De la protection de la nature à l'industrie du tourisme : perspectives du tourisme écologique en Mauritanie.
La Mauritanie possède des atouts naturels et culturels qui la rendent apte à devenir une destination importante pour le tourisme environnemental dans la région. Cependant, transformer ce patrimoine en un secteur économique productif et durable nécessite de dépasser la vision traditionnelle du tourisme en tant qu'activité...

Il ressort que la Mauritanie se distingue par une diversité environnementale et culturelle remarquable, réunissant désert, oasis, zones humides, côtes, forêts et zones naturelles protégées. Cette variété ouvre de larges perspectives pour le tourisme désertique, côtier et culturel, ainsi que pour le tourisme lié aux réserves naturelles, à l’observation de la faune et des oiseaux. Le bassin d’Argin est l’un des sites phares du tourisme écologique, grâce à sa richesse en biodiversité, à ses écosystèmes côtiers et à ses sites clés pour les oiseaux migrateurs, ainsi qu’à la particularité de la communauté locale, de sa culture et de ses pratiques traditionnelles d’exploitation des ressources marines.
La réserve nationale de Jaalining constitue également un domaine important pour le tourisme des zones humides et la biodiversité. On ajoute à cela la réserve d’Olykat, ainsi que les forêts protégées et d’autres zones naturelles, susceptibles d’être intégrées dans un système national de tourisme écologique. La valeur de ces sites dépasse leur simple statut de zones naturelles; ils peuvent jouer de multiples rôles: protection de la biodiversité, éducation environnementale, recherche scientifique, expéditions naturelles et création d’opportunités économiques pour les communautés locales.
Parmi les domaines les plus prometteurs se trouve l’observation des oiseaux. La présence d’oiseaux migrateurs et résidents dans plusieurs zones humides et côtières constitue une ressource touristique importante, et l’observation des oiseaux est devenue dans de nombreux pays une activité qui attire visiteurs, chercheurs, photographes et amoureux de la nature, tout en générant des revenus pour les populations locales sans épuiser la faune. Cette situation met en lumière une contradiction qui mérite réflexion: alors que certaines pratiques locales continuent de traiter les oiseaux comme une cible de chasse, d’autres communautés les considèrent comme une richesse naturelle vivante à profiter par l’observation, la photographie et l’étude.
Ainsi, développer le tourisme d’observation des oiseaux peut contribuer à changer la perception de la faune, en passant d’une exploitation directe à une valorisation durable. Pour ce faire, il faut une planification touristique écologique qui identifie les sites exploitables, évalue leur capacité d’accueil, définit les activités appropriées pour chaque zone et établit des règles de protection des ressources. Cela requiert également une coordination entre les secteurs responsables du tourisme, de l’environnement, de la culture et du développement local, afin d’éviter que les politiques ne se dirigent dans des orientations contradictoires.
Les communautés locales restent un élément fondamental du succès de ce modèle. Elles possèdent une connaissance accumulée de leur environnement et de leurs ressources, et leur implication dans la planification, la gestion, l’investissement peut faire du tourisme une source directe de revenus et d’emplois. Les activités peuvent inclure le guidage touristique, le transport, l’hébergement, les industries traditionnelles, la commercialisation de produits locaux, l’organisation d’excursions et d’activités culturelles et naturelles.
Le tourisme écologique peut également contribuer à préserver le patrimoine culturel mauritanien, notamment celui lié au désert: modes de vie, migrations, métiers traditionnels, poésie, musique et coutumes locales. La valorisation de ce patrimoine reste conditionnée à sa préservation d’authenticité et au respect de la confidentialité des communautés qui le portent. L’importance du tourisme écologique augmente face aux défis climatiques et environnementaux que rencontre la Mauritanie, tels que le désertification, la pression sur les ressources hydriques, la dégradation de certains écosystèmes et l’érosion côtière.
Dans ce contexte, le tourisme peut devenir un moteur économique pour la protection de la nature, à condition que l’investissement touristique soit lié à la conservation des ressources sur lesquelles il repose. Il est donc indispensable que les établissements et activités touristiques dans les zones naturelles respectent les exigences de durabilité, en optimisant la consommation d’eau et d’énergie, en améliorant la gestion des déchets, en encourageant les énergies renouvelables, en réduisant l’impact environnemental, surtout dans les zones fragiles. La transformation numérique constitue une opportunité d’accroître la visibilité des sites touristiques et environnementaux mauritaniens à l’échelle internationale.
Les plateformes numériques, les cartes interactives et le contenu visuel peuvent contribuer à présenter les sites naturels et culturels, mettre en avant les parcours, fournir des informations aux visiteurs et les connecter aux services et aux communautés locales. Par conséquent, le défi ne réside pas dans l’absence de ressources, mais dans la capacité à les transformer en un système touristique intégré reposant sur la gouvernance, la planification et l’investissement responsable. Le succès du tourisme écologique ne se mesure pas seulement par le nombre de visiteurs, mais par sa capacité à générer des bénéfices économiques et sociaux tout en préservant les ressources naturelles.
Ainsi, la Mauritanie a besoin d’une vision nationale du tourisme écologique liant la protection des espaces naturels à la promotion de l’investissement, au développement des infrastructures et de la formation professionnelle, à la participation des communautés locales, tout en renforçant la coordination entre les secteurs concernés. Passer de la protection de la nature à l’industrie touristique ne signifie pas transformer la nature en marchandise, mais découvrir sa valeur économique et sociale tout en assurant sa pérennité pour les générations futures. Les réserves naturelles peuvent simultanément servir de zones de protection de la biodiversité, de lieux de recherche et d’éducation, de sources de revenus locaux et de destinations de tourisme responsable.
De cette manière, le tourisme écologique peut devenir un pont entre l’environnement, l’économie, le développement local, un levier pour diversifier l’économie, créer des emplois, renforcer la sensibilisation environnementale et préserver le patrimoine naturel et culturel. Il s’agit de construire un modèle mauritanien qui place la nature au cœur du développement, considère la protection de l’environnement comme condition de la durabilité du tourisme et implique les communautés locales comme partenaires réels dans la construction du futur. Sources et références: 1.
Fouad Ben Ghadban, « Tourisme écologique durable: entre théorie et pratique », Maison d’édition Safaa. L’article s’appuie sur le cadre théorique de ce livre sur le concept de tourisme écologique et son lien avec la protection de l’environnement, le développement local et la société locale. 2.
Ministère de l’Environnement et du Développement Durable – République islamique de Mauritanie, documents et données relatives aux zones protégées, à la biodiversité et aux forêts classées. 3. Réserve nationale du bassin d’Argin, Réserve nationale de Jaalining et Réserve d’Olykat (données sur la biodiversité, les zones humides, les écosystèmes côtiers, les communautés locales, la protection et la valorisation environnementale).
4. Office national du tourisme, données relatives aux sites touristiques naturels et culturels en Mauritanie. 5.
Accords et programmes internationaux relatifs à la protection de la biodiversité, au développement durable et au tourisme responsable.