Politique·

Comment s'est formé l'environnement propice à la corruption en Mauritanie ?

Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, la republication du dernier rapport de la Direction Générale d'État a remis le dossier de la corruption au premier plan du débat public dans le pays, après avoir révélé un niveau inquiétant de dysfonctionnements de gestion et avoir réintroduit en lumière une question encore plus grande…

AI
Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
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D'après les sources officielles, la Mauritanie a obtenu seulement 30 points sur 100 dans l’indice de perception de la corruption 2025, la plus haute note représentant l’intégrité la plus élevée et l’absence de corruption. Ce score très faible indique des défaillances dans la qualité de la gouvernance et de la responsabilité, et place le pays en 130e position sur plus de 180 pays, un rang très en dessous de la moyenne. Il indique également la faiblesse du contrôle et la facilité d’évasion de la sanction.

Cette mauvaise note n’indique pas seulement l’existence de la corruption dans la société mauritanienne, mais surtout la corruption du système institutionnel qui s’est transformé de prétendu défenseur de la lutte contre la corruption en un protecteur et un producteur de corruption à plusieurs reprises. --- ### Du soutien solidaire aux réseaux de clientélisme De la solidarité à des réseaux de clientélisme qui abusent de la société mauritanienne Comme beaucoup de sociétés traditionnelles avec de fortes liaisons familiales et tribales, la Mauritanie a historiquement été construite sur des réseaux étendus de solidarité sociale. Ces réseaux ont pu compenser longtemps l’absence d’un État central et de son pouvoir centralisé.

Ces liens restent encore aujourd’hui très fonctionnels dans un contexte où l’État est faible et où de nombreuses institutions ne parviennent pas à remplir leurs fonctions. Le problème commence lorsque la base « Aide ton proche » passe du domaine de la solidarité sociale légitime à un cadre public pour se présenter sous un nouveau manteau: « Donne à ton proche ou à ton proche le poste, le contrat, l’opportunité, la licence ou l’influence parce qu’il vous connaît mieux que les autres. » La solidarité sociale, dans cette nouvelle forme, devient un clientélisme politique et économique.

Le lien de proximité devient alors le chemin le plus court vers le poste, le privilège et le profit des affaires. Le problème n’est pas forcément la tribu ou la famille. Il réside plutôt dans la transformation de ces liens en canaux pour l’acquisition de ressources de l’État en dehors des règles d’éligibilité et de la loi, ce qui conduit progressivement à des foyers chauds de corruption qui coopèrent avec l’État en place, contrôlent parfois l’État et l’État contrôle parfois eux‑mêmes.

--- ### Économie de la rente et rareté des ressources **Économie de la rente** L’économie mauritanienne, par nature, est une économie de rente qui dépend fortement des revenus des ressources naturelles, notamment l’exploitation minière. Les industries minières représentaient environ 78 % des exportations totales du pays en 2025 selon les dernières données du FMI. Dans ce contexte, l’équation de la rente se forme: - Ressource naturelle massive - État centralisé - Faiblesse du contrôle - Influence politique Ces facteurs créent un risque élevé de corruption, avec des opportunités de production de corruption qui se multiplient.

Quiconque a le pouvoir de délivrer des licences, de signer des contrats ou de déterminer les bénéficiaires des contrats publics possède les clefs du enrichissement rapide et de l’accumulation de richesses massives en un temps record. La transparence dans les secteurs de la mine, du pétrole et du gaz est devenue un enjeu majeur de la lutte contre la corruption, compte tenu de l’ampleur des ressources financières associées à ces secteurs et de la sensibilité des intérêts et de l’influence qui les entourent. --- ### Les fonctions publiques comme vecteur d’influence Dans un environnement administratif et économique limité, les fonctions publiques deviennent un outil d’expansion de l’influence des corrupteurs.

Accéder à un poste public, à un contrat public ou à une licence administrative devient une “tente” pour redistribuer le pouvoir et la richesse. Les nominations sans critères de compétence, mais fondées sur la politique et le clientélisme, créent un flux de corruption. La corruption n’est pas seulement le détournement d’argent, mais un système de gestion des loyautés et de l’empowerment des familles politiques qui ont fait de la richesse et du pouvoir une “nation” entre elles pendant des décennies.

--- ### Faiblesse de la responsabilité politique Il est impossible de lutter contre la corruption si le coût de la corruption est inférieur au coût de la révélation et de la dénonciation de ses praticiens. La corruption généralisée et massive nécessite généralement un environnement politique qui permet l’accumulation de l’influence et affaiblit la capacité des institutions indépendantes à enquêter, à tenir les responsables responsables et à appliquer des sanctions appropriées. La présence nominale d’entités anti‑corruption ne garantit pas une lutte efficace.

L’indépendance réelle de ces institutions exige des pouvoirs, des ressources, une protection, une transparence et la capacité d’accéder à des informations fiables sans discrimination entre les personnes favorables ou opposées à la politique dominante. Les institutions législatives de la Mauritanie sont incapables de remplir leur rôle de contrôle et de législation, limitées par l’article 69 de la constitution. Cet article relie l’agenda du parlement à la priorité définie par le gouvernement pour les projets et propositions de loi.

Le parlement a peu de moyens de contrôle, et la majorité parlementaire loyale limite la capacité de l’opposition à tenir le gouvernement responsable. Le parlement a passé d’une fonction de surveillance de l’exécutif à une entité qui se contente de consigner les décisions de l’exécutif. Il ne sert plus de garde-fou, mais devient un simple “cœur de validation” de l’autorité en place.

--- ### Les contrats publics: le levain de la corruption Si l’on cherche l’environnement financier le plus propice à la prolifération des parasites de la corruption, il s’agit sans doute des contrats publics. Là où l’argent et l’influence se rencontrent, la corruption se nourrit de la protection de l’État. Le marché national demande des biens et services, et la façon dont les contrats sont distribués permet aux parties intéressées d’accumuler d’immenses richesses.

La Mauritanie dispose d’une autorité officielle qui régule les contrats publics. En 2023, elle a publié une carte des risques de corruption dans les marchés publics, révélant 41 risques. Les questions clés sont: 1.

Qui définit les cahiers des charges et les obligations? 2. Qui fixe les critères de concurrence?

3. Qui participe aux comités d’évaluation? 4.

Qui possède les institutions les plus influentes? 5. Quelle est la nature des réseaux d’influence politique, familiale ou économique qui ont motivé le marché?

6. Le contrat a-t‑il été exécuté selon le prix et la qualité convenus? Affirmer qu’un contrat a suivi les procédures administratives et respecté la légalité ne suffit pas à répondre à ces questions.

--- ### La lutte contre la corruption devient un jeu de pouvoir Lorsque la lutte contre la corruption devient un outil de lutte politique, elle perd sa valeur nationale. Le combat contre la corruption devient alors un moyen d’affirmer la supériorité de la politique dominante, de cibler les opposants et de protéger les alliés. La corruption devient un instrument de lutte pour le pouvoir plutôt qu’un problème national.

L’opposition mauritanienne accuse l’État de partialité et de dissimulation de ceux qui ont détourné des

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