Lorsque le ministre triomphe de la langue de la constitution / Mamouni Ould Moctar
Le colonel de presse Mamouni Ould Al‑Mukhtatab’ a suivi les réactions de condamnation du circulaire émis par le ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, M. Mohamed Ould Babane, qui a imposé aux responsables et aux travailleurs de son secteur d’utiliser le…

Selon les statistiques de l’Organisation internationale de la Francophonie, il ne parle le français que 13 % de la population, dont la moitié connaît également l’arabe. Est‑il donc raisonnable que le français reste dominant dans les correspondances des institutions de l’État, alors que l’arabe est la langue de la majorité et la langue officielle prévue par la Constitution, adoptée par le peuple? Il convient ici de se concentrer sur le ministre lui‑même, M.
Mohamed Ould Babane, dont le parcours et la stature ne doivent pas être réduits à la question de la connaissance d’une langue étrangère ou non. C’est un intellectuel de renom, un politicien chevronné, un avocat expérimenté et un diplomate avisé, doté d’une expérience multidimensionnelle dans les domaines de la culture, de la politique, du droit et des relations internationales. Ces qualifications et ces expériences méritent d’être prises en compte lorsqu’on évalue ses décisions, plutôt que de se perdre en moqueries sur son choix d’utiliser la langue officielle du pays.
Le débat autour d’une décision administrative doit porter sur son contenu et sa conformité à la Constitution, et non sur la personne qui la porte ou sur sa langue. Le ministre Mohamed Ould Babane n’a pas créé de privilège pour l’arabe, ni déprécié aucune autre langue; il a simplement appliqué l’article 6 de la Constitution, qui stipule que les langues nationales sont l’arabe, le pulaar, le soninké et le wolof, et que la langue officielle est l’arabe. La Constitution n’est pas un texte décoratif ou une simple déclaration symbolique, mais une référence obligatoire pour toutes les autorités et institutions.
Il faut rappeler que l’arabisation de l’administration n’est pas une nouveauté. Le président Moulaye Ould Cheikh Ahmed Taïa, lors de la ratification de la Constitution de juillet 1991, a signé le texte en arabe et a fait passer sa signature officielle du français à l’arabe. Il a également imposé aux responsables de l’État, y compris aux officiers supérieurs, d’apprendre à lire l’arabe dans un délai fixé.
L’armée nationale a été l’une des institutions les plus engagées dans ce processus, au point que l’usage de l’arabe s’est étendu à toutes ses transactions et même à la langue des signaux militaires, grâce à la volonté du colonel Moulaye Ould Boukhriess, chef d’état‑major à l’époque. Cette période a également vu l’adoption de la rédaction des textes législatifs présentés au Conseil des ministres en arabe, la signature de leurs originaux en arabe, les traductions étant considérées comme des reproductions fidèles du texte source. Il est regrettable de constater un recul de certaines de ces mesures d’arabisation après le départ de M.
Ould Taïa du pouvoir, ce qui souligne la nécessité d’une volonté politique et institutionnelle sérieuse pour poursuivre ce chemin. Le respect de l’arabe en tant que langue officielle de l’État est un devoir constitutionnel, tout comme le respect des autres langues nationales – le pulaar, le wolof et le soninké – est également un devoir national et constitutionnel. Cela implique de travailler à leur écriture, à leur développement et à leur promotion, ainsi qu’à leur utilisation dans les différents domaines de l’État et de ses institutions, aux côtés de l’arabe, afin de préserver la diversité linguistique et culturelle et de renforcer l’unité nationale.
Le français et les autres langues vivantes restent des outils importants pour la communication extérieure, l’ouverture au monde et l’exploitation de leurs expériences, sans toutefois remplacer nos langues nationales dans la gestion de nos affaires internes. Qualifier le ministre d’« monolingue » ne constitue pas un argument valable pour contester sa décision; il n’est pas tenu de prouver sa compétence dans les langues étrangères pour exercer son droit de se conformer à la langue officielle de son pays. Il n’est pas objectif de se moquer de lui parce qu’il a choisi d’utiliser l’arabe; il convient plutôt d’examiner la décision à la lumière des dispositions constitutionnelles et de l’intérêt de l’administration nationale.
J’apprécie l’initiative du ministre de la Culture et j’invite les autres ministres et responsables à suivre cet exemple, à prendre des mesures similaires dans leurs secteurs, afin que l’arabe devienne réellement la langue de travail administratif, et non un simple texte constitutionnel. J’appelle également le gouvernement à élaborer un plan concret pour achever l’arabisation de l’administration, former les agents, harmoniser la terminologie administrative et juridique, et fournir les moyens nécessaires au développement de toutes nos langues nationales et à leur usage dans les institutions de l’État. La question n’est pas une bataille entre langues ou composantes de la société, et elle ne doit pas devenir un instrument de division ou d’exclusion; c’est avant tout le respect de la Constitution de l’État et de son identité officielle, tout en honorant son engagement constitutionnel envers toutes ses langues nationales.
L’arabe n’est ni une accusation ni un privilège accordé à quiconque; c’est la langue officielle de l’État et le texte de sa Constitution, et il est légitime qu’elle soit la langue de son administration et de ses institutions, parallèlement aux efforts de rédaction, de développement et de promotion de nos autres langues nationales.