Culture·

Entretien sur le poète Hassani : Gharz Ould Belghali El Dlimi

Revenons à l’introduction : la recherche dans le domaine de la poésie hassania ou poésie hassane, ou « laghn », en est encore à ses débuts, et ses problèmes les plus profonds à ce jour résident dans : 1. L’attribution des textes à leurs auteurs réels en raison de l’ancienneté de la période…

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Il ressort que déterminer le nombre de mètres de cette poésie, selon des critères de classification divergents: du rapprochement des syllabes et de leur lieu, à l’absence de ce rapprochement, en passant par la division, la ponctuation, la rime, les suites narratives, jusqu’à la formation de « bet‑tīn ». 3. Fixer les dates des débuts connus de son apparition locale, en raison du manque de documentation et du recours à des récits oraux contradictoires ou parallèles.

4. Démêler les terminologies qui lui sont appliquées: poésie hassane, poésie hassania, lagn, innovations, versification, littérature populaire. 5.

Élaborer les outils et les méthodes critiques appropriés pour étudier le spectre artistique, esthétique et formel de cette poésie, et en extraire les sources de créativité et de maîtrise stylistique. 6. Identifier les prémices historiques précises en recoupant indices, textes et contenus dont les auteurs sont inconnus, ou dont les noms ne sont connus que grâce à des indices ou des anecdotes: par exemple des noms de personnes identifiables et les périodes de leur vie partiellement éclairées, afin d’estimer approximativement quand ces poètes ou ces personnages ont vécu; ainsi que certaines traces linguistiques révélant la sédimentation progressive de la hassania dans le milieu d’accueil.

Pour rappel, j’ai tenté, au cours de mon expérience – ni d’une habileté exceptionnelle, ni prétendant en avoir – de contribuer, depuis longtemps, à la résolution de ces problèmes chroniques, épineux et divers, dans le cadre d’un intérêt plus large pour le phénomène culturel de la communauté hassania du Sahara occidental, au sein de mes recherches anthropologiques, afin de découvrir les structures mentales et organisationnelles profondes de la société, ainsi que les déterminants de sa conscience collective et de son intellect actif. Cette contribution s’est appuyée sur la mémoire conservée selon la tradition orale, et sur tout ce que j’ai pu recueillir dans la région sans me limiter à une source unique, ni à un seul point de vue, car le phénomène social se précise davantage lorsqu’on parvient à le généraliser à l’ensemble du champ étudié, même si une couverture exhaustive reste difficile. Ces questions restent d’actualité, de façon croissante en général et plus particulièrement concernant la poésie hassania.

Quarante années de recherche intensive m’ont permis de dégager quelques conclusions que les lecteurs et les chercheurs connaissent déjà. J’ai toujours accueilli avec plaisir toute observation, tout complément utile, ou toute critique constructive de ces conclusions, tant qu’elle ne contredit pas des faits que je connais ou des données que je conserve ou que je publie. À ce propos, je reviens ici à l’une de ces grandes questions afin de compléter certaines de mes précédentes remarques, et d’attirer l’attention sur des arrière‑plans qui semblent nécessiter davantage d’éclaircissements, de précisions et de fondements méthodiques, notamment face aux commentaires de jeunes chercheurs enthousiastes à donner leur avis, avec une confiance et une réfutation que l’œil ne manque pas de remarquer, et des jugements qu’ils ont présentés comme définitifs, confirmant la validité de leurs positions.

J’illustre cela par un seul exemple concernant les objections à mon affirmation selon laquelle Gharz Ould Belghama al‑Dilimi figure parmi les premiers dont la mémoire collective a conservé des exemplaires de leurs textes, avec leurs noms et ceux de leurs élogistes. Comment cela? Premièrement: la manipulation: 1.

Je remarque d’emblée que la primauté et la postérité dans les phénomènes littéraires, artistiques et cognitifs ne sont pas des critères essentiels pour juger de la qualité ou de la médiocrité d’une assertion; de nombreux cas montrent que le suivant dépasse le précédent en profondeur et en niveaux. Il faut toutefois préserver la primauté du premier, son authenticité et son originalité, ainsi que la postérité pour sa maîtrise, son raffinement et son apport. 2.

Toute la poésie hassania, la musique, les contes, les légendes, les proverbes, les énigmes mauritaniennes et sahariennes du Bazzan restent majoritairement orales, très peu ont été consignés; elles relèvent donc du domaine des récits transmis oralement, l’écriture étant quasi inexistante, et la mémoire, qui depuis quelque temps commence à s’effacer, à s’oublier ou à disparaître. 3. Sur la base de ces données solides, les résultats et les déductions restent provisoires ou relatifs dans ce champ; si les conditions s’améliorent, ils deviennent plus fiables, plus approchés, et généralement approximatifs, car la documentation était quasi inexistante et demeure très limitée, ne dépassant qu’un échantillon représentatif.

Dans cette manipulation, je poursuivrai et soutiendrai certaines des conclusions approximatives précédemment avancées sur la poésie hassania, notamment ici le « lagn du poète connu », selon la tradition accompagnant les textes. À ce sujet, je répète, en m’appuyant sur les documents et indices disponibles concernant la poésie hassania: **Premièrement: « Aghn al‑Tulul »** Il existe ce que l’on appelle « Aghn al‑Tulul »; « al‑Tulul » est le pluriel hassania de « tulul », qui désigne les collines, expression de la poésie hassane née dans la région des déserts du Nord. Cette poésie se distingue de ce qui la précédait, la poésie chantée des Beni Hassan, par son ancrage dans la localisation géographique du Sahara occidental, en mentionnant des lieux, des noms de plantes et des repères locaux connus.

Ce qui la précédait était une littérature hilali ou salémienne, ou même une tradition orale. J’ai cité de multiples exemples dans des recherches publiées afin que les lecteurs puissent les consulter, ou dans des conférences que j’ai données. - La poésie hilali précède historiquement la poésie des Tulul.

Parmi les « Aghn al‑Tulul », on trouve le « bet al‑Wakdi » qui se compose d’une strophe de deux hémistiches avec un seul récit; un vers anonyme du « gâf »: « … Mahamoud a quitté la maison du groupe … » et un second exemple tiré du « bet al‑Kebir »: « Mouzin Naj‘ … la nuit s’étend… » (exemple complet omis pour concision). Les caractéristiques de ce « lagn » sont: - Il débute parfois par une ouverture « Mouzin ». - L’auteur est inconnu, son récit n’est pas rattaché à un poète identifié.

- La langue est un arabe pur, dépourvu d’emprunts sanhadjîs, sauf lorsqu’il s’agit de nommer des lieux, ce qui indique une origine antérieure aux influences linguistiques ultérieures. - Les lieux cités sont connus sous leurs noms locaux, confirmant son ancrage géographique. **Deuxièmement: « Après Aghn al‑Tulul »** Ce type se superpose à celui d’Aghn al‑Tulul, mais ne se distingue pas par la mention de lieux (qui apparaît dans tous les lagn ultérieurs).

Il se caractérise par: - L’auteur est identifié grâce à la narration qui accompagne le texte. - La langue se rapproche de notre dialecte post‑hassane, et non de notre dialecte actuel. - Le terme sanhadjî apparaît parfois, de façon rare, mêlé à l’arabe.

- Il reprend l’ouverture « Mouzin » héritée d’Aghn al‑Tulul. J’en donne deux exemples: - Le premier est attribué à *Al‑Ilah bint al‑Damis* selon les transmetteurs, entendu récemment de la part de *Bint Ahmidah* (deux femmes de la tribu des Sabaites). Le texte provient d’un « bet » attribué à *Asdirif al‑Wakdi*: « … le chaos s’installe… » (extrait complet omis).

- Le second texte, de *Rachid al‑Moulati al‑Dilimi* (décédé au deuxième siècle du calendrier hijri, selon al‑Shenafi dans une interview), provient d’un « bet » d’*Abou Imran*: « … la première strophe: … la deuxième strophe: … » (extraits détaillés omis). Ces deux textes ont été rapportés par trois autorités: le poète symbole *Ahmed Ould Abdelkader*, le juge *Ibrahim Ould Mawloud Ould Dadaah*, et le savant social *Mohamed Ould Mawloud Ould Dadaah* (Shenafi). **Conclusion sur Gharz Ould Belghama al‑Dilimi** Certains jeunes chercheurs ont finalement conclu, de façon catégorique, que « Gharz Ould Belghama » n’appartient pas à la première génération du lagn dont on connaît l’auteur; ils le placent plutôt aux XVIIIe/XIXe siècles, en se fondant sur le fait que le texte que j’ai cité dans une précédente publication ne serait pas forcément attribué à *Gharz Ould Abdullah*, car « Gharz » aurait, selon eux, omis de le nommer.

Je souhaite ici souligner plusieurs points qui confirment mon point de vue et mettent en garde contre la précipitation de certains de ces jeunes chercheurs, peut‑être de bonne foi: 1. Ce Gharz a été dédié à *Sire Ould Mohamed Ould Abdullah*; le poète a juré de le louer en enchaînant les lettres de l’alphabet jusqu’à en épuiser les vertus. 2.

Gharz a nommé son fils d’après ce prince lorsqu’il a atteint la trentaine, en lui offrant une chamelle comme gage. 3. Gharz a loué le prince *Sire Ould Mohamed Ould Abdullah*, qui était l’oncle de *Bakar al‑Ghoul Ould Aal Ould Mohamed Ould Abdullah al‑Barkani*, le mentionnant dans ses textes sous ce nom, contredisant ainsi l’affirmation de l’auteur de la rétractation; je citerai le passage où le nom du prince apparaît plus tard.

4. Pour situer approximativement la période de ce poète, il était l’oncle de *Bakar al‑Ghoul*, comme indiqué; Bakar était l’un des chefs de la faction « Sharbab », qui a pris fin au milieu des années 1770, et il était le père d’une femme mariée à *Ismaïl Sultan du Maroc* en 1678 ou 1680, selon une autre version. Il n’est donc pas exact, au vu des indices et des dates des personnages, d’affirmer que « Gharz Ould Belghama al‑Dilimi serait post‑XVIe siècle ».

Tous les indices confirment qu’il appartient aux premiers poètes de la hassania dont la mémoire collective a conservé les récits et les textes, comme nous le verrons dans une analyse ultérieure, avec trois textes bien documentés datant d’il y a plus de quarante ans, accompagnés d’enregistrements audio et d’écritures de témoins fiables, ou d’une documentation solide à leur sujet. Nous rappelons enfin que les documents constituent une preuve incontournable que tout chercheur sérieux ne peut ignorer. Nous ne les invoquons pas pour ternir la réputation de quiconque ni pour diminuer son mérite créatif; chacun a droit à la reconnaissance de son apport, qui est bien sûr préservé.

Cela, à condition de respecter les exigences scientifiques et les données objectives, jusqu’à ce que des documents et des indices indiscutables viennent les contredire, comme le font habituellement les chercheurs rigoureux qui nous ont précédés. La seconde partie de cette analyse sera présentée ultérieurement, afin de permettre un accès plus complet aux documents confirmés.

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