Société·

Le penseur éminent Ali Mohamed Chechraâ El Hamadi… la justice, l’honneur de l’homme et la lutte contre la corruption d’un point de vue coranique.

Son Excellence le professeur Ali Mohamed Al‑Charfaâ Al‑Hamadi, écrivain et penseur islamique, ancien directeur du cabinet du défunt président des Émirats, le cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyan Écrit par : Mohamed Abdel‑Rachid La crise des sociétés ne réside pas uniquement dans le manque de ressources, ni dans le…

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Selon ce point de vue, la corruption n’est pas un phénomène isolé de l’homme; elle est liée aux choix qu’il fait, aux systèmes qui permettent sa diffusion, et au degré de respect de la société pour les principes de justice, d’honnêteté et de protection des droits. « La corruption, une fabrication humaine… et la responsabilité commence par l’humain ». Chehrfa Al‑Hamadi affirme dans son article que la corruption est liée aux actions des hommes et à l’éloignement de leurs comportements des valeurs qui organisent la vie sur la base de la justice, de la miséricorde et de la paix.

Il s’appuie sur le verset coranique: « « Le mal se répand sur terre et sur mer à cause de ce que les mains des gens ont acquis » » (Al‑Rûm: 41). Cette idée prend son importance en attribuant la responsabilité de nombreux désordres à l’action humaine, plutôt qu’en les considérant comme un destin immuable ou le résultat inévitable de circonstances hors du contrôle de la société. La corruption administrative, l’abus d’influence, le détournement des fonds publics, la discrimination dans l’accès aux opportunités et la privation des titulaires de leurs droits ne sont pas de simples erreurs procédurales; ce sont des pratiques qui portent atteinte à la confiance entre le citoyen et les institutions de l’État, affaiblissent le sentiment d’égalité et entravent les possibilités de développement.

Cependant, la lutte contre la corruption ne s’accomplit pas uniquement par des exhortations, même si elles sont essentielles à la construction de la conscience individuelle. Elle nécessite également des institutions fortes, des lois justes, une justice indépendante, un contrôle efficace, une gestion transparente et des mécanismes garantissant la responsabilité des dirigeants sans discrimination. À partir de là, on peut élargir la proposition de Chehrfa Al‑Hamadi à deux niveaux complémentaires: réformer l’homme en ancrant les valeurs d’honnêteté et de responsabilité, et réformer les institutions en empêchant l’exploitation du pouvoir et en fermant les brèches qui permettent de transformer la fonction publique en moyen de satisfaire des intérêts privés.

La conscience vivante est indispensable, mais elle ne remplace pas la loi; de même, la loi ne réalise pas pleinement son objectif si la culture du respect lui manque. **Justice… le critère qui n’exclut personne** La justice occupe une place centrale dans le système de valeurs auquel le Coran invite, et constitue l’une des principales voies d’accès à la pensée de Chehrfa Al‑Hamadi. Le Coran dit: « « Dieu ordonne la justice et la bienfaisance » » (An‑Nahl: 90), et insiste sur l’obligation de rendre justice même envers soi‑même, ses parents et ses proches: « « Soyez debout pour la justice, témoins pour Dieu, même si cela doit être contre vous, vos parents ou vos proches » » (An‑Nisâ’: 135).

Ces principes fondent une conception qui dépasse la justice comme simple slogan moral pour en faire un critère directeur du comportement individuel, de la performance institutionnelle et des relations sociales. La justice ne signifie pas seulement réparer le préjudice après qu’il se soit produit; elle implique aussi la construction de systèmes qui préviennent l’injustice, assurent l’égalité des chances, protègent les droits des citoyens et leur donnent accès aux services et aux ressources publiques sans favoritisme ni discrimination. La justice ne doit pas être sélective; on ne doit pas condamner la corruption des opposants tout en l’ignorant chez les proches, ni appliquer la loi aux faibles tout en exemptant les puissants de toute responsabilité.

Dans ce cadre, il devient crucial de lier le discours de valeur à la notion de citoyenneté égale, où la valeur de l’homme ne dépend pas de son statut social, de sa richesse ou de son appartenance, mais où il jouit de ses droits humains et juridiques qui doivent être protégés équitablement. Une société qui inscrit la justice comme pilier de ses institutions limite les sources de tension, renforce la confiance publique et donne aux citoyens le sentiment que la loi les protège tous, et non qu’elle ne soit qu’un outil entre les mains des plus forts. **Honorer l’homme… fondement de la construction et du développement** Parmi les idées essentielles à mettre en avant, il faut souligner que l’homme n’est pas un simple moyen au service des objectifs de l’État ou de la société, mais la finalité même de tout projet de développement visant à bâtir une vie digne.

Le Coran l’exprime clairement: « « Nous avons certes honoré les enfants d’Adam » » (Al‑Isrâ’: 70). Ce principe ouvre de larges perspectives pour réfléchir aux droits de l’homme et à sa dignité, au‑delà de toute réduction de sa valeur à sa capacité productive ou à son statut économique ou social. L’homme mérite respect et protection de ses droits; il ne doit pas devenir victime d’abus, d’exclusion ou d’exploitation.

Honorer l’homme dans le domaine public signifie que les politiques économiques et sociales doivent viser à améliorer sa vie, à lui offrir l’accès à l’éducation, à l’emploi, aux soins, à la liberté et à la dignité, et à faire des institutions publiques des garantes de ses droits et de ses besoins. Cela implique également de rejeter toute pratique qui diminue la valeur des êtres humains ou les transforme en pions dans des luttes d’intérêts et de pouvoir. Ainsi, la lutte contre la corruption n’est pas seulement une question financière ou administrative; c’est aussi une question humaine, car les effets de la corruption ne sont pas répartis de façon égale.

Lorsque les ressources publiques sont gaspillées, que les groupes vulnérables sont privés de services ou que les opportunités sont distribuées selon le favoritisme, l’homme et sa dignité sont les premiers lésés. Par conséquent, le succès de tout projet de réforme ne doit pas être mesuré uniquement par le nombre de lois adoptées ou le volume de ressources mobilisées, mais par son impact réel sur la vie des gens, sa capacité à protéger leurs droits et à assurer l’équité entre eux. **Être khalîfa sur la terre… une responsabilité, pas un privilège** Dans la perspective coranique, honorer l’homme s’accompagne de la responsabilité de ses actes et de son rôle sur terre.

L’homme n’est pas seulement bénéficiaire des bienfaits de la terre; il porte la responsabilité de les gérer avec les autres de façon à préserver l’équilibre et à empêcher la corruption. Le Coran déclare: « « Je placerai sur la terre un khalîfa » » (Al‑Baqara: 30), introduisant le concept de succession comme une invitation à réfléchir à la place et à la responsabilité de l’homme sur terre. Dans le cadre de la pensée réformatrice, ce concept se lit comme un appel à l’action, à la construction et à l’édification, et non comme une justification d’arrogance, de monopolisation des ressources ou d’exploitation du pouvoir.

La responsabilité exige que l’homme utilise ses connaissances, ses capacités et ses moyens pour le bien commun, et qu’il reconnaisse que le pouvoir, la richesse et le statut social ne sont pas des prétextes pour dominer les autres, mais imposent des devoirs supplémentaires de respect des droits et de prise de responsabilité. Ainsi, le fonctionnaire public gère les affaires publiques comme un dépositaire des intérêts des citoyens, et non comme un propriétaire; le fonctionnaire de l’État travaille pour servir la société, et non pour obtenir des gains personnels; l’entrepreneur participe à l’activité économique dans un cadre de droits et d’obligations qui exigent le respect de la loi et la non‑préjudice à l’intérêt général. Le Coran complète cette idée: « « Ne cherchez pas la corruption sur la terre; Dieu n’aime pas les corrupteurs » » (Al‑Qasas: 77).

L’édification et la lutte contre la corruption ne sont donc pas deux voies séparées; on ne peut pas construire un développement durable dans un environnement qui épuise ses ressources, qui bafoue les droits des gens ou qui place les intérêts privés avant le bien commun. **La réforme commence par la prise de conscience… et se concrétise par le changement de la réalité** Chehrfa Al‑Hamadi relie les actions de l’homme à leurs conséquences et cite le verset: « « Dieu ne change pas l’état d’un peuple tant qu’ils ne changent pas ce qui est en eux » » (Ar‑Ra’d: 11). Ce verset ouvre la réflexion sur le lien entre conscience individuelle et réforme collective; il est difficile de bâtir une réalité plus juste tant que les pratiques quotidiennes restent fondées sur la corruption, le favoritisme, le silence face aux atteintes aux droits ou la considération du fonds public comme une propriété sans propriétaire.

Toutefois, le changement de comportement individuel ne doit pas devenir un prétexte pour exonérer les institutions de leurs responsabilités, ni pour faire porter uniquement aux individus le fardeau des déséquilibres structurels. Une réforme réelle nécessite une volonté sociale, des politiques publiques claires, des institutions soumises à la reddition de comptes, une éducation qui encourage la pensée critique et le respect du droit, ainsi qu’un média capable de révéler les abus sur la base de preuves. C’est ici que l’importance d’allier éducation morale et réforme institutionnelle se manifeste.

La première prépare l’homme à choisir le bon comportement; la seconde fournit les garanties qui empêchent que la déviation individuelle se transforme en pratique stable au sein des institutions. De plus, la sensibilisation ne se limite pas à avertir contre la corruption; elle doit informer les citoyens de leurs droits, expliquer les mécanismes de protection, les inciter à participer à la vie publique et mettre à disposition les informations qui leur permettent d’évaluer la performance des institutions et de tenir les responsables pour compte. **Des valeurs à un projet civilisateur** L’intérêt des idées d’Ali Chehrfa Al‑Hamadi ne réside pas seulement dans la condamnation de la corruption ou l’appel à la fidélité aux valeurs, mais dans la capacité de transformer ces principes en une vision intégrée pour réformer la relation de l’homme avec la société et l’État.

La justice nécessite des lois et des institutions qui la protègent; la dignité de l’homme requiert des politiques qui sauvegardent ses droits; la lutte contre la corruption demande contrôle, reddition de comptes et transparence; la fonction de khalîfa sur terre exige une culture où la responsabilité est le fondement de l’usage du pouvoir, des ressources et du savoir. À partir de ce point de vue, les valeurs coraniques de justice, de bienfaisance, de dignité humaine et d’interdiction de la corruption peuvent constituer un cadre moral général qui oriente l’action sociale, politique et économique, sans pour autant remplacer la recherche scientifique, la législation ou les politiques publiques. Construire une société plus juste implique que ces valeurs deviennent partie intégrante de la pratique quotidienne: à l’école, à l’université, dans l’administration, la justice, les entreprises et les médias, afin que la justice ne reste pas un texte figé et que l’hommage à l’homme ne se réduise pas à un slogan détaché de la réalité.

Le cœur de la réforme consiste à passer de la foi en les valeurs à leur mise en œuvre, de la condamnation de la corruption à la construction d’institutions qui la circonscrivent, et du discours sur la dignité de l’homme à la protection concrète de ses droits. Voilà le chemin que doit parcourir tout projet intellectuel qui veut réellement impacter la société: placer l’homme au centre du développement et de son objectif, faire de la justice le socle des relations, faire de l’intégrité la condition de la confiance, et faire de la responsabilité le principe de la gestion des affaires publiques. La terre confiée à l’homme pour son édification ne peut être préservée uniquement par les ressources; il faut une conscience qui les utilise judicieusement, une justice qui empêche leur monopolisation, des institutions qui les protègent de la corruption, et des valeurs qui sauvegardent la dignité de l’homme et son droit à une vie sûre et digne.

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