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Mohamed Ould Bayane… quand l’arabe devient une accusation, et le français un certificat de compétence !

Quelle paradoxe plus étrange que de critiquer le ministre de la Culture en Mauritanie parce qu’il ne parlerait, selon ses détracteurs, que l’arabe, alors que la même critique ne s’applique pas aux responsables qui ne maîtrisent pas la langue officielle de leur pays ? La langue française est‑elle devenue un certificat de compétence, et…

EM
El MouragebTraduit de l'arabe
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D'après les sources officielles, quelle paradoxe plus étrange que de critiquer le ministre de la Culture en Mauritanie parce qu’il ne parlerait, selon ses détracteurs, que l’arabe, alors que la même critique ne s’applique pas aux responsables qui ne maîtrisent pas la langue officielle de leur pays? La langue française est-elle devenue un certificat de compétence, tandis que l’arabe serait perçu comme un signe d’inaptitude? La critique du ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, Mohamed Ould Bianane, soulève une question qui dépasse sa personne: celle de la place de l’arabe dans notre État, des critères de sélection des responsables et de l’évaluation de leurs performances.

**Premièrement:** l’arabe est un choix constitutionnel et souverain. L’article 6 de la Constitution mauritanienne stipule que l’arabe est la langue officielle de la République, et que l’arabe, le pulaar, le soninké et le wolof sont des langues nationales. Comment la dépendance à la langue officielle peut-elle devenir un motif de remise en cause de la légitimité d’un responsable?

Dans ce contexte, la circulaire que le ministre a diffusée aujourd’hui, appelant à l’usage de l’arabe pour l’administration et la correspondance, mérite d’être saluée; c’est une mesure concrète pour mettre en œuvre le texte constitutionnel, renforcer la souveraineté linguistique, tout en veillant à protéger les droits des locuteurs des autres langues nationales. **Deuxièmement:** pourquoi une double norme? Combien de ministres ou de hauts fonctionnaires maîtrisent le français mais sont incapables de rédiger une note administrative correcte en arabe?

Pourquoi ne subissent‑ils pas la même critique? Il n’existe pas de statistiques fiables à ce sujet, mais la question est légitime: si la faiblesse en français est jugée comme un manque de compétence, la faiblesse en arabe, langue officielle, ne devrait‑elle pas être tout autant passible de remise en cause? Ou bien la langue de l’ancien colonisateur serait‑elle devenue le critère d’excellence au détriment de la langue constitutionnelle?

**Troisièmement:** la science confirme l’importance de la langue maternelle. La Banque mondiale a indiqué en 2021 que près de 37 % des élèves des pays à revenu faible ou intermédiaire apprennent dans une langue qu’ils ne comprennent pas bien, ce qui freine leurs acquis. L’UNESCO, en 2025, a souligné que environ 40 % des apprenants dans le monde ne reçoivent pas d’enseignement dans une langue qu’ils maîtrisent couramment, et que les enfants africains instruits dans une langue familière ont 30 % plus de chances de lire avec compréhension à la fin du primaire.

Bien que ces résultats concernent avant tout l’éducation, ils montrent l’importance d’une langue familière pour la compréhension, l’expression et l’acquisition de connaissances, sans pour autant garantir à elle seule la compétence professionnelle. **Quatrièmement:** la langue de l’administration est un droit du citoyen. L’usage de l’arabe dans l’administration, tout en assurant la communication dans les autres langues nationales, rapproche les services des citoyens et facilite la compréhension de leurs droits et devoirs.

Il n’est donc pas logique d’exiger du citoyen qu’il maîtrise le français pour comprendre une décision administrative qui affecte sa vie, ou une politique publique financée par les contribuables. Ainsi, la circulaire du ministre est pertinente, à condition qu’elle s’accompagne d’une bonne organisation, de compétence et de transparence. **Cinquièmement:** évaluez le ministre sur ses réalisations, et non sur sa langue ou son appartenance tribale.

Il appartient à tous de demander des comptes à Mohamed Ould Bianane sur sa performance en matière de protection du patrimoine, de promotion des langues nationales, de développement des médias et de soutien à la créativité. Mettre en doute sa compétence simplement parce qu’il ne maîtrise pas les langues étrangères, sans preuve ni démonstration d’un impact sur son travail, n’est pas une évaluation objective. **Conclusion:** ne faites pas de l’arabe une accusation!

Nous ne sommes pas opposés au français ou à l’anglais; nous considérons leur maîtrise comme un atout, mais nous refusons de transformer les langues étrangères en certificats d’excellence et l’arabe en présomption d’inaptitude. La Mauritanie a besoin de responsables compétents, fiers de leur identité et ouverts sur le monde, d’un système éducatif qui renforce l’arabe tout en valorisant le pulaar, le soninké et le wolof, et qui ouvre les horizons de la connaissance aux langues étrangères. Le ministre doit être jugé sur ses décisions et ses accomplissements, et non sur le nombre de langues qu’il parle ou sur sa tribu.

Il est paradoxal de placer l’arabe au rang de souveraineté dans notre Constitution, puis de le traiter comme un obstacle à la prise de responsabilité dans notre pays! Les nations confiantes apprennent les langues des autres pour se renforcer, non pour déprécier leur propre langue ou diminuer leurs enfants. *Dr Mohamed Al‑Amin Cherif Ahmed*

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