Société·

Ouverture : quel est le sens de la décision du ministre de la Culture concernant la langue française ? / Bakari Gi

Le nouveau circulaire du ministre de la Culture, célèbre, qui impose l’arabe comme langue unique pour les correspondances administratives adressées à son bureau, a frappé l’élite d’un choc. Et, parallèlement au bruit suscité par cette décision contraire à l’esprit d’ouverture…

EM
El MouragebTraduit de l'arabe
Lire sur El Mourageb
Photo El Mourageb

D'après les sources officielles, le nouveau ministre de la Culture a publié une circulaire célèbre, imposant l’arabe comme unique langue des correspondances administratives adressées à son ministère, provoquant une onde de choc parmi l’élite. En plus du tumulte suscité par cette décision, qui contredit l’esprit d’ouverture et de pragmatisme que le gouvernement revendique, de nombreuses questions se posent. Comment en sommes‑nous arrivés là?

S’agit‑il d’une décision issue d’une consultation et d’une étude approfondies? Ses graves conséquences ont‑elles été évaluées, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays? Le ministre avait‑il besoin de créer cette polémique pour se faire remarquer?

N’a‑t‑il pas embarrassé le gouvernement avec ce coup médiatique, lui infligeant un mauvais service? A‑t‑il le droit d’interdire l’usage du français pour masquer ses lacunes linguistiques, créant ainsi une situation intenable et piétinant le droit de milliers de francophones, issus de notre système éducatif? Quoi qu’il en soit, cette décision ministérielle a remis la question de la langue de travail au premier plan.

C’est en réalité un sujet récurrent qui refait surface régulièrement dans les débats, que ce soit dans le secteur de l’éducation concernant la langue d’enseignement, ou dans l’administration. Il convient de rappeler que depuis l’indépendance du pays jusqu’à aujourd’hui, le français a occupé une place privilégiée au sein de l’administration et de l’armée. Cette situation n’a jamais plu à certaines « élites » arabes diplômées des instituts et universités égyptiens, syriens, irakiens et libyens… Elles ont ouvert une front: les cadres issus de ces filières, imprégnés d’idéologies nationalistes arabes importées, ont mené une campagne contre le français et les francophones, considérés à tort comme membres de la cinquième colonne impériale au service de l’Occident.

Ces nationalistes arabes radicaux, qui ont inondé notre système éducatif d’un arabisation de mauvaise qualité, ont réussi à s’infiltrer dans le système politique, administratif et sécuritaire, en occupant une grande partie des postes de décision. Ainsi, grâce à cette méthode coercitive, ils ont pu imposer leurs lois et leurs orientations au pays. Mais il fallait bien plus pour éradiquer totalement le français du pays et le faire disparaître de la carte.

La tâche s’est avérée bien plus difficile qu’ils ne l’imaginaient. En réalité, malgré la Constitution de 1991 qui fait de l’arabe la seule langue officielle, le français reste de fait une langue essentielle dans l’administration, l’armée et le secteur privé. Au niveau des organisations internationales actives en Mauritanie, c’est la langue de travail.

Au sein du ministère de l’Intérieur, le service bien connu RAC, qui assure la communication autour de toutes les activités de l’administration régionale, fonctionne en français. Dans toutes les administrations techniques, le français est utilisé. Même au parlement, la plupart de nos lois sont rédigées en français avant d’être traduites en arabe.

Historiquement, la plupart de nos responsables, pour se donner une certaine importance, insèrent des mots français lors des visites présidentielles ou ministérielles de terrain afin de paraître plus sérieux. Même le Premier ministre, qui n’est pas francophone, tombe dans ce piège. De plus, il arrive que le président de la République prononce un discours en français; il est francophone et se sent plus à l’aise lorsqu’il s’exprime en français.

C’est naturel. Les arguments qui soulignent l’importance du français sont innombrables. La politisation de la langue ne nous fait pas avancer.

Un ministre ou tout responsable qui se respecte doit maîtriser au moins le français et l’arabe. Il est temps de lever le voile sur la situation du français: c’est une langue qui fait partie de notre histoire, de notre patrimoine et de notre quotidien. *Bokari Ki*

PartagerWhatsAppFacebookX
Sur le même sujet