le jeu
Le 3 août 2005, Ahmadi Najad est arrivé à la présidence iranienne avec le soutien total du Guide suprême et du courant conservateur radical, et a réprimé l’État sous son règne ainsi que, avec une grande violence, le mouvement vert d’opposition en 2009. Avant de quitter le pouvoir, et dans…

D'après les sources officielles, le 3 août 2005, Ahmadinejâd accède à la présidence iranienne avec le soutien total du Guide suprême et du courant conservateur radical. Sous son règne, l’État a violemment réprimé le mouvement d’opposition « le Mouvement vert » en 2009. Avant de quitter le pouvoir, à la fin de son second mandat présidentiel, Najâd a semé la confusion dans le paysage politique iranien en lançant des critiques sévères, inédites et virulentes contre le système judiciaire iranien et certaines branches des Gardiens de la Révolution, sans épargner même le cercle proche du Guide.
Ainsi, la scène a été présentée au peuple et aux médias mondiaux comme un « conflit aigu et radical », comme si Najâd était devenu du jour au lendemain un « opposant acharné ». En réalité, il ne s’agissait que d’un conflit artificiel, ce que l’on appelle en politique « l’ingénierie de l’opposition factice »: le régime, en période critique, « fait sortir » l’un de ses proches et fiables éléments, le soutient secrètement et mobilise ses partisans autour de lui pour le présenter ensuite publiquement comme un opposant impitoyable, critiquant la situation sans toucher au symbole du Guide – dans le cas de Najâd – afin d’attirer les électeurs en colère désireux de punir le régime. Mais la vérité est tout autre: ce candidat n’est qu’un instrument limité, ne constituant aucun danger réel pour la structure fondamentale du régime, au contraire, il n’est qu’une extension de celui‑ci.
On remarque que l’homme adresse son discours principalement aux couches pauvres et conservatrices, irritées par la situation économique, se présentant comme un « opposant de l’intérieur », ce qui fait que les gens espèrent un changement sûr à travers lui plutôt qu’une révolution du régime. En réalité, Najâd n’est qu’un « fils du régime », loyal et obéissant, et il a servi le régime en jouant le rôle d’opposant « perturbateur », en faisant croire au peuple à une diversité et à une liberté de critique au sein de l’État, ce qui a d’abord absorbé et fragmenté les voix de la véritable opposition qui cherchait à renverser le régime, puis détourné ces voix dans une lutte personnelle entre les pôles du pouvoir. Dans le cadre pratique de l’ingénierie de l’opposition factice, le régime cherche également à fragmenter la véritable opposition en facilitant l’émergence simultanée de plusieurs candidats « protestataires ».
Cette multiplicité disperse les voix punitives des électeurs en colère parmi plusieurs options, garantissant finalement la victoire du candidat réel du régime grâce à la cohésion et à la stabilité de son bloc électoral. Sur le plan juridique – « l’ingénierie légale » – afin de contrôler le contexte de la concurrence, le régime peut exclure les véritables opposants par des lois sur‑mesure ou des conditions de candidature strictes, ne laissant sur la scène que des candidats faibles ou des alliés cachés, en plus du candidat « outil » comme cela s’est produit lors des élections présidentielles de 2014 avec le candidat Byram al‑Dah Abid. Ainsi, l’électeur souhaitant voter de façon punitive se voit contraint de choisir soit le candidat du régime, soit l’un de ces candidats‑outil – moins dangereux – dont les petites coalitions servent, à leur échelle, à légitimer l’ensemble du processus électoral.
En fait, leurs petites coalitions fonctionnent comme un réservoir temporaire qui, en seconde phase, alimente le candidat réel du régime. Cette dynamique complexe aboutit généralement à la classification suivante des candidats: 1. **Candidat du régime**: après avoir choisi le candidat loyal et obéissant, le régime le retire tactiquement du cercle du pouvoir, puis lui permet plus tard de bénéficier d’une visibilité et d’une voix forte, habituellement refusées à tout véritable opposant.
Il reste en fin de compte « fils du régime », son rôle d’« opposant perturbateur » ne servant que le régime. Le régime peut, persistant dans la tromperie, présenter un autre candidat – également issu du régime – comme bouc‑émissaire, un « sac de frappe » sur lequel le candidat favorisé projette toutes les faiblesses et les échecs du régime, canalisant ainsi la colère populaire. 2.
**Véritable alternative**: si les candidats forts ne sont pas éliminés par l’« ingénierie légale », le régime les diabolise et intimide les électeurs, les présentant comme une menace à la stabilité. Cette désinformation pousse même les électeurs les plus en colère à renoncer à punir le régime par peur de l’inconnu, ou à voter de façon punitive pour le « candidat‑outil » le moins dangereux, fabriqué par le régime. 3.
**Candidat « outil »**: le régime met en avant un candidat extrémiste ou controversé au sein de l’opposition, qualifié de « outil », forçant ainsi le large bloc électoral à voter contre cet extrémiste. Le régime apparaît alors, aux yeux de l’électeur, comme le « moindre des deux maux ». (Élections de 2014) 4.
**Candidats marginaux**: ce sont ceux qui apparaissent uniquement pendant les périodes électorales, puis disparaissent, leur rôle se limitant à conférer une légitimité à l’élection en « blanchissant » ou en « colorant » le processus. En revenant au modèle de Najâd – dans sa version d’opposant – on constate qu’il a joué son rôle avec brio. Même si le régime a ensuite trouvé, dans la personne de l’opposant Hassan Rouhani, une sortie plausible à la crise, il a conservé Najâd et son entourage comme plan de secours, les maintenant comme « opposants perturbateurs » pendant des années après la présidence, les gardant vivants dans la mémoire populaire comme héros des pauvres et combattants de la corruption, à l’image d’une éponge absorbant la colère populaire à chaque débordement.
Ainsi, si le régime devait un jour faire face à une révolution massive ou à un blocage politique complet, il pourrait réintroduire Najâd ou son entourage sur le devant de la scène pour convaincre le peuple que « l’ancien opposant est maintenant au pouvoir, calmez‑vous ». (*) La constitution iranienne n’interdit pas à un président de se représenter à nouveau pendant toute sa vie; elle ne le prohibe que pour un troisième mandat consécutif. Un président, après ses deux mandats successifs et son départ du pouvoir (pour au moins un mandat présidentiel), peut se présenter de nouveau à la présidence comme mandat distinct.