Forum des communautés mauritaniennes… d’un engagement électoral à un engagement présidentiel qui fonde un nouveau partenariat.
Nouakchott se prépare à accueillir le premier forum des communautés mauritaniennes les 29, 30 et 31 octobre en cours, lors d’une étape politique et de développement tant attendue, conformément à l’engagement annoncé par Son Excellence le président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, et …

Selon les dernières statistiques de la Banque mondiale, les transferts financiers officiels enregistrés des Mauritaniens expatriés s’élèvent à environ 94,5 millions de dollars américains par an, soit plus de 1 % du PIB de la Mauritanie. Ce chiffre ne reflète que les flux via les canaux bancaires officiels; l’impact économique réel des diasporas est donc bien plus important. De là découle le rôle majeur que jouent ces diasporas dans le développement local et le soutien indirect aux efforts gouvernementaux, justifiant la résilience du peuple face aux multiples défis et crises structurelles, certains liés à nos problèmes internes, d’autres aux crises mondiales telles que la hausse des prix de l’énergie, les tensions géopolitiques et la fragilité de la structure de l’économie mondiale.
L’attention portée aux diasporas et l’activation de leur rôle ne sont plus un simple discours passager ou une promesse électorale, mais une priorité de développement imposée par les exigences de l’époque et les réalités du terrain. Cette nouvelle dynamique, qui se concrétisera dans quelques jours avec l’inauguration du forum par le président, doit se traduire en résultats concrets et à forte valeur ajoutée pour l’État d’une part, et pour les diasporas d’autre part. Cela ne pourra se réaliser qu’en exploitant cette présence, en tirant les meilleures visions et idées présentées lors des sessions et ateliers, en mobilisant une volonté nouvelle et innovante pour mettre en œuvre ces résultats, en les alignant sur les besoins du développement national et en répondant aux attentes des diasporas.
Ainsi, l’importance du forum ne réside pas seulement dans le rassemblement des Mauritaniens expatriés, mais dans la tentative de redéfinir la place des diasporas dans le projet national. Cela nous amène à nous demander: sommes‑nous de simples citoyens de seconde zone vivant à l’étranger, dont la seule aspiration est d’obtenir des services consulaires, ou sommes‑nous des acteurs humains influents, un capital économique considérable, une profondeur culturelle enracinée? Il apparaît alors clairement que les diasporas jouent un rôle crucial qui peut devenir l’un des principaux leviers du développement, d’autant plus qu’elles constituent aujourd’hui un réservoir électoral non négligeable, influençant les équilibres politiques et la démonstration de puissance.
Le plus grand défi du forum ne sera donc pas seulement son organisation ou le nombre de participants, mais les effets durables après ses trois jours. Ce résultat attendu nous conduit à nous interroger sur ce que le forum pourrait engendrer. Nous estimons qu’il doit devenir le point de départ d’une nouvelle phase, avec la création d’un mécanisme national permanent chargé des affaires des diasporas et du suivi de la mise en œuvre des résultats, accompagné de rapports annuels montrant les progrès réalisés.
Nous prévoyons également la mise en place d’une base de données nationale des compétences mauritaniennes à l’étranger, non pas uniquement pour recenser les noms, mais pour identifier les spécialités, les expertises, leurs localisations, et ouvrir des canaux pratiques afin de les mobiliser dans les universités, l’administration, le secteur privé et les projets nationaux. Sur le plan économique, notre discours d’investissement doit passer de la phase d’appel et d’attraction à celle de stimulation et d’intégration. L’investisseur mauritanien à l’étranger a besoin de procédures simplifiées, d’une fenêtre unique, d’informations précises, d’une protection juridique et d’incitations le convainquant que l’investissement dans son pays d’origine est une vraie opportunité, et non une aventure risquée.
Nous souhaitons également intégrer les Mauritaniens de l’étranger en leur accordant des incitations (par exemple des parcelles de terrain) comme leurs homologues résidant dans le pays, ainsi que des facilités de crédit et de financement. Dans le domaine des services consulaires, nous attendons que ces services s’adaptent aux évolutions technologiques, permettant aux citoyens à l’étranger d’accomplir le maximum de leurs démarches à distance. À ce titre, nous saluons le lancement de l’application « Houti », qui a résolu de nombreux problèmes des diasporas.
Pour éviter que les diasporas restent des structures fermées, il faut leur ouvrir davantage l’accès, notamment aux jeunes, aux femmes et aux cadres, et encourager les initiatives culturelles, scientifiques et économiques qui relient les Mauritaniens de l’étranger à leur patrie. Sur le plan culturel et diplomatique, nous prévoyons l’ouverture d’une nouvelle fenêtre permettant aux diasporas de jouer un rôle plus important dans la promotion de la Mauritanie, la défense de ses intérêts et la construction de ponts avec les sociétés d’accueil, afin qu’elles remplissent, dans la mesure du possible, leur fonction de « ambassadrice culturelle ». Ainsi, j’invite le ministère des Affaires étrangères à activer la diplomatie culturelle et à créer des centres culturels qui diffusent la culture mauritanienne.
À cet effet, je demande le soutien du ministère pour le centre culturel mauritanien Azlay au Qatar et dans la région du Golfe en général, compte tenu de son activité remarquable au service de la culture du pays et de la diaspora, faisant de lui un exemple de succès méritant encouragement et valorisation. Nous sommes heureux que le ministre de la Culture, porte‑parole du gouvernement, partage cette préoccupation, tout comme le ministre des Affaires étrangères, le secrétaire général du ministère et l’équipe de la direction générale des Mauritaniens à l’étranger du ministère des Affaires étrangères, qui partagent les mêmes aspirations culturelles. Si nous parvenons à réaliser ces résultats, le forum des diasporas ne sera plus une simple initiative de propagande politique, mais le point de départ d’un plan d’action étudié et d’une stratégie nationale intégrée à l’égard des Mauritaniens de l’étranger.
Le véritable succès ne résidera pas dans le nombre de participants ou de recommandations, mais dans la capacité de l’État et des diasporas à transformer ces recommandations en projets concrets et exécutables. Si le forum atteint ces objectifs, il constituera l’un des principaux aboutissements de cette phase, car il ne s’agira pas simplement d’un accomplissement d’une promesse électorale, mais d’une avancée vers la construction d’une nouvelle relation entre la Mauritanie et ses enfants à l’étranger, fondée sur la confiance, le partenariat et l’intérêt mutuel. Nous pourrons alors répondre à la question fondamentale: comment transformer ce réservoir de compétences mauritaniennes à l’étranger en une force nationale au service du pays, redéfinir la patrie et rehausser son statut de terre d’accueil qui attire et soutient ses enfants dans un cadre institutionnel basé sur le partenariat et le bénéfice réciproque.
Sidi Mohamed Ould Bakay, expert médiatique.