Octobre Rose à Couva : les sages-femmes retraitées reprennent du service au cœur de la prévention
À l’occasion du lancement de son cabinet de soins, l’Union des sages-femmes retraitées de Mauritanie (USFRM) a placé sa première activité communautaire sous le signe de la lutte contre le cancer du se...

Selon les chiffres qu’elle a présentés, plus de 60 % des cancers du sein seraient diagnostiqués à un stade avancé au Centre national d’oncologie. Une situation qui l’inquiète particulièrement pour les femmes des quartiers périphériques, souvent confrontées à l’éloignement des structures sanitaires, au manque d’information ou encore à la peur du dépistage. À travers cette initiative, l’USFRM entend défendre une démarche fondée sur trois priorités: informer pour prévenir, dépister pour agir à temps et accompagner les femmes dans leur parcours de soins.
Rapprocher les soins des femmes les plus vulnérables La représentante résidente du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), Mme Olga Sankara, a salué cette initiative, qu’elle inscrit dans le combat plus large pour la santé reproductive et la réduction de la mortalité maternelle, estimée à 424 décès pour 100 000 naissances vivantes en Mauritanie. Elle a notamment insisté sur les retards dans le recours aux soins, souvent liés aux tabous socioculturels, aux contraintes financières et à l’éloignement géographique. La cérémonie a également été marquée par la remise officielle, par l’UNFPA, de matériel destiné au cabinet de soins des sages-femmes retraitées.
Cet appui vise notamment à renforcer la mise en œuvre de la franchise sociale en planification familiale, un dispositif permettant aux femmes d’accéder à des services de contraception et de santé reproductive de qualité à moindre coût. De son côté, la coordinatrice du Programme national de santé de la reproduction a salué l’engagement de ces professionnelles qui mettent leur expérience au service de la population. Elle a particulièrement insisté sur la nécessité de banaliser le recours au dépistage, en rappelant qu’il ne doit pas être réservé aux femmes présentant déjà des symptômes.
Peur, honte ou difficultés d’accès aux services ne devraient, selon elle, constituer des obstacles à la consultation. Cancer du sein: dépister avant l’apparition des symptômes Le Pr Aissata Bal, gynécologue-obstétricienne, a apporté un éclairage médical sur les enjeux de la prévention. Présentant le thème retenu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour 2026, « Chaque histoire est unique, chaque parcours compte », elle a rappelé l’ampleur mondiale de la maladie.
En 2024, le cancer du sein a touché 2,4 millions de femmes dans le monde et provoqué 694 000 décès. En Afrique subsaharienne, plus de 70 % des cas seraient découverts à un stade tardif. La spécialiste a détaillé les principaux signes d’alerte et insisté sur une réalité souvent méconnue: environ 80 % des cancers du sein surviennent chez des femmes ne présentant pas de facteur de risque particulier.
L’absence d’antécédents familiaux ne constitue donc pas une garantie de protection. Son message aux femmes est sans équivoque: connaître ses seins, rester attentive à tout changement et consulter rapidement en cas de signe inhabituel. Le témoignage d’une survivante, un message d’espoir L’un des moments les plus marquants de la rencontre a été le témoignage d’Aicha Fall, survivante du cancer du sein.
Avec émotion, elle a raconté son parcours face à la maladie et le chemin qui l’a conduite vers la guérison. Son intervention a donné un visage concret aux messages de prévention portés tout au long de la journée. Au-delà des statistiques et des recommandations médicales, son histoire a rappelé que le cancer du sein n’est pas une fatalité et que les chances de guérison sont meilleures lorsque la maladie est détectée et prise en charge précocement.
Dans le même esprit de solidarité, l’Association du personnel des Nations unies a procédé à une remise de cadeaux aux femmes ayant survécu au cancer du sein. La sensibilisation s’est également invitée sur le terrain culturel avec la troupe Timtimol. À travers sa prestation, celle-ci a appelé les femmes à sortir de l’ignorance et à ne pas hésiter à se rendre dans les centres de santé pour se faire dépister.
Un hommage à « Maman Toko », pionnière des sages-femmes mauritaniennes Cette première activité a été placée sous le patronage de Tokossel Sy, affectueusement appelée « Maman Toko », l’une des premières sages-femmes mauritaniennes. Au nom de sa famille, Mme Safiétou Sy a exprimé sa reconnaissance à l’USFRM pour cet hommage. Elle a retracé le parcours de cette pionnière, qui a exercé notamment à l’hôpital de Kaédi, au cabinet « Ismaila Sy » à Nouakchott, puis au ministère de la Santé, avant de présider le Croissant-Rouge mauritanien.
Elle a particulièrement rappelé son engagement en faveur du dépistage précoce et systématique, un combat qui trouve aujourd’hui un prolongement dans l’action de l’Union des sages-femmes retraitées. 500 femmes ciblées: l’USFRM mise sur la proximité Au-delà de cette journée inaugurale, l’USFRM entend inscrire son action dans la durée. Pour cette campagne, l’association s’est fixé l’objectif de dépister 500 femmes et de sensibiliser 80 % des femmes ciblées aux signes d’alerte du cancer du sein et aux pratiques d’autopalpation.
Elle prévoit également de former 16 relais communautaires afin de renforcer la sensibilisation au plus près des populations. En ouvrant les portes de son cabinet, l’Union ambitionne ainsi de faire de Couva un espace de prévention, d’écoute, d’orientation et d’accompagnement pour les femmes. « Cet espace est le vôtre!
», a lancé la présidente Aminata Ba en conclusion, invitant les habitantes du quartier et des zones environnantes à s’approprier cette nouvelle structure. Un message qui résume l’esprit de cette initiative: faire de l’expérience des sages-femmes retraitées une ressource vivante et rapprocher durablement la prévention et les soins des femmes qui en ont le plus besoin.