Monopole de la représentation de la presse privée : où est le respect de la pluralité ?
Depuis 2020, un groupe de presse émergent représente la presse mauritanienne au sein des commissions du Fonds de soutien public aux médias, après la fin du système de rotation qui permettait à plusieurs organisations professionnelles de participer à la représentation. Le texte se poursuit ainsi…

Cependant, ce chiffre suscite de sérieuses interrogations quant à son fondement et à la méthodologie employée pour le calculer, d’autant que le groupe ne regroupe que cinq institutions réellement productrices, selon les données disponibles, tandis que la plupart des autres titres qui y sont affiliés se contentent de republier des contenus déjà diffusés, ne publient pas régulièrement, notamment au cours des deux dernières années. La question ne porte donc pas seulement sur le nombre d’institutions membres, mais sur le volume de leur production journalistique originale et régulière, ainsi que sur les critères qui permettent d’affirmer que cette production représente quatre cinquièmes de la production de la presse indépendante du pays. Une telle affirmation ne peut justifier un monopole de représentation que si elle repose sur des données claires et une méthodologie vérifiable; même en supposant sa précision, elle ne confère pas au groupe le droit d’occuper exclusivement la représentation et d’annuler la pluralité prévue par la Constitution.
**Qui représente réellement la presse imprimée?** Ces interrogations deviennent d’autant plus pressantes lorsqu’on examine la représentation de la presse imprimée. Le groupe qui bénéficie de cette représentation ne comprend, d’après les informations disponibles, que deux journaux: l’un en français, l’autre en arabe, tandis que les autres titres du groupe ne publient plus régulièrement, surtout depuis les deux dernières années. À l’inverse, d’autres regroupements professionnels rassemblent un plus grand nombre d’institutions, dont certaines publient régulièrement des journaux en arabe et en français.
Cela soulève une question fondamentale: sur quelle base un groupe limité d’institutions productrices, dont les titres ne sont publiés que sporadiquement, obtient-il le droit exclusif de représenter la presse imprimée, alors que des organisations plus régulières sont exclues? Le simple nombre de titres ne suffit pas à mesurer le poids professionnel; de même, l’affirmation de représenter la majorité de la production journalistique nécessite des critères clairs qui évaluent la production réelle et la régularité de la diffusion, au lieu de se contenter de l’appartenance à un groupe donné. **La pluralité syndicale n’est pas une exclusion** Le maintien de la représentation du même groupe dans les commissions du Fonds de soutien public aux médias exige de clarifier les bases selon lesquelles les représentants de la presse imprimée et électronique sont choisis, alors que d’autres institutions actives dans les deux domaines opèrent en dehors de ce groupe, et que des textes réglementaires définissent les catégories de représentation au sein de la commission.
L’enjeu n’est pas de remplacer un monopole par un autre, ni d’exclure un groupe au profit de groupes concurrents, mais d’assurer une représentation professionnelle équitable fondée sur des règles transparentes, qui reconnaît la diversité des organes et institutions de presse, leurs expériences et leurs volumes de production. Il appartient à l’opinion publique et à la communauté journalistique de connaître les critères qui justifient la limitation des couvertures présidentielles à deux journalistes appartenant à un seul groupe; comment le taux de 80 % évoqué par l’ancien ministre a‑t‑il été calculé? Sur quelle base ce groupe a‑t‑il obtenu la représentation de la presse imprimée et électronique dans les commissions du fonds?
Et pourquoi ne pas reconsidérer le mécanisme de rotation entre les organisations professionnelles remplissant les conditions, afin de garantir une distribution plus transparente des opportunités de représentation? Répondre à ces questions et publier des critères clairs pour la sélection des organisations participant aux couvertures officielles et leurs représentants dans les commissions renforcerait la confiance dans les institutions, protégerait la pluralité professionnelle et garantirait que la représentation ne devienne pas un privilège permanent détenu par une seule entité. La pluralité ne signifie pas l’exclusion d’un groupe, mais implique également que les autres ne soient pas marginalisés au profit d’un groupe particulier, et que des considérations non professionnelles—telles que la régionalité, le népotisme ou l’idéologie—ne remplacent pas des critères objectifs dans l’organisation du paysage journalistique.