L’université n’est pas un marché et les étudiants ne sont pas des clients : arrêtez de commercer avec l’avenir des étudiants de l’Université de Nouakchott.
Un appel de conscience à Son Excellence le Président de la République, à Son Excellence le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, et au Président de l’Université de Nouakchott : l’un des maux les plus graves qui puisse affecter les établissements universitaires dans leur mission et leur crédibilité est de transformer le savoir, qui doit être un droit pour l’étudiant, en…

D'après les sources officielles, la responsabilité incombe donc d’abord à l’administration universitaire et au ministère tutélaire, en tant que deux entités obligées de protéger l’intégrité académique et d’assurer le bon fonctionnement du service public de l’enseignement supérieur, selon les principes d’égalité, d’équité et de respect de la déontologie professionnelle. Ce qui est demandé aujourd’hui n’est pas seulement de confirmer l’existence du phénomène; ses pratiques sont déjà une réalité concrète. Il s’agit de prendre des mesures urgentes pour les arrêter, identifier les responsables et instaurer des garanties empêchant leur réapparition.
En premier lieu, il faut émettre des instructions claires et contraignantes interdisant à tout professeur d’exiger l’achat de ses propres imprimés, que ce soit directement ou en liant les examens à ces documents de façon à les rendre pratiquement obligatoires. Il faut également mettre en place un mécanisme indépendant et sécurisé de réception des plaintes étudiantes, garantissant l’anonymat et les protégeant de toute mesure de représailles, soumettre les cas documentés à un examen et à une évaluation, et appliquer les sanctions disciplinaires appropriées, tout en renvoyant les éventuelles infractions à la loi aux autorités compétentes le cas échéant. Par ailleurs, il convient d’adopter des dispositions institutionnelles permettant aux étudiants d’accéder aux contenus pédagogiques de base sans devenir esclaves d’intérêts commerciaux privés, en encourageant la diffusion des références scientifiques via les bibliothèques universitaires, les plateformes numériques et les moyens assurant l’égalité d’accès au savoir.
Un professeur rémunéré pour l’accomplissement de ses missions pédagogiques doit respecter ses obligations professionnelles; il ne peut pas transformer l’exercice de ces missions en un moyen d’imposer des charges financières personnelles aux étudiants en dehors des cadres légaux et institutionnels prévus. Il n’est pas juste que les établissements universitaires prônent la réforme, la qualité, l’excellence et la recherche scientifique, tout en laissant des pratiques de ce type saper la confiance dans le processus éducatif de l’intérieur. Néanmoins, il faut souligner que ces pratiques ne représentent pas l’ensemble des professeurs de l’Université de Nouakchott; l’université compte des enseignants compétents et intègres qui déploient des efforts scientifiques et pédagogiques appréciables, respectent leurs étudiants et remplissent leur mission avec dévouement et désintéressement.
La lutte contre ce phénomène constitue également une défense de ces professeurs exemplaires et une protection de la réputation de l’université contre les agissements d’une minorité qui ne doit pas ternir l’image de l’ensemble du corps professoral. C’est pourquoi nous adressons cet appel à Son Excellence le Président de la République, à Son Excellence le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, et au Président de l’Université de Nouakchott, en exigeant une intervention sérieuse et rapide qui mette fin à ces pratiques et rétablisse les valeurs qui doivent régir la relation entre le professeur et l’étudiant. Il ne s’agit pas d’un simple différend sur le prix de certains imprimés, mais d’une question qui touche l’éthique de la fonction éducative, l’équité entre les étudiants, la crédibilité des diplômes et la dignité d’une institution universitaire nationale censée être un phare de savoir et de connaissance.
Nous ne voulons pas que l’université devienne un espace où la science se mêle à la spéculation, où l’enseignement se confond avec le commerce, où l’examen se transforme en pression financière, effaçant les frontières entre l’autorité académique et l’intérêt personnel. L’avenir des étudiants n’est pas un sujet de négociation, leurs souffrances ne sont pas une opportunité d’investissement, et leur ambition de réussir ne doit pas être traitée comme une marchandise à monopoliser ou à commercialiser. L’université que nous souhaitons pour nos enfants est une université qui ouvre les portes du savoir à tous, qui récompense l’effort et le mérite, qui protège la dignité de l’étudiant quelles que soient ses conditions économiques, et qui place la stature scientifique et morale du professeur au-dessus de tout intérêt commercial.
Le silence face à ces pratiques, ou leur traitement comme de simples comportements ordinaires, ne fera que les consolider, encourager leur diffusion et affaiblir la confiance dans notre système universitaire. Il est temps de mettre un terme à ce mélange honteux entre mission scientifique et intérêt commercial, et de rappeler à chaque enseignant universitaire que la fonction qu’il occupe est une confiance, que le pouvoir qu’il exerce sur les étudiants est une responsabilité, et non un privilège financier. C’est un cri de conscience avant d’être une demande administrative, un appel à protéger l’université avant d’être une condamnation de comportements de certains de ses membres.
Que l’université reste un sanctuaire du savoir, que le professeur demeure un modèle d’intégrité, que l’examen reste une balance de compétence, et non un moyen de vendre des imprimés. L’étudiant n’est pas un client contraint, le professeur n’est pas un vendeur qui monopolise la réussite, et l’université n’est pas un marché. Cette responsabilité ne peut plus être différée.