Mauritanie, de la formation de l’identité au conflit sur la définition de l’État / ذ. Al Salek Ould.
Mauritanie, de la formation de l’identité au conflit sur la définition de l’État 1. L’islam et l’arabisation : les racines de l’identité La Mauritanie moderne ne s’est pas formée dans le vide ; elle a été précédée de siècles d’interactions civilisationnelles, où la diffusion de l’islam a joué un rôle majeur, renforcée par l’influence arabe…

D'après les sources officielles, le Maroc revendiquait la Mauritanie dans le cadre de son concept d’unité territoriale, et la France était concernée par la défense de ces revendications et par la préservation de son influence dans la région, ainsi que par la protection des intérêts qu’elle avait liés à l’espace sénégalais et à l’Afrique de l’Ouest. Dans ce contexte, la notion d’entité mauritanienne a été présentée comme appartenant à l’Afrique, afin de contrer les exigences marocaines, tandis que la question fondamentale de l’identité de l’État et de sa position arabe restait en suspens. C’est là que réside le danger de ce moment fondateur: la question de l’entité politique a été tranchée avant que le fondement civilisationnel sur lequel repose l’État ne soit clairement défini.
Ainsi, au lieu que l’indépendance devienne l’occasion de redéfinir la Mauritanie à partir de son histoire, de la langue majoritaire de sa société et de son patrimoine islamique, un volet de la conception coloniale a continué à orienter le débat, la langue française et ses institutions restant présentes dans la structure du nouvel État. Le report de la décision sur l’identité n’était pas une simple question linguistique; il a laissé un vide politique et intellectuel que les courants ultérieurs se sont empressés de combler, chacun avec son propre point de départ et son propre projet. De ce vide, on peut comprendre une partie du conflit qui a ensuite émergé autour de l’arabe, de la référence civilisationnelle de l’État et des limites de l’appartenance nationale.
4. La gauche marxiste et le choc avec le projet arabe À la fin des années soixante, des courants de gauche et marxistes, influencés par les références internationales et les idées révolutionnaires importées, sont apparus et sont entrés en conflit avec le projet arabe incarné par Gamal Abdel Nasser. Selon mon analyse, le désaccord n’était pas seulement idéologique, il touchait également la place de l’arabité dans la construction de l’État et son projet civilisationnel.
5. L’islamisme et la paradoxale hostilité commune Des courants islamistes, dont certains étaient influencés par la pensée des Frères musulmans, ont ensuite émergé, portant une hostilité historique envers le nassérisme. Malgré le profond contraste entre la référence islamique et la référence marxiste, l’hostilité commune au projet nassérien a créé des intersections politiques entre des acteurs très différents dans leurs origines et leurs objectifs.
6. Le mouvement « Aflam » et le conflit sur l’identité de l’État Depuis l’apparition du mouvement « Aflam » en 1983, le conflit sur l’identité a pris une dimension plus directe, dépassant, à mon sens, la simple revendication de droits pour toucher la contestation du socle arabe de l’État et la place de la langue arabe dans sa structure. Il convient ici de distinguer la revendication légitime d’égalité et de droits, de la transformation d’une différence identitaire en un projet de redéfinition de l’État sur des bases qui contredisent son histoire arabo‑islamique.
7. Le fil conducteur et les risques d’élections incertaines face à la diversité des références Je perçois un fil politique régulateur qui relie ces courants: la gauche internationale, l’islamisme opposé au projet nassérien, et le nationalisme zanjien radical, lorsqu’ils se rejoignent dans la contestation du projet arabe et de l’identité arabo‑islamique de l’État. Ces courants ne forment pas une organisation unique, mais leur convergence sur ce point mérite lecture et analyse.
Le danger de cette convergence se multiplie lorsque les élections sont laissées ouvertes à l’inconnu, dans une société silencieuse, alors que le président de la République dispose de larges pouvoirs pour orienter l’État, commander les forces armées et gérer les crises. Le risque ne réside pas tant dans la simple circulation du pouvoir, mais dans la possibilité qu’un dirigeant porte un projet qui reconstitue l’identité de l’État, en l’absence d’un débat national sérieux sur les conséquences. Les élections n’exemptent pas la société de la responsabilité de la conscience quant à ses choix, et le silence ne protège pas l’État ni la discussion des fondements qui garantissent son unité et sa stabilité.
**Conclusion** Défendre l’identité arabo‑islamique de la Mauritanie ne signifie pas nier les droits de chaque composante de la société, tout comme l’égalité entre les citoyens ne nécessite pas l’effacement de l’identité historique de l’État ou sa réduction à un objet de négociation politique. Ce qui est requis, c’est un État juste qui préserve les droits, puise sa cohésion dans son histoire civilisationnelle, et comprend que laisser la question de l’identité sans décision ouvre la porte à des conflits qui pourraient dépasser les simples divergences politiques pour remodeler l’État lui‑même. **Professeur: Al‑Salk Ould Abah**