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Troisième sommet russo‑africain… L'Afrique repense‑t-elle sa place dans le système international ? / Idriss Ahmid

La troisième sommets russo‑africaine porte sur les possibilités de renforcer le partenariat entre Moscou et les pays africains dans un contexte de transformations rapides du système international et d’intensification de la concurrence pour les ressources du continent. Elle souligne l’importance d’investir les ressources naturelles…

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Selon les dernières informations, la Chine a élargi ses relations économiques avec le continent, tandis que la Russie cherche à renforcer sa présence politique, sécuritaire et économique, et les États-Unis et l’Europe œuvrent à protéger leurs intérêts et leur influence. Dans ce contexte, la croissance des relations commerciales russo‑africaines constitue un indicateur important. Le volume des échanges entre les deux parties serait passé d’environ 17,9 milliards de dollars en 2022 à près de 27,1 milliards de dollars en 2025, selon certaines estimations publiées, tandis que d’autres sources donnent des chiffres légèrement supérieurs.

Cette hausse témoigne de l’élargissement des liens, mais n’efface pas l’écart considérable entre le commerce russo‑africain et le commerce du continent avec la Chine ou l’Union européenne. Il ne faut donc pas que l’Afrique se réduise à un simple terrain de jeu pour les grandes puissances, mais qu’elle devienne un acteur capable d’utiliser cette concurrence à son avantage, en diversifiant ses partenariats, en attirant des investissements, en transférant des technologies et en développant l’industrie locale. La coopération avec la Russie, la Chine et le groupe BRICS peut élargir les options des pays africains, tout comme les relations avec l’Europe, les États-Unis et d’autres partenaires offrent des opportunités économiques et technologiques.

L’essentiel est que le continent ne remplace pas une dépendance par une autre, mais qu’il construise des relations fondées sur des intérêts mutuels et le respect de la souveraineté. **Le Sahel, le désert et la migration… crises interconnectées** Il est impossible de parler de l’avenir de l’Afrique sans aborder les enjeux sécuritaires, notamment dans la zone du Sahel et du désert, où des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger font face à des menaces terroristes, à des groupes armés et à l’instabilité politique. La Russie a renforcé sa coopération sécuritaire avec ces États alors que ses liens avec certaines puissances occidentales se sont détériorés.

Cependant, les expériences montrent que l’intervention militaire seule ne suffit pas à résoudre les crises; une sécurité durable nécessite un État efficace, l’éducation, les services, l’emploi et un développement local qui réduisent les causes de l’extrémisme et du conflit. Ces crises sont également liées au phénomène de la migration irrégulière, perçue par l’Europe surtout sous l’angle de la sécurité des frontières. Les racines de ce phénomène résident dans la pauvreté, le chômage, les conflits et le manque d’opportunités de vie décente.

L’Afrique ne doit pas à la fois exporter ses richesses et sa jeunesse, mais construire des économies capables d’absorber ses populations et de valoriser leurs énergies. L’investissement dans le capital humain africain n’est pas un dossier social séparé, mais une condition indispensable à la stabilité et au développement. **Union africaine… nécessité d’unifier la volonté** L’Union africaine constitue le cadre le plus important pour coordonner les positions et défendre les intérêts communs, mais elle fait face à des divergences politiques, des intérêts divergents et des conflits internes qui limitent sa capacité à agir comme une force unifiée.

Il faut toutefois développer l’Union et renforcer sa capacité à harmoniser les politiques économiques et sécuritaires, à élargir le commerce intra‑africain, à relier les économies du continent et à bâtir des partenariats collectifs plus efficaces avec les puissances internationales. L’Afrique a également besoin d’un rôle accru dans les institutions du système international, notamment au sein du Conseil de sécurité et des institutions financières mondiales. Un continent de plus de cinquante pays, doté de richesses et de capacités humaines considérables, mérite une représentation plus équitable qui reflète son poids réel.

La coordination avec la Russie, la Chine et le groupe BRICS peut ouvrir de nouvelles perspectives pour les États africains, mais la réussite de toute initiative collective dépendra de la capacité des Africains à dépasser leurs différends et à définir des priorités communes, et non simplement à se rapprocher de puissances extérieures. **Que peut‑elle accomplir le sommet?** L’importance réelle de la troisième sommets russo‑africaine repose sur les accords concrets qu’elle pourra concrétiser dans le commerce, l’investissement, l’énergie, l’agriculture, la sécurité alimentaire, l’industrie, la technologie, l’éducation, la santé et les infrastructures. Une hausse du commerce est une étape importante, mais elle ne suffit pas à elle seule.

Il faut que les relations se traduisent en projets productifs, en transferts technologiques, en formation de cadres, en développement de l’agriculture et de l’industrie, et en création d’emplois, afin de renforcer la capacité des États africains à compter sur leurs propres atouts. Il convient également d’évaluer la coopération sécuritaire à l’aune de son impact réel sur la stabilité, et non seulement à travers les accords et les déclarations. Le succès du partenariat se mesure à ce qu’il apporte à la vie des citoyens et à la capacité des États à faire face à leurs crises.

**L’Afrique face à une opportunité historique** Nous estimons que l’Afrique se trouve à un moment crucial pour redéfinir sa place dans le monde, dans un contexte de concurrence accrue pour ses ressources, ses marchés et son importance stratégique. Mais le succès ne résultera pas simplement du choix d’un partenaire international au détriment d’un autre; il dépendra d’une vision africaine indépendante capable de dialoguer avec tous les acteurs selon des intérêts mutuels. L’indépendance de la volonté ne signifie pas l’isolement ou le rejet de toute coopération extérieure, mais la capacité des États à prendre leurs propres décisions, à protéger leurs ressources, à fixer leurs priorités de développement, à investir dans le capital humain, à bâtir des institutions solides et à créer une économie productive.

La troisième sommets russo‑africaine peut constituer une étape importante dans ce processus, mais elle ne résoudra pas à elle seule les crises du continent. Le véritable combat commence à l’intérieur: construction de l’État, lutte contre la corruption, amélioration de l’éducation, résolution des conflits, unification des positions et transformation des richesses en développement. Ce n’est qu’alors que l’Afrique pourra passer d’un continent où les grandes puissances se disputent les ressources à une puissance internationale capable de participer à la rédaction du système mondial, de protéger ses intérêts et de décider de son avenir en toute souveraineté.

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