Société·

Accueil libyen à la prolongation du mandat de la mission onusienne au milieu de craintes d’allongement de la période de transition.

Les acteurs politiques libyens ont salué la décision du Conseil de sécurité de l’ONU de prolonger d’un an le mandat de la Mission des Nations unies pour le soutien en Libye, jusqu’au 31 octobre 2027, mais ils ont appelé à veiller à ce que l’action internationale conduise à un règlement durable.

E
EssadaTraduit de l'arabe
Lire sur Essada
Photo Essada

D'après les sources officielles, le Conseil de sécurité a adopté la résolution n° 2835, vendredi, à la majorité de 13 voix, la Russie et la Grèce s’abstenant. La résolution confirme le maintien du soutien international au processus politique en Libye, à l’unification des institutions et à la création des conditions nécessaires à la tenue d’élections, tout en soulignant la persistance des désaccords sur la formation d’une autorité exécutive unifiée et sur les règles encadrant les droits électoraux. Des priorités divergentes malgré l’accord sur les élections Si l’accueil libyen de la résolution traduit un consensus général sur la nécessité de mettre fin à la division et de réunifier les institutions de l’État, il révèle en même temps des divergences quant aux mécanismes de règlement politique, à l’étendue de la représentation des parties au dialogue et aux conditions de formation de la prochaine autorité exécutive.

Le président du Conseil présidentiel, Mohamed Al‑Manfi, a salué la prolongation du mandat de la mission onusienne, insistant sur la nécessité d’élargir la base du consensus politique et de ne pas limiter le processus à un groupe restreint de parties. Il a mis en garde contre la désignation de représentants institutionnels sans mandat clair, ou la conclusion d’accords qui ne bénéficieraient pas de l’acceptation des parties concernées, estimant que de telles mesures pourraient compromettre les chances de mise en œuvre d’un accord politique. Cette position reflète l’importance du désaccord sur les mécanismes du dialogue et la légitimité des parties y participant, à un moment où la mission onusienne cherche à pousser le processus politique vers des accords exécutables.

De son côté, le chef du gouvernement chargé par l’Assemblée nationale, Oussama Hamad, a souligné la nécessité de former une autorité exécutive unifiée, de mettre fin à la division institutionnelle et d’unifier les institutions souveraines et de contrôle, en vue d’organiser des élections libres et transparentes reposant sur un cadre constitutionnel et juridique solide. Par ailleurs, le général Sadam Haftar, vice‑commandant en chef de l’armée nationale à l’est de la Libye, a accueilli la prolongation du mandat de la mission, réaffirmant la priorité de l’unification de l’autorité exécutive et de la fin de la période de transition, et a exprimé la volonté de l’institution militaire de coopérer avec la mission onusienne et les pays amis, dans le respect de la souveraineté libyenne et en soutien à la volonté du peuple libyen. Ces positions montrent un accord sur les objectifs généraux du règlement, mais une divergence quant à l’ordre des priorités et aux garanties requises pour les atteindre: Al‑Manfi mise sur la représentativité globale, Hamad privilégie la formation d’un gouvernement unifié, tandis que Haftar insiste sur le fait que les arrangements transitoires ne doivent pas devenir un processus ouvert sans fin.

Réserves quant à la dépendance au processus international L’accueil de la prolongation du mandat de la mission n’est pas exempt de craintes concernant la capacité des initiatives internationales à produire une percée réelle dans la crise libyenne, après des années d’initiatives et de dialogues qui n’ont pas permis de mettre fin à la division ni d’organiser les élections. Dans ce contexte, le député Salih Fahima a salué les efforts internationaux visant à résoudre la crise, mais il a mis en garde contre un optimisme excessif quant à leurs résultats, rappelant que le langage diplomatique ne suffit pas à lui seul à créer des solutions. Fahima a appelé les institutions libyennes à tirer parti du contenu de la résolution onusienne dans l’intérêt national, à rejeter tout ce qui contredit la souveraineté de l’État et la volonté de ses institutions, et à préparer des alternatives nationales réalistes en prévision d’un éventuel échec du processus onusien.

Ces réserves mettent en lumière le dilemme majeur auquel le processus politique libyen est confronté: concilier le besoin d’un soutien et d’une médiation internationale d’une part, et la nécessité pour les parties libyennes de disposer d’une volonté politique capable de produire un règlement interne durable d’autre part. Les élections restent conditionnées à un accord sur les règles et sur l’autorité exécutive Les désaccords persistent quant au mode de formation du gouvernement unifié, à la désignation des représentants institutionnels dans les dialogues politiques, ainsi qu’au cadre constitutionnel et aux lois régissant les élections, ce qui freine les avancées vers la fin de la période de transition. La question du mandat accordé aux participants aux accords politiques soulève également des interrogations sur la capacité de tout accord potentiel à obtenir l’acceptation des institutions et des forces influentes, et à garantir son exécution sur le terrain.

Dans un contexte où la division entre deux autorités exécutives et des institutions concurrentes demeure, la prolongation du mandat de la mission onusienne ne constitue pas une garantie automatique de la tenue des élections, mais offre plutôt un cadre supplémentaire pour poursuivre la médiation et soutenir les efforts de réunification des institutions. Cela place la mission devant un test qui dépasse la simple présence diplomatique: il s’agit de rapprocher les points de vue sur les questions litigieuses, de définir une trajectoire concrète avec un calendrier clair, accepté par les parties libyennes concernées. Entre l’accueil du rôle continu de l’ONU et les avertissements contre la répétition des échecs des phases précédentes, le principal défi pour la Libye reste de transformer le consensus déclaré sur les élections et la réunification des institutions en mesures politiques concrètes, capables de mettre fin à la division et d’ouvrir la voie à une stabilité institutionnelle durable.

PartagerWhatsAppFacebookX
Sur le même sujet