L’influence de l’imam Al‑Ghazali sur la pensée occidentale / Ibrahim Abu Awad
Ibrahim Abu Awad / écrivain jordanien On ne peut pas parler de l’influence d’Imam al‑Ghazzâlî (450 AH – 505 AH / 1058 ap. J.-C. – 1111 ap. J.-C.) sur la pensée occidentale sans aborder deux questions fondamentales. La première question : comment un philosophe musulman ayant vécu…

Il ressort que ces mêmes problématiques occupaient également les penseurs chrétiens et juifs au Moyen Âge, bien que les réponses varient selon les écoles de pensée et les contextes historiques. Les idées islamiques ne sont pas parvenues à l’Europe médiévale par une seule voie, et leur transmission ne résulte pas d’un contact direct et permanent entre intellectuels de deux cultures différentes. Le mouvement de traduction de l’arabe vers le latin a contribué à transférer des œuvres philosophiques et scientifiques vers les milieux européens, et Tolède, au XIIᵉ siècle, est devenue un centre majeur de cette activité.
Les livres traduits permettaient aux lecteurs européens d’accéder à un patrimoine philosophique né de l’interaction entre la pensée grecque et les interprétations de philosophes musulmans, puis développé au sein même des écoles islamiques. Dans ce contexte, Al‑Ghazzâlî est entré dans la culture latine grâce à la traduction de son ouvrage *Maqâsid al‑Falasifa* (Les objectifs des philosophes), qui a circulé dans les milieux scientifiques européens au Moyen Âge et a continué d’attirer l’attention à des époques ultérieures. Mais l’histoire de cet ouvrage recèle un détail important qui montre comment le sens d’une œuvre intellectuelle peut changer lorsqu’elle passe d’une langue à une autre.
Dans *Maqâsid al‑Falasifa*, Al‑Ghazzâlî expose de façon organisée les opinions des philosophes en logique, en physique et en théologie, avec pour but de préparer la critique de ces positions dans son livre *Tahâfut al‑Falasifa* (Le renversement des philosophes). Cependant, la traduction latine n’a pas clairement rendu toutes les références qui indiquent la nature de cet ouvrage et son rapport à la position critique de l’auteur. Ainsi, plusieurs penseurs européens ont lu le livre comme une exposition de la doctrine d’Al‑Ghazzâlî lui‑même, et non comme une simple présentation organisée des opinions des philosophes.
De ce fait, Al‑Ghazzâlî apparaît, dans une partie du patrimoine latin, comme un commentateur de la philosophie d’Aristote, telle qu’elle a été transmise via Ibn Sina, alors que son image intellectuelle dans le monde islamique était bien plus complexe. Il était à la fois étudiant de la philosophie, critique de certains de ses résultats, théologien défendant des conceptions religieuses précises, et penseur explorant les limites du savoir et les voies d’accès à la certitude. Cette paradoxe n’est pas un détail secondaire de l’histoire de la traduction; elle montre que le transfert d’un livre ne garantit pas le transfert complet des intentions de ses auteurs.
Le texte traduit peut conserver les informations et les arguments, mais il perd une partie du contexte qui détermine leur interprétation. Il peut ainsi attribuer à l’auteur une position qu’il n’adopte pas, ou faire comprendre ses opinions à travers une classification intellectuelle à laquelle il n’appartenait pas à l’origine. Néanmoins, la lecture européenne d’Al‑Ghazzâlî n’a pas été dénuée de valeur malgré cette ambiguïté.
Son ouvrage a contribué à faire connaître aux lecteurs latins les recherches en logique et en philosophie qui se sont développées dans le monde islamique. Lorsque l’on parle de la pensée occidentale au Moyen Âge, on évoque un univers intellectuel où les universités prenaient forme, et où la relation entre la philosophie chrétienne et l’héritage d’Aristote faisait l’objet d’un large débat. Les penseurs européens se confrontaient à des questions concernant la réconciliation possible entre foi et démonstration, la compréhension de la nature et du monde, les limites du savoir humain, ainsi que le rapport entre ce qui peut être prouvé par la raison et ce que la doctrine religieuse affirme.
Ces questions n’étaient pas nouvelles pour Al‑Ghazzâlî, même si leurs formulations et leurs cadres religieux différaient. Il a également vécu dans un environnement où l’interaction entre religion et philosophie était source de controverses, et il a dû préciser sa position vis‑à‑vis des sciences philosophiques, en expliquant ce qu’il percevait comme une contradiction entre certaines opinions et les exigences de la doctrine islamique. La logique que Ghazâlî a abordée n’était pas exclusive à une école religieuse, et les questions relatives à la validité du raisonnement conservent leur importance même lorsque la langue de discussion change.
De même, la présentation structurée des courants philosophiques rend le texte utile, même pour le lecteur qui n’est pas d’accord avec l’auteur sur tous les résultats obtenus. Plusieurs penseurs européens ont connu le livre *Maqâsid al‑Fâlisî* et il est devenu une partie du savoir dont ils disposaient sur la philosophie qui s’est développée dans le monde islamique, lecture qui s’est poursuivie pendant des siècles et qui a fourni certaines informations sur lesquelles se sont appuyés de grands savants, parmi eux Albert le Grand (1200‑1280), le plus grand théologien et philosophe allemand du Moyen Âge, et son élève Thomas d’Aquin (1225‑1274), dans le cadre de leurs études de la philosophie arabe. Il faut toutefois distinguer l’usage du livre comme source de connaissance de son adoption par son auteur comme référence définitive en philosophie.
Un philosophe peut s’inspirer d’un ouvrage pour expliquer une théorie ou exposer un argument, puis s’y opposer dans ses conclusions. L’impact du livre dans la transmission d’informations ou la définition de termes peut être plus important que son influence sur la position philosophique elle‑même. Cette distinction est essentielle lorsqu’on parle de Ghazâlî et d’Aquin.
Le fait que les œuvres de Ghazâlî figurent parmi les textes connus des philosophes de la tradition latine ne signifie pas que la philosophie d’Aquin découle de ses idées, ni que la position d’Aquin sur la relation entre raison et foi reproduit celle de Ghazâlî. Chacun possède son propre contexte religieux, ses sources philosophiques et ses problèmes spécifiques. Cependant, l’étude du contexte dans lequel travaillait Al‑Kawini oblige à reconnaître que la philosophie européenne médiévale ne s’est pas développée en isolement par rapport à la production intellectuelle née hors de l’Europe latine.
L’héritage arabo‑islamique était l’un des éléments majeurs de cet environnement, et son rôle ne se limitait pas à la simple transmission de la philosophie grecque telle quelle. Des philosophes musulmans ont reformulé ses problèmes, élaboré de nouveaux arguments, débattu leurs conclusions et proposé des conceptions qui sont elles‑mêmes devenues objets de traduction et de critique. Al‑Ghazâlî faisait partie de ce mouvement, tant lorsqu’il exposait les idées des philosophes que lorsqu’il les contestait.
Il a laissé une empreinte profonde et discrète dans le parcours de la philosophie occidentale moderne, notamment dans la fondation philosophique de René Descartes (1596‑1650). Son ouvrage « Al‑Munaqidh min al‑Dalâl » (Le Sauveur du Détour) constitue une étape décisive grâce à l’usage qu’il fait de la méthode du doute méthodologique pour atteindre la vérité certaine, un même chemin que Descartes a suivi littéralement dans ses célèbres « Méditations ». Al‑Ghazâlî s’est libéré des présupposés hérités, a mis en doute les sens et la raison jusqu’à atteindre la certitude absolue, ouvrant ainsi la voie à Descartes pour formuler sa célèbre maxime: « Je pense, donc je suis », ce qui reflète une influence historique et intellectuelle profonde, soulignant l’unité de l’effort humain dans la quête d’une certitude pure, loin des chaînes de la tradition.
Parmi les questions qui ont rendu Al‑Ghazâlî incontournable dans les comparaisons entre pensée islamique et pensée occidentale figure la relation entre raison et foi. Il a refusé que l’appartenance à une communauté religieuse ou l’adoption d’une opinion courante remplacent l’examen critique, tout comme il a rejeté de traiter chaque affirmation philosophique comme une vérité simplement parce qu’elle est formulée sous forme de démonstration. La solution qu’il propose ne repose pas sur l’abandon de la raison, mais sur la reconnaissance de ses fonctions et de ses limites, ainsi que sur la distinction entre les différents domaines du savoir.
La logique, selon lui, est un outil utile pour réguler le raisonnement, mais elle ne rend pas toutes les questions susceptibles d’être prouvées de la même manière. L’héritage qui est parvenu à l’Europe comprenait des courants variés: certains défendaient la possibilité de concilier raison et révélation, d’autres reconsidéraient le degré d’indépendance de la philosophie vis‑à‑vis de la théologie, et d’autres encore utilisaient la critique philosophique comme moyen de défendre la foi. Dans ce contexte, les œuvres d’Al‑Ghazzâlî offrent un matériau dont on peut tirer profit ou contre‑argumenter, selon la nature de la question abordée par chaque penseur.
Mais il faut garder à l’esprit que la similarité des questions n’annule pas la différence des réponses. Al‑Ghazzâlî ne cherchait pas à fonder une philosophie laïque au sens moderne, et son projet n’était pas de séparer la connaissance de la religion; il voulait parvenir à une compréhension qu’il jugeait correcte de la religion, tout en examinant les méthodes que l’homme peut employer pour rechercher la vérité. En examinant l’histoire de la réception d’Al‑Ghazzâlî en Occident, on peut distinguer trois niveaux d’influence: **Premier niveau:** l’influence textuelle directe, qui se manifeste par la traduction de ses œuvres en latin et leur lecture dans les milieux intellectuels européens.
Ce niveau est le plus visible historiquement, car il permet de suivre le livre traduit, le nom sous lequel l’auteur est connu et les cercles qui l’ont diffusé. L’ouvrage *Maqâsid al‑Fâlisîna* a notamment contribué à faire connaître aux lecteurs latins certains aspects de la philosophie arabe, même si leur compréhension a parfois été affectée par l’absence de références expliquant la nature du livre et l’intention de son auteur. **Deuxième niveau:** l’influence qui se transmet à travers les débats philosophiques interconnectés.
Les idées d’Al‑Ghazzâlī ont pénétré un dialogue avec celles d’autres philosophes, et des réponses à ses critiques sont apparues dans les œuvres d’Ibn‑Rashd le petit‑fils (520 h – 595 h / 1126 ap. J‑C – 1198 ap. J‑C).
De même, les débats de la philosophie islamique ont été transmis à l’Europe par de multiples auteurs, mais prouver qu’une idée précise a atteint un philosophe occidental par ce chemin nécessite des preuves historiques; il n’est pas valable de l’affirmer uniquement sur la base de similitudes. **Niveau 3: la présence comparée dans l’histoire de la philosophie** À ce niveau, le chercheur peut comparer Al‑Ghazzâlī à Descartes sur le problème de la certitude, ou Al‑Ghazzâlī à David Hume (1711‑1776) sur la causalité, ou encore l’approche d’Al‑Ghazzâlī de l’éthique avec certaines tendances occidentales de formation du caractère. Ce dernier niveau est particulièrement important dans les études contemporaines, car il permet de lire Al‑Ghazzâlī hors des limites étroites de l’histoire interne de la pensée islamique, sans perdre sa spécificité historique.
Il n’est pas seulement une figure religieuse étudiée pour comprendre l’évolution de la théologie et du soufisme, ni un nom passager à ajouter à la liste des philosophes qui ont précédé les penseurs européens et les ont influencés. Il s’agit d’un projet relativement complet, où se rencontrent théorie de la connaissance, critique philosophique, éducation morale et recherche de la certitude. Al‑Ghazzâlī a réellement été présent dans l’histoire de la lecture philosophique européenne au Moyen Âge, et son ouvrage *Maqâsid al‑Falasifa* fait partie des textes qui ont contribué à la transmission du savoir de la philosophie islamique vers le latin.
Al‑Ghazzâlī a précédé Descartes sur le thème du doute méthodologique et a anticipé Hume sur la causalité. Son analyse de la connaissance, sa critique des arguments, son étude de la relation entre raison et foi, ainsi que sa révision des motivations humaines suffisent à le placer parmi les grands philosophes de l’histoire, et à rendre ses œuvres dignes d’étude dans un contexte mondial. Al‑Ghazzâlî a vécu au sein de traditions épistémologiques bien définies et s’est consacré à des questions liées à la religion, à la philosophie, à la certitude et à la morale.
Il a étudié les opinions des philosophes avant de les critiquer, a employé la logique tout en conservant une attitude critique quant aux limites du raisonnement, et a traversé une expérience personnelle et intellectuelle qui l’a poussé à reconsidérer la nature du savoir qu’il recherchait. Ces aspects ne font pas de lui une simple version précoce d’un philosophe occidental, mais lui confèrent une place particulière dans l’histoire de la pensée humaine. Ce qui mérite le plus d’attention dans l’expérience d’Al‑Ghazzâlî, c’est qu’il ne s’est pas limité à interroger la validité des idées, mais s’est également préoccupé de l’état de l’homme qui les recherche.
Il a compris que connaître l’argument ne signifie pas nécessairement posséder la certitude, que la capacité de raisonner ne résout pas tous les problèmes rencontrés par l’homme, et que la réforme du comportement ne s’accomplit pas simplement par la mémorisation des règles morales. Dans son projet, il a ainsi conjugué l’examen du savoir et la révision de l’âme, sans que l’un ne dissolve l’autre. La valeur d’Al‑Ghazzâlî pour la pensée occidentale ne réside pas dans le fait qu’il offre une histoire simple d’un penseur musulman antérieur à l’Occident, mais dans le fait qu’il révèle une présence effective de la philosophie islamique dans l’histoire du savoir européen, ainsi que la capacité d’un penseur du XIᵉ siècle à traiter des questions qui sont restées un sujet de recherche et de débat pendant des siècles après son époque.
Voici une comparaison rapide entre l’imam Al‑Ghazzâlî et les trente plus grands philosophes et penseurs occidentaux qui l’ont suivi: 1. Le philosophe dominicain et prêtre catholique Thomas d’Aquin (1225‑1274). Al‑Ghazzâlî l’a précédé dans la conciliation entre philosophie rationnelle et doctrine religieuse, en montrant que l’esprit humain est un outil limité qui ne peut, à lui seul, appréhender les grandes vérités de la foi sans la guidance de la révélation divine.
2. Le philosophe italien Nicolas Machiavel (1469‑1527). Le savant al-Ghazâlî l’a précédé dans l’étude de la réalité politique, du comportement des dirigeants, de l’analyse des mécanismes du pouvoir et du conseil politique.
3 – Le philosophe et réformateur allemand Martin Luther (1483‑1546). Al‑Ghazâlî l’a précédé dans la critique de la stagnation intellectuelle, de l’imitation aveugle des institutions religieuses et dans l’appel à libérer la raison de l’autorité du patrimoine traditionnel, afin de revitaliser l’essence d’une foi pure, de revenir aux sources de la certitude, posant ainsi les premières pierres d’une révolution épistémique qui a précédé la Renaissance européenne. 4 – Le philosophe anglais Francis Bacon (1561‑1626).
Al‑Ghazâlî l’a précédé dans sa critique acerbe des méthodes de raisonnement stériles, dans l’appel au doute scientifique, à la méthode expérimentale dépouillée, à la lutte contre les idées héritées et l’imitation aveugle, afin de purifier la raison des illusionnismes et d’atteindre la vérité abstraite ainsi que les connaissances certaines et correctes. 5 – Le philosophe anglais Thomas Hobbes (1588‑1679). Al‑Ghazâlî l’a précédé dans l’établissement du « contrat social », en montrant la nécessité d’une autorité dirigeante forte pour préserver l’ordre, empêcher le chaos et prévenir les conflits entre les hommes, en étudiant les natures humaines et en fondant les théories du pouvoir, de la politique et de la morale ainsi que leur lien avec la régulation des instincts humains et la sauvegarde de l’ordre social.
6 – Le philosophe français René Descartes (1596‑1650). Al‑Ghazâlî l’a précédé dans l’adoption du doute méthodique comme voie d’accès à la certitude absolue, en dépouillant les sens et l’esprit de toute confiance absolue jusqu’à atteindre la vérité immuable. 7 – Le philosophe et physicien français Blaise Pascal (1623‑1662).
Al‑Ghazâlî l’a précédé dans la démonstration de l’incapacité de la raison humaine absolue à saisir les vérités divines par elle‑seule, appelant à une foi fondée sur l’expérience du cœur et de la sensibilité, et non uniquement sur les preuves logiques. 8 – Le philosophe néerlandais Baruch Spinoza (1632‑1677). L’imam Al-Ghazâlî a précédé la déconstruction et la réfutation de l’idée philosophique de « l’unité de l’existence », en en discutant les fondements et le danger doctrinal dans ses écrits, avant que Spinoza ne l’adopte dans son système philosophique.
Le philosophe anglais John Locke (1632‑1704) a été précédé par l’imam Al-Ghazâlî qui affirmait que l’esprit humain naît comme une page blanche, dépourvue d’idées préimprimées ou de connaissances innées, et que l’acquisition du savoir et de la connaissance se fait exclusivement par les sens et l’expérience. Le philosophe allemand Gottfried Leibniz (1646‑1716) a été précédé par l’imam Al-Ghazâlî qui soutenait que ce monde créé par Allah est le meilleur des mondes possibles, le plus complet en sagesse et en organisation, où règne la justice divine et la gestion parfaite, dont on ne peut concevoir rien de plus créatif ou meilleur. Le philosophe allemand Christian Wolff (1679‑1754) a été précédé par l’imam Al-Ghazâlî dans l’établissement d’une méthode de classification rigoureuse des sciences fondée sur la démonstration logique et une structuration rationnelle, distinguant clairement les domaines du savoir religieux et philosophique, et affirmant l’intégration de la raison et de la preuve au sein d’un même système de connaissance cohérent.
Le philosophe et clerc irlandais George Berkeley (1685‑1753) a été précédé par l’imam Al-Ghazâlî dans la dépouillement de la matière, affirmant que la véritable existence des réalités visibles dépend de la volonté divine et de la gestion continue du Créateur de l’univers, que les choses matérielles n’ont pas d’existence autonome indépendante, et que leur vérité est liée à leur condition d’informations et de connaissances détenues par Allah, qui les maintient par son existence éternelle. Le philosophe écossais David Hume (1711‑1776) a été précédé par l’imam Al-Ghazâlî dans la critique du principe de causalité, soulignant que la répétition apparente des événements ne signifie pas nécessairement l’existence d’un lien de cause à effet obligatoire entre eux, mais constitue simplement une habitude mentale. Le philosophe suisse Jean‑Jacques Rousseau (1712‑1778) a également été précédé par l’imam Al-Ghazâlî.
L’imam Al-Ghazâlî a précédé les philosophes en sanctifiant la nature humaine pure, en avertissant des effets néfastes de la dégradation de l’environnement, de la société et des conventions sur la déviation de l’enfance et de la nature innée de l’homme, et en affirmant que le bien de la communauté humaine commence par l’éducation morale des individus et la purification des âmes, soulignant que la nature saine constitue le fondement de la rectification du comportement humain avant l’élaboration des lois et des systèmes sociaux. Le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724‑1804) a été précédé par l’imam Al-Ghazâlî dans la démonstration de l’incapacité de la raison humaine à appréhender les vérités divines et purement métaphysiques, affirmant que la connaissance humaine se limite aux phénomènes perceptibles et possède des frontières qu’elle ne peut franchir. Le philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1788‑1860) a été précédé par l’imam Al-Ghazâlî dans l’exposé du fait que la réalité du monde matériel est une apparence illusoire et trompeuse, qui masque la grande vérité qui se trouve derrière, appelant à la renonciation aux désirs mondains et à la libération de l’âme des chaînes des désirs matériels afin d’atteindre la quiétude spirituelle.
Cela montre que la vision musulmane de la fausseté des apparences matérielles a précédé la prise de conscience des philosophes occidentaux modernes. Le philosophe français Auguste Comte (1798‑1857) a été précédé par l’imam Al-Ghazâlî dans la classification des types de connaissances humaines et la division des sciences théoriques et pratiques selon leur importance dans la vie de l’homme et leur utilité sociétale, affirmant que les sciences sont étroitement liées aux objectifs de l’homme et à son bonheur dans ce monde et dans l’au-delà. Le philosophe anglais John Stuart Mill (1806‑1873) a été précédé par l’imam Al-Ghazâlî dans la constatation que le critère de véracité des actions humaines et de leurs jugements moraux repose sur la recherche du bien et la prévention du mal pour la création, s’appuyant sur les objectifs de la charia qui visent à préserver les intérêts des humains avant l’émergence des théories utilitaristes modernes.
Le philosophe danois Søren Kierkegaard (1813‑1855) a également été précédé par l’imam Al-Ghazâlî. L’imam Al-Ghazâlî a précédé l’expérience du malaise existentiel qui ébranle la certitude de la raison et la fiabilité des sens, ainsi que la conclusion selon laquelle le salut de cette confusion ne s’obtient pas par des démonstrations philosophiques, mais par un « saut de foi » courageux par lequel l’individu franchit le chemin vers la certitude du cœur pur. 20 — le philosophe allemand Karl Marx (1818‑1883).
Il a précédé l’imam Al-Ghazâlî dans la critique de l’aliénation humaine liée à l’attachement excessif à l’argent, lorsqu’il a montré que l’avidité de l’homme et sa soumission à la matière le rendent prisonnier de ce qu’il possède. 21 — le philosophe américain William James (1842‑1910). Il a précédé l’imam Al-Ghazâlî dans l’étude de la « psychologie expérimentale de la foi », l’analyse des états psychiques et émotionnels ainsi que des luttes du cœur humain avec une précision remarquable, en adoptant une méthode pratique et empirique, et en démontrant que la véracité des idées religieuses et spirituelles se mesure à leurs fruits et à leurs effets psychologiques bénéfiques dans la vie de l’homme, et non uniquement par des arguments théoriques.
22 — le philosophe allemand Friedrich Nietzsche (1844‑1900). Il a précédé l’imam Al-Ghazâlî dans la critique de l’hypocrisie morale et sociale, et dans la révélation des concordances cachées des âmes, affirmant que de nombreux jugements moraux des gens proviennent de motivations psychologiques dissimulées, telles que la recherche de prestige, les louanges et les intérêts personnels, et non d’un véritable engagement envers la vertu. 23 — le philosophe anglais Francis Herbert Bradley (1846‑1924).
Il a précédé l’imam Al-Ghazâlî dans la considération que le monde sensible et la raison apparente ne sont que des illusions contradictoires qui ne dévoilent pas la grande vérité, et que le monde sensible et la réalité empirique perdent leur autonomie, disparaissent et s’effritent devant la majesté absolue de la vérité divine. 24 — le philosophe allemand Edmund Husserl (1859‑1938). Le savant al-Ghazâlî l’a précédé dans l’adoption de la méthode du « commentaire des jugements », où les sens et les évidences de l’esprit sont placés sous le doute et l’interrogation temporaires, et où l’on se tourne vers la conscience pure afin d’atteindre la source de la certitude qui ne peut être remise en cause.
25 — le philosophe français Henri Bergson (1859‑1941). Il l’a précédé dans la démonstration que la connaissance suprême et la certitude absolue sont appréhendées par l’intuition du cœur et la révélation spirituelle, et non uniquement par l’analyse purement logique et rationnelle. 26 — le philosophe anglais Bertrand Russell (1872‑1970).
Il l’a précédé dans le démantèlement de la « fiabilité héritée », affirmant que l’acceptation des croyances sous l’impulsion des traditions collectives constitue un défaut cognitif qui empêche d’atteindre la vérité indépendante. 27 — le philosophe austro‑britannique Ludwig Wittgenstein (1889‑1951). Il l’a précédé dans la remise en cause des limites du langage et de l’incapacité des expressions humaines à saisir les faits absolus, affirmant que ce que le mot ne peut exprimer est perçu par le goût direct du cœur, et non par la parole: « qui goûte comprend, et qui comprend s’abreuve.
» 28 — le philosophe allemand Martin Heidegger (1889‑1976). Il l’a précédé dans la critique de l’« oubli existentiel », révélant tôt l’aliénation de l’homme lorsqu’il se perd dans les apparences matérielles et quotidiennes du monde, avertissant que cette négligence voile à la conscience la véritable existence originelle et son sens plus profond lié au principe divin absolu. 29 — le philosophe austro‑anglais Karl Popper (1902‑1994).
Il l’a précédé dans la reconnaissance du principe de « falsifiabilité » des connaissances humaines, affirmant que, aussi précise soit la raison humaine, elle reste sujette à l’illusion et à l’erreur tant qu’elle ne repose pas sur la lumière que Dieu projette dans le cœur, dépassant les limites du raisonnement expérimental et logique. 30 — le philosophe français Jean‑Paul Sartre (1905‑1980). L'imam Al-Ghazâlî l’a précédé dans l’analyse du concept de volonté humaine, de liberté et de choix, ainsi que de la responsabilité de l’individu vis‑à‑vis de ses actes et décisions, affirmant que c’est lui qui détermine son destin et sa morale par sa volonté libre et indépendante.
Le philosophe français Michel Foucault (1926‑1984) l’a précédé dans le démantèlement du pouvoir des discours et des institutions cognitives; il a montré, à travers sa critique des sectes et des écoles de pensée, comment la science et le discours religieux ou intellectuel peuvent parfois devenir des outils d’hégémonie, de prestige et de pratiques de justification.