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REFONDER L’ÉCOLE MAURITANIENNE : DU CONSTAT À L’ACTION

Réflexions sur le système éducatif mauritanien Notre école se meurt. Elle ne forme plus les citoyens éclairés et compétents dont la Nation a besoin. Les fondements vacillent, la confiance...

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Il ressort que parallèlement, la formation initiale dispensée dans les ENI et à l’ENS apparaît trop brève et trop théorique, tandis que la formation continue se résume à des séminaires sans lendemain. Il en résulte des enseignants dévoués mais désarmés face aux difficultés de lecture, de calcul et d’enseignement de la langue. C’est pourquoi il est urgent de définir un référentiel précis du profil de l’enseignant et d’instaurer la rigueur au concours de recrutement.

Nul progrès durable sans exigence à l’entrée. Ce référentiel doit exiger la maîtrise de la langue, de solides compétences en lecture et calcul, une éthique irréprochable et l’aptitude à conduire une classe. Le concours doit être transparent, méritocratique et sélectif.

Car recruter l’excellence pour ensuite la former est l’investissement le plus rentable que l’école puisse consentir. Toutefois, la responsabilité ne saurait incomber aux seuls enseignants. Il faut nommer la défaillance de l’État et le désengagement d’une partie des parents.

L’État peine à fournir des infrastructures, à livrer les manuels à temps, à verser les salaires et les primes à échéance, et à assurer des inspections régulières. Quant aux parents, certains se déchargent entièrement sur l’école. Le suivi à domicile, la lecture, la considération accordée au savoir se sont érodés.

Quand ces deux piliers vacillent, l’élève décroche. D’où l’hécatombe aux concours d’entrée en 1ère année du collège, au BAC, et la fuite vers le privé ou l’abandon. Quelles voies s’offrent à nous?

Plusieurs chantiers sont incontournables. Organiser en priorité des États généraux de l’éducation, afin de réunir tous les acteurs autour d’un diagnostic lucide et chiffré. Instituer des tests de mise à niveau nationaux en 2ème, 3ème et 5ème année pour repérer précocement les élèves en difficulté.

Réécrire les programmes pour les ancrer dans le concret, en multipliant les projets, les activités sportives, artistiques et techniques. Renforcer, dans le même mouvement, l’accompagnement en classe par les inspecteurs et les conseillers pédagogiques: moins de discours en salle, davantage de présence sur le terrain, de co-animation et de suivi rigoureux. Cet accompagnement devra cibler prioritairement l’enseignement de la langue, la lecture et la résolution de problèmes.

Réformer en profondeur le concours de recrutement: publier le profil, introduire des épreuves pratiques, constituer des jurys mixtes, instaurer une période probatoire évaluée. Enfin, repenser la chaîne de pilotage du système, du sommet à la base et de la base au sommet: clarifier les responsabilités du Ministère, des DREN, des IDEN, des conseillers, des directeurs et des enseignants. Mettre en place des canaux fiables de remontée d’information pour juguler les dysfonctionnements et apaiser les frustrations.

En somme, piloter par les résultats et non par les rapports. Mais aucune réforme ne prospérera sans des enseignants reconnus et motivés. Il faut leur offrir des perspectives réelles: des critères d’avancement justes, fondés sur les résultats, l’engagement et la formation; des passerelles vers l’encadrement; des primes au mérite; de la reconnaissance.

Un enseignant qui entrevoit un avenir demeure et transmet avec ferveur. Il est tout aussi indispensable de doter les inspecteurs des moyens de leur mission et de revaloriser leur statut. On n’exerce pas l’inspection avec deux pneus crevés et sans carburant.

Il faut donc revaloriser les salaires et les primes des inspecteurs mauritaniens, leur donner des moyens logistiques, un statut lisible et, surtout, le temps de l’accompagnement pédagogique aux côtés des conseillers. L’inspection doit cesser d’être une sanction pour redevenir ce qu’elle est: un appui, un conseil, une exigence de qualité. Au-delà de tout, il faut rendre à l’instituteur et à l’inspecteur la place centrale qui est la leur.

Ils sont les deux piliers de la mission d’enseignement-apprentissage. Ce sont eux qui font l’école, chaque jour, dans la classe et sur le terrain. Toute réforme qui les ignore, qui ne leur confère ni reconnaissance, ni autorité pédagogique, ni perspective, est vouée à l’échec.

Restaurer leur dignité, c’est restaurer l’école. En définitive, la crise de notre école n’est pas seulement pédagogique. Elle est institutionnelle, sociale et politique.

Elle commence au recrutement, se joue dans la qualité du pilotage et se décide dans la classe. Tant que nous ne reviendrons pas aux fondamentaux, tant que nous ne donnerons pas à l’enseignant, au conseiller et à l’inspecteur la dignité, le temps et les moyens d’agir, les réformes resteront cosmétiques. Il est temps de faire de l’école mauritanienne une école que les parents choisissent, et non une école dont ils s’éloignent.

Signé: Yahya Niane Pour Rapide info Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec * Commentaire * Enregistrer mon nom, mon e-mail et mon site dans le navigateur pour mon prochain commentaire. Kinross Tasiast limited s.

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