Nos diasporas… l’or qui ne nécessite pas d’extraction.
Ce n’est pas seulement la richesse de la Mauritanie que recèle son sol en minerais et ressources, mais aussi ce que possèdent ses enfants dispersés à travers le monde en compétences, expériences, économies et relations internationales. Le moment est-il venu de transformer ce capital humain en une force …

D'après les sources officielles, des réformes majeures ont été accomplies ces dernières années, incluant la reconnaissance de la double nationalité selon les cadres juridiques, l’élection directe des représentants des communautés au Parlement, la modernisation et la numérisation des services consulaires via l’application « Houti », ainsi que le renforcement du rôle des communautés au sein des compétences du secteur chargé des affaires extérieures. Ce sont des mesures qui méritent d’être saluées et qui reflètent une volonté politique claire de renforcer les droits des expatriés et de consolider leur attachement à leur pays. Mais l’essentiel du discours du Président réside dans son appel à associer les communautés à l’élaboration des politiques publiques, à développer des mécanismes garantissant leurs investissements, à faciliter leurs transferts financiers et leurs opérations commerciales.
C’est là que se trouve l’opportunité de passer de la reconnaissance de l’importance des communautés à l’exploitation de leurs potentialités. J’ai déjà abordé cette question dans un article intitulé « Nos communautés à l’étranger… le capital perdu », appelant à une stratégie nationale faisant des expatriés un levier de développement économique et diplomatique. Aujourd’hui, la volonté politique étant présente, la concrétisation de cette vision nécessite un programme pratique reposant sur des priorités intégrées: **Premièrement:** organiser les communautés et mobiliser leurs compétences, à travers des structures représentatives crédibles, une base de données nationale des expertises mauritaniennes à l’étranger, tout en investissant dans l’éducation de leurs enfants et en renforçant le lien des nouvelles générations avec la patrie.
**Deuxièmement:** stimuler l’investissement et l’épargne, en offrant des facilités immobilières transparentes, des garanties juridiques et des incitations pour les projets productifs, en réduisant les coûts des transferts financiers, et en développant des outils d’épargne et d’investissement attirant les économies des expatriés et les orientant vers l’économie nationale. **Troisièmement:** exploiter la force diplomatique et économique des communautés, en tirant parti de leurs compétences et de leurs réseaux internationaux pour attirer les investisseurs, promouvoir le tourisme, et impliquer les personnalités qualifiées parmi elles dans le soutien aux missions consulaires et diplomatiques, y compris les fonctions de consuls honoraires dans le cadre légal. **Quatrièmement:** renforcer la protection et la solidarité, en créant un mécanisme efficace de réception et de traitement des plaintes des expatriés, et en faisant de la qualité des services qui leur sont offerts un critère essentiel d’évaluation de la performance de nos missions diplomatiques et consulaires.
Pour assurer la coordination et la mise en œuvre, je considère qu’il est indispensable de créer une agence nationale des Mauritaniens de l’étranger, chargée de mobiliser ces énergies, de suivre leurs investissements et de veiller à l’exécution de la stratégie nationale, selon des objectifs définis et des indicateurs de performance mesurables. Transformer les communautés en partenaire de développement n’est pas simplement un choix social, mais un investissement stratégique dans le capital humain, le capital financier et les relations économiques internationales, surtout dans un monde où les États se disputent les talents et les capitaux. Ainsi, le succès du Forum des communautés ne se mesurera pas au nombre de participants ou de recommandations, mais à ce qui sera réalisé en termes d’investissements, d’opportunités d’emploi, de mobilisation de compétences et de résolution de problèmes.
Son Excellence le Président de la République a posé les bases politiques de cette transformation, et il incombe au gouvernement de convertir cette vision en résultats concrets, au sein d’un programme aux échéances définies, aux responsabilités claires, et susceptible d’être évalué et tenu responsable. Les communautés ne sont pas une richesse perdue par nature, mais une richesse qui attend des politiques capables de l’exploiter. Lorsque la Mauritanie réussira à transformer le désir de ses enfants pour leur patrie en investissement, leurs expériences en production, et leurs réseaux internationaux en opportunités, elle ne récupérera pas seulement une richesse, mais construira un avenir où la puissance du pays dépassera ses frontières géographiques.
Dr Mohamed El Amin Achrif Ahmed Jomaa, 30 octobre 2026 – 17 h 46.