guterres sur la situation au Sahara occidental et les activités de la mission MINURSO, document n° S/2026/781, 1 octobre 2026. - République islamique de Mauritanie, Conseil des ministres. Conférence de presse hebdomadaire du porte‑parole du gouvernement, ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement (**Mohamed Ould Babane**), Nouakchott, 21 octobre 2026.
**3. Rapports de presse et périodiques** - Magazine *Jeune Afrique*, Paris, analyse des arrière‑plans techniques de la clarification et du tracé des frontières maritimes mauritaniennes, édition octobre 2026. **Notes** [1] Accord de principe sur le Sahara occidental signé par l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie, entré en vigueur le 19 novembre 1975.
[2] Convention de frontières internationales entre la République islamique de Mauritanie et le Royaume du Maroc, Rabat, 14 avril 1976. [3] Accord mauritanien‑saharawi signé à Alger, 10 août 1979. [4] MINURSO: Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, créée par la résolution 690 du Conseil de sécurité le 29 avril 1991.
[5] *Jeune Afrique*, magazine d’information français fondé en 1960 à Tunis par le journaliste Béchir Ben Yahmed, basé aujourd’hui à Paris, spécialisé dans les affaires politiques, économiques et géopolitiques de l’Afrique et du Maghreb. [6] Rapport du Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, déposé au Conseil de sécurité sous le code S/2026/781, daté du 1 octobre 2026, portant sur la situation au Sahara occidental et les activités de la mission « MINURSO ». [7] Convention des Nations Unies sur le droit de la mer 1982.
[8] Les lignes de base (Baselines) sont les repères juridiques tracés par les États côtiers le long de leurs côtes, à partir desquels sont mesurées les zones maritimes relevant de leur souveraineté. [9] Nouadhibou, premier pôle économique et capitale économique de la République islamique de Mauritanie, abrite les installations stratégiques majeures du pays. *Abdallah Ould Béchir – avocat et chercheur en droit international public.*