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Quel est le sens de la décision du ministre de la Culture concernant la langue française ? Le professeur : Bakari Ki

Le nouveau circulaire du ministre de la Culture, qui impose l’usage exclusif de l’arabe dans les correspondances administratives adressées à son bureau, a suscité un large débat parmi l’élite et leur est tombé dessus comme la foudre, ravivant ainsi un ancien débat sur le statut de …

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D'après les sources officielles, le nouveau décret du ministre de la Culture, qui impose l’usage exclusif de l’arabe dans les correspondances administratives adressées à son ministère, a suscité un vaste débat parmi les élites, qui ont été frappées comme par la foudre, et a ramené au premier plan une discussion ancienne sur la place du français dans l’administration mauritanienne. Au‑delà de la controverse engendrée par la décision, de nombreuses questions se posent: comment en sommes‑nous arrivés à ce stade? La décision a‑t‑elle été prise après une consultation et une étude approfondies?

Ses éventuelles répercussions ont‑elles été évaluées, tant au niveau interne qu’international? Le ministre avait‑il besoin de créer autant de remous dès le début de son mandat? La décision n’aurait‑elle pas dû simplement embarrasser le gouvernement et le placer devant un débat qui n’aurait pas nécessité d’être ouvert de cette façon?

Le texte soulève également la question de la pertinence de restreindre les correspondances à une seule langue dans une réalité administrative où les compétences et les origines linguistiques sont multiples, et de savoir si cette orientation repose sur les exigences du travail ou sur d’autres considérations. Quoi qu’il en soit, la décision a ramené la question de la langue de travail au premier plan, un sujet qui se renouvelle constamment, que ce soit dans le débat sur la langue d’enseignement ou dans la pratique administrative. Depuis l’indépendance, le français occupe une place importante dans l’administration et l’armée, une situation qui n’a pas toujours été acceptée par certaines élites arabes diplômées d’universités et d’instituts en Égypte, en Syrie, en Irak, en Libye et ailleurs.

Des courants influencés par le nationalisme arabe ont adopté des positions très dures à l’égard du français et de ses locuteurs, allant parfois jusqu’à les considérer comme une extension de l’influence occidentale. En contrepartie, les politiques d’arabisation, appliquées à différentes étapes et accompagnées de contraintes et de dysfonctionnements dans leur mise en œuvre, ont approfondi la division autour de la question linguistique. Ces courants ont pu influencer les institutions de l’État et les centres de décision, mais la réduction de la présence du français n’a pas été une tâche aisée, comme l’expérience l’a montré.

Bien que la Constitution de 1991 stipule que l’arabe est la langue officielle du pays, le français reste fortement présent dans plusieurs secteurs de l’administration, de l’armée, du parlement et du secteur privé, ainsi que comme langue de travail et de communication dans de nombreuses organisations internationales opérant en Mauritanie. Cette dualité se manifeste dans certaines directions techniques et dans les services chargés du suivi des activités de l’administration régionale, ainsi que dans la rédaction de certains textes juridiques et administratifs avant leur traduction en arabe. Elle ne se limite pas aux documents officiels; certains responsables utilisent des mots et des expressions françaises lors de visites de terrain et de rencontres officielles, parfois pour donner un ton professionnel à leurs propos.

De même, certains hauts fonctionnaires emploient le français dans leurs discours, ce qui peut s’expliquer par leurs antécédents linguistiques et le public visé. Les traces de la présence du français dans la vie publique sont nombreuses, mais son invocation ne doit pas devenir une remise en cause de la place de l’arabe ni justifier son exclusion de l’administration. L’arabe est la langue officielle, il lui revient le droit d’occuper la place que la Constitution lui attribue et de se développer dans les transactions et les documents administratifs.

En revanche, politiser la langue et la transformer en champ de lutte idéologique ne sert pas l’intérêt national. Il ne s’agit pas d’imposer une langue au détriment d’une autre, ni d’exclure une catégorie de citoyens en raison de leur formation linguistique, mais d’établir une politique claire et équilibrée qui renforce l’usage de l’arabe, tout en tenant compte de la réalité administrative et de ses besoins, et qui assure la formation et la traduction nécessaires. Dans cette optique, la maîtrise de l’arabe et du français, ainsi que d’autres langues selon la nature des missions, doit être un facteur d’amélioration de la compétence professionnelle, et non un critère d’exclusion ou un moyen de compétition politique.

Il est temps de trancher le débat sur le statut du français à travers une discussion institutionnelle calme, qui définisse la place de l’arabe et les moyens de développer son usage, tout en abordant de façon réaliste la présence historique et pratique du français en Mauritanie. La question n’est pas, au fond, un conflit entre langues, mais une recherche d’une administration plus efficace, respectueuse de la Constitution, répondant aux besoins des citoyens et tirant parti de la diversité des compétences linguistiques au service du pays.

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