Rapport 2024‑2025 de l'Inspection générale de l'État : une étape importante pour renforcer la gouvernance publique mauritanienne, avec la nécessité de consolider davantage le système de contrôle.
La publication du rapport annuel de l'Inspection Générale de l'État (IGE) pour la période 2024‑2025 constitue un événement majeur dans le processus d’évolution du système de contrôle public en Mauritanie. Le rapport a été publié le 15 août 2026, dans le cadre du décret n° ... .

D'après les sources officielles, le rapport a été publié le 15 août 2026, dans le cadre du décret n° 001‑2025 qui a approuvé la rédaction du rapport annuel de l’Inspection, son transmission au Président de la République, puis sa diffusion au public. Cependant, l’analyse de ce rapport doit s’appuyer sur une double approche: d’une part, ne pas minimiser l’importance des dysfonctionnements et des irrégularités relevés; d’autre part, ne pas considérer chaque irrégularité ou dysfonctionnement comme, de façon automatique, une fraude ou un crime passible de sanction pénale. Cette distinction est essentielle pour placer le contrôle public dans un cadre professionnel et objectif, respectueux du droit et des droits fondamentaux.
S’appuyant sur les bonnes pratiques et normes internationales en matière d’audit et de contrôle public, notamment les normes et principes émis par l’Organisation Internationale des Hautes Autorités de Contrôle Financier et Comptable (INTOSAI), le rapport peut être considéré comme une avancée importante, tout en restant perfectible sur plusieurs points. --- ### 1. Principaux points forts du rapport **a.
Renforcement de la transparence** La diffusion du rapport au grand public représente un tournant institutionnel majeur, car elle permet aux citoyens, au Parlement, aux chercheurs, aux professionnels du contrôle et aux administrations publiques elles‑mêmes d’accéder à des informations structurées sur les résultats des missions de contrôle et d’inspection. Cette démarche s’inscrit dans l’esprit des principes internationaux de transparence et de reddition de comptes, qui soulignent l’importance de rendre publics les résultats du contrôle comme outil fondamental de responsabilité dans le secteur public. **b.
Suivi de la mise en œuvre des recommandations** Le rapport recense plus de 770 recommandations; une partie a déjà été mise en œuvre, une autre a été appliquée intégralement. Cette approche est cruciale, car le contrôle public ne doit pas se limiter à la détection et à la documentation des dysfonctionnements, mais doit conduire à leur correction durable et à la prévention de leur récurrence. Le projet de plateforme numérique dédiée au suivi des recommandations constitue une initiative positive, pouvant devenir un outil majeur d’évaluation de la mise en œuvre des réformes et d’amélioration de la performance de l’administration publique.
**c. Étendue sectorielle du contrôle** Le rapport couvre un large éventail de secteurs, en particulier ceux à forte sensibilité financière et économique: mines, énergie, logement et marchés publics. **d.
Adoption du principe du contradictoire** La possibilité offerte aux entités contrôlées de répondre aux observations et aux résultats préliminaires avant l’adoption des conclusions définitives garantit l’équité, l’objectivité et la qualité des résultats de contrôle. **e. Distinction entre volume contrôlé et impact financier réel** Le rapport montre une progression dans la différenciation entre le montant ou le volume des opérations contrôlées et l’impact financier réel des dysfonctionnements identifiés.
Cette distinction méthodologique est importante: le volume contrôlé ne constitue pas en soi un montant détourné ou gaspillé. --- ### 2. Conformité du rapport aux bonnes pratiques internationales Il convient de rappeler que l’Inspection Générale de l’État n’est pas une haute autorité de contrôle financier et comptable au même titre que la Cour des comptes.
L’INTOSAI regroupe les hautes autorités de contrôle et distingue, dans un cadre professionnel, l’audit financier, l’audit de performance et l’audit de conformité. Ainsi, l’IGE doit être évaluée à la lumière de ses compétences, de sa base juridique et institutionnelle propres. Sur le plan méthodologique, plusieurs éléments du travail de l’IGE sont en accord avec les bonnes pratiques internationales: programmation des missions de contrôle, analyse des risques, collecte de preuves, documentation des dysfonctionnements, respect des procédures contradictoires, formulation des recommandations et suivi de leur mise en œuvre.
Une évaluation antérieure réalisée dans le cadre du programme PEFA avait souligné que l’IGE utilise des méthodes d’audit reconnues, s’appuie sur une cartographie des risques et possède des guides opérationnels sectoriels. Toutefois, l’évaluation avait également relevé l’absence d’un manuel d’audit intégré et méthodologique, réunissant toutes les étapes et approches du travail de contrôle dans un cadre unique. Le principal défi futur consiste donc à passer d’une culture d’inspection centrée sur la découverte de dysfonctionnements à une culture d’audit public reposant sur une référence méthodologique unifiée, documentée et soumise à un dispositif efficace d’assurance qualité.
--- ### 3. Principaux aspects à améliorer **a. Présentation des résultats** Pour que le rapport annuel devienne une référence institutionnelle plus efficace, il serait préférable de présenter séparément les données de 2024 et 2025.
Cette séparation permettrait de mesurer les évolutions, d’identifier les progrès ou les reculs et d’analyser les tendances sectorielles avec plus de précision. **b. Traçabilité de la méthodologie de contrôle** Le lecteur spécialisé doit pouvoir, pour chaque observation majeure, identifier clairement: la norme appliquée, la situation constatée, la cause, la conséquence ou le risque, les preuves, la recommandation, l’entité responsable, le délai fixé et les actions de suivi.
Cette structure peut être résumée ainsi: > Norme → Situation constatée → Cause → Conséquence/Risque → Preuves → Recommandation → Entité responsable → Délai → Suivi **c. Distinction plus fine des types de déficiences et d’infractions** Sur le plan professionnel et juridique, il ne faut pas regrouper dans la même catégorie l’erreur administrative, la faiblesse du contrôle interne, la mauvaise gestion, le conflit d’intérêts et l’infraction pénale. Cette distinction est cruciale pour respecter la présomption d’innocence, éviter la confusion entre responsabilités administratives, financières et pénales, et préserver la crédibilité professionnelle de l’organisme de contrôle.
**d. Indépendance fonctionnelle** Étant placée sous l’autorité directe du Président de la République, l’IGE doit renforcer son autonomie professionnelle. Il s’agit d’instaurer des garanties claires, telles que: la programmation des missions sur la base de l’évaluation des risques, l’adoption de critères transparents pour la sélection des dossiers et des secteurs contrôlés, la protection contre les ingérences illégitimes, des règles explicites sur les conflits d’intérêts et des procédures institutionnelles uniformisées pour le traitement et le suivi des résultats de contrôle.
Cela ne signifie pas nécessairement réviser le rattachement institutionnel actuel, mais plutôt consolider les garanties d’objectivité, de neutralité et d’indépendance professionnelle dans l’exercice de ses missions. --- ### 4. Que doit‑faire la Mauritanie dès maintenant?
La vraie valeur du rapport ne réside pas dans le montant des sommes ou le nombre de dysfonctionnements relevés, mais dans la capacité de l’État à transformer ces constats en réformes concrètes et durables. Dans ce cadre, cinq priorités majeures peuvent être définies: 1. **Instaurer un système national efficace de suivi de la mise en œuvre des recommandations** - Classer chaque recommandation selon le niveau de risque (critique, élevé, moyen, faible).
- Identifier l’entité responsable, la date butoir et des indicateurs de mesure permettant de vérifier la mise en œuvre. 2. **Élaborer une référence nationale unifiée pour le contrôle public** - Concevoir un cadre national harmonisant les pratiques professionnelles entre l’IGE, l’Inspection Générale des Finances, les inspections ministérielles, les unités d’audit interne et la Cour des comptes, tout en préservant l’indépendance et les compétences légales de chaque organisme.
3. **Développer le contrôle basé sur les risques** - Orienter les ressources de contrôle vers les domaines à plus haut risque: marchés publics, entreprises publiques, investissements publics, recettes fiscales et douanières, ressources naturelles, subventions publiques, programmes et projets sociaux, ainsi que les secteurs à forts flux financiers. 4.
**Mettre en place un système efficace d’assurance qualité des travaux d’audit** - Soumettre les missions de contrôle majeures à une revue indépendante afin de vérifier le respect des normes professionnelles, la suffisance des preuves, la cohérence des conclusions, la clarté du lien entre preuves et observations, la pertinence des recommandations et leur faisabilité. 5. **Mesurer l’impact réel des recommandations** - Ne pas se contenter de considérer une recommandation comme « mise en œuvre » dès qu’une mesure administrative est prise.
Il faut vérifier que la mesure a réellement réduit le risque, amélioré le contrôle interne, empêché la récurrence du dysfonctionnement, amélioré la performance, généré une économie ou renforcé la protection des ressources publiques. Ainsi, le suivi passe de la simple vérification de l’action à l’évaluation de son effet. --- ### Conclusion: Faire du contrôle un levier de développement Le rapport de l’Inspection Générale de l’État 2024‑2025 doit être perçu moins comme un acte d’accusation à l’encontre de l’administration et davantage comme un diagnostic du fonctionnement de certaines composantes de l’appareil administratif de l’État.
Sa publication constitue indéniablement un progrès en matière de transparence, et les constats qu’il contient peuvent contribuer à améliorer la gestion publique, à protéger les finances de l’État et à renforcer la confiance dans les institutions. Cependant, le succès réel du rapport ne se mesurera pas uniquement à sa diffusion, mais à ce qui se produira après: la Mauritanie doit progressivement passer d’une logique « contrôle ← détection du dysfonctionnement ← sanction » à un système plus complet reposant sur: > **prévention ← contrôle ← correction ← suivi ← évaluation ← amélioration continue** Dans ce contexte, l’IGE peut évoluer progressivement pour devenir une référence nationale en matière de contrôle public, en s’appuyant sur les normes internationales de l’INTOSAI, les principes professionnels de l’audit interne, une approche basée sur les risques et une politique rigoureuse d’assurance qualité. Les cadres et normes professionnelles internationales couvrent de multiples domaines: audit financier, audit de conformité, audit de performance, compétence professionnelle, éthique et indépendance dans l’exercice du contrôle.
L’objectif final ne doit donc pas être la production de davantage de rapports de contrôle, mais l’obtention de résultats tangibles: moins de dysfonctionnements, moins de pertes, plus d’efficacité, plus d’impact public. Une fois cet état atteint, le rapport de l’IGE dépassera sa fonction traditionnelle de simple document de contrôle pour devenir un véritable outil national de réforme administrative, de bonne gouvernance, de protection du patrimoine public et de soutien au développement économique et social de la Mauritanie.